En 2025, les femmes n’ont signé que 14,5 % des crédits d’écriture et occupé 4,4 % des postes de production des 100 chansons les plus populaires aux États-Unis, selon le rapport publié le 13 mars par l’Annenberg Inclusion Initiative de l’université de Californie du Sud (USC). Ces chiffres sur les femmes dans la musique contrastent avec le choix de la chanteuse suédoise Zara Larsson, qui explique avoir fait son album Midnight Sun avec une équipe composée presque uniquement de femmes et de personnes queer (lesbiennes, gays, bi, trans et non binaires).
Zara Larsson a fait « Midnight Sun » avec des femmes et des personnes queer, et dit que ce choix a changé ce qu’elle ressent en studio
Zara Larsson a sorti l’album Midnight Sun le 26 septembre 2025 chez Sommer House et Epic Records. Le jour de sa sortie, elle a raconté au site d’information LGBTQ+ britannique PinkNews qu’elle préfère désormais écrire et enregistrer avec des femmes et des personnes queer, autour d’un petit groupe de collaborateurs et collaboratrices qui la comprennent. Elle ajoutait que ce choix avait « vraiment changé » ce qu’elle ressent en studio et qu’il constituait « la plus grande différence » de ce disque par rapport aux précédents.

« J’essaie vraiment d’engager des femmes, et dans les séances d’écriture, je dis « s’il vous plaît, pas d’homme hétéro ». »
Zara Larsson, chanteuse, dans PinkNews, 26 septembre 2025 (traduit de l’anglais)
Le producteur exécutif de l’album est Uzoechi Emenike, auteur-compositeur, chanteur et producteur connu sous le nom de MNEK, que le magazine LGBTQ+ états-unien Out présente comme ouvertement gay. Il était déjà là quand Zara Larsson a écrit sa première chanson, « Never Forget », a rappelé le magazine musical britannique Dork. La productrice Margo Wildman, DJ originaire du Michigan qui travaille sous le nom de Margo XS et que le magazine culturel britannique Dazed présente comme une femme trans, a travaillé sur la majorité des titres. L’autrice, chanteuse et productrice danoise Helena Gao, présentée par Dazed, complète le noyau d’écriture.

Le premier jour de studio, ce groupe a écrit le single « Pretty Ugly » et la chanson « Midnight Sun ». Ce second titre, signé par Zara Larsson, MNEK et Helena Gao et produit par MNEK et Margo XS, était nommé dans la catégorie du meilleur enregistrement dance pop lors de la cérémonie des Grammy Awards du 1er février, où « Abracadabra » de Lady Gaga l’a emporté. Dans un entretien repris le 20 octobre par le site spécialisé britannique MusicRadar, MNEK détaille le rôle des deux femmes dans la construction du morceau. Margo XS a proposé de transformer ses accords en arpèges et Helena Gao a joué au clavier la ligne qui traverse toute la chanson.
« J’avais vraiment l’impression de pouvoir dire n’importe quoi, et je n’avais pas besoin de me justifier. »
Zara Larsson, à propos de l’enregistrement de Midnight Sun, dans Dork, 26 septembre 2025 (traduit de l’anglais)
Les femmes dans la musique signent 14,5 % des crédits d’écriture des tubes de 2025, et la moitié de ces chansons n’a aucune autrice
L’équipe réunie par Zara Larsson tranche avec la façon dont sont écrits les plus grands succès. Le rapport « Inclusion in the Recording Studio », dirigé par la chercheuse Stacy L. Smith, fondatrice de l’Annenberg Inclusion Initiative, analyse 1 400 chansons du classement annuel Hot 100 du magazine professionnel états-unien Billboard (les 100 titres les plus populaires de l’année aux États-Unis) sur quatorze ans, de 2012 à 2025. En 2025, les femmes détenaient 72 des 498 crédits d’écriture, soit 14,5 %, contre 18,9 % en 2024.
Le même rapport compte 50 chansons sur 100 sans aucune autrice créditée en 2025. Sur l’ensemble des quatorze années étudiées, les femmes n’ont signé que 13,9 % des crédits d’écriture. Les artistes interprètes s’en sortent mieux, puisque 36,1 % des artistes du classement 2025 sont des femmes, un chiffre presque stable par rapport aux 37,7 % de 2024. Les femmes dans la musique sont donc plus nombreuses comme interprètes que parmi les personnes qui écrivent les chansons.
« Si l’industrie musicale voulait vraiment changer ces chiffres, c’est simple, il faut travailler avec des femmes. »
Stacy L. Smith, fondatrice de l’Annenberg Inclusion Initiative (USC), communiqué du 13 mars (traduit de l’anglais)
Stacy L. Smith explique dans ce même communiqué que le manque d’autrices empêche des femmes de travailler mais qu’il a aussi un effet culturel. Selon elle, certaines des idées et des croyances les plus répandues dans la culture sont écrites par des hommes, ce qui donne à un très petit groupe une influence démesurée sur les représentations.
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En studio, les femmes dans la musique occupent 4,4 % des postes de production, alors que près de la moitié des autrices et productrices se disent plus à l’aise à plusieurs
L’écart est encore plus grand pour la production, l’étape où se fabrique le son des chansons. En 2025, seuls 11 des 252 producteurs et productrices crédités sur les 100 titres du classement étaient des femmes, soit 4,4 %, d’après le rapport complet de l’Annenberg Inclusion Initiative. Sur onze années étudiées, seuls 6,8 % des chansons comptaient au moins une femme à la production.
Le témoignage de Zara Larsson rejoint ce que décrivaient déjà les autrices et productrices interrogées par la même équipe de recherche. Dans son rapport de 2019, l’Annenberg Inclusion Initiative avait mené des entretiens avec 75 autrices et productrices. Parmi elles, 45,3 % disaient se sentir, ou penser qu’elles se sentiraient, plus à l’aise en studio avec davantage de femmes présentes. Une sur quatre décrivait spontanément le fait d’être la seule femme, ou l’une des rares, dans un environnement masculin.
Les mêmes entretiens montraient que 83 % des interrogées avaient elles-mêmes ressenti un malaise en studio ou vu d’autres femmes le ressentir. Elles étaient 43 % à dire que leurs compétences avaient été dévalorisées ou qu’on ne les prenait pas au sérieux, et 92 % à dire qu’un collègue avait déjà résisté à leur autorité ou à leur vision artistique. Pour 80 % d’entre elles, la présence de plus de femmes changerait l’ambiance du studio.
Zara Larsson oppose les embauches aux chansons féministes, alors qu’aucune femme n’a jamais gagné le Grammy du meilleur producteur
Zara Larsson relie elle-même sa façon de recruter à la place que la pop continue de donner au producteur Lukasz Gottwald, dit Dr. Luke. Interrogée en juin 2025 dans le podcast Rolling Stone Music Now du magazine musical états-unien Rolling Stone, elle a estimé qu’écrire un hymne féministe avec un producteur qui ne défend pas ces valeurs avait peu de poids. Elle y critiquait le retour au premier plan de Lukasz Gottwald en demandant ce qu’il pouvait encore apporter.
« Je pense que la chose la plus puissante que l’on puisse faire, c’est de joindre les actes à la parole et de travailler avec des femmes. »
Zara Larsson, dans le podcast Rolling Stone Music Now, juin 2025 (traduit de l’anglais)
En 2014, la chanteuse états-unienne Kesha avait poursuivi Lukasz Gottwald en l’accusant de l’avoir droguée et violée et de l’avoir harcelée psychologiquement pendant leur collaboration. Le producteur a toujours nié et n’a jamais été inculpé. Les deux parties ont annoncé un accord le 22 juin 2023, juste avant le procès, selon l’agence de presse Associated Press.
Les grandes récompenses reflètent le même déséquilibre. Aucune femme n’était nommée cette année dans la catégorie du producteur de l’année des Grammys, d’après l’Annenberg Inclusion Initiative, et aucune ne l’a jamais remportée depuis sa création en 1975, rappelle le magazine britannique de musiques électroniques DJ Mag. Le cabinet de conseil en stratégie d’audience AKAS a calculé que la part de femmes parmi les lauréates et lauréats des Grammys est passée de 37 % en 2025 à 23 % cette année. Pour changer ces chiffres, le rapport de l’USC recommande d’examiner qui est invité dans les camps d’écriture (séances collectives où plusieurs auteurs et autrices composent pour un ou une artiste), qui est choisi pour travailler avec les artistes et si ces artistes ont l’occasion de travailler avec des femmes.
En France, les femmes dans la musique représentent 18 % des sociétaires de la Sacem et touchent 10 % des droits d’auteur
Les chiffres français confirment que ce déséquilibre dépasse les classements états-uniens. Le Centre national de la musique (CNM), l’établissement public chargé de soutenir la filière, a publié pour ses Assises, organisées le 27 mars 2025 à Dijon, une étude sur la place des femmes dans la filière musicale. Au 31 décembre 2023, 18 % des 192 122 sociétaires vivants de la Sacem (la société qui collecte et reverse les droits des autrices, auteurs, compositrices, compositeurs et éditeurs) étaient enregistrées comme femmes.
L’écart se creuse lorsqu’on regarde les sommes versées. Entre 2019 et 2023, les sociétaires femmes ont perçu 10 % des droits d’auteur nets versés par la Sacem, et elles ne représentaient que 14 % des 10 000 sociétaires les mieux rémunérés, selon le dossier de presse des Assises du CNM. En France, les femmes dans la musique sont donc peu nombreuses à la Sacem et y touchent une part des droits encore plus faible que leur part des sociétaires.
Le même document montre que la scène progresse plus vite que l’écriture. En 2023, 29 % des têtes d’affiche d’un panel de festivals de musiques actuelles étaient des femmes, contre 14 % en 2019. Dans le même temps, seuls 18 % des titres du top 10 000 avaient une femme comme artiste principale. L’étude du CNM ne donne pas de chiffre sur les réalisatrices artistiques, alors que c’est le poste où l’USC compte le moins de femmes aux États-Unis.
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