{"id":3428,"date":"2025-04-20T22:47:30","date_gmt":"2025-04-20T20:47:30","guid":{"rendered":"https:\/\/adelphitefrance.com\/?p=3428"},"modified":"2025-06-27T00:01:46","modified_gmt":"2025-06-26T22:01:46","slug":"couilles-bleues-que-cache-ce-mythe-sexuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/adelphitefrance.com\/?p=3428","title":{"rendered":"Couilles bleues : que cache ce mythe sexuel ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a des expressions qui circulent comme des faits acquis, dont l\u2019apparente \u00e9vidence masque mal la violence des usages.  \u201cCouilles bleues\u201d en fait partie : sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 suppos\u00e9e, son ancrage dans le vocabulaire populaire, son omnipr\u00e9sence dans les r\u00e9cits masculins h\u00e9t\u00e9rosexuels en font un objet linguistique familier, presque banal et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette banalit\u00e9 qui lui permet d\u2019op\u00e9rer sans r\u00e9sistance, en transformant un inconfort corporel ponctuel en outil de justification, en assignation, parfois m\u00eame en contrainte.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous couvert de description physiologique, ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment \u201csyndrome des couilles bleues\u201d repose sur une interpr\u00e9tation culturelle, et non m\u00e9dicale, du d\u00e9sir masculin comme trajectoire lin\u00e9aire qu\u2019il serait dangereux (ou injuste) d\u2019interrompre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sympt\u00f4mes, causes et facteurs aggravants<\/h2>\n\n\n\n<p>Le discours populaire autour des <em>couilles bleues<\/em> s&rsquo;appuie sur une s\u00e9rie de sympt\u00f4mes pr\u00e9sent\u00e9s comme autant de signes d\u2019un malaise physiologique s\u00e9rieux : lourdeur testiculaire, douleurs diffuses, tiraillements, parfois m\u00eame naus\u00e9es ou maux de t\u00eate, autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9voqu\u00e9s dans des t\u00e9moignages en ligne, des discussions de forums ou des articles pseudoscientifiques sans fondement acad\u00e9mique. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce lexique m\u00e9dicalisant, souvent repris sans v\u00e9rification, participe \u00e0 la construction d\u2019un imaginaire de la souffrance masculine, o\u00f9 la g\u00eane devient blessure, et la blessure, preuve irr\u00e9futable d\u2019un besoin vital contrari\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce glissement de l\u2019inconfort \u00e0 la pathologie permet un double d\u00e9placement : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il conf\u00e8re une l\u00e9gitimit\u00e9 corporelle \u00e0 une frustration \u00e9motionnelle, et de l\u2019autre, il r\u00e9active une r\u00e9partition genr\u00e9e des responsabilit\u00e9s sexuelles, dans laquelle le\u00b7la partenaire est charg\u00e9\u00b7e de \u201csoulager\u201d une douleur qu\u2019il\u00b7elle n\u2019a ni caus\u00e9e, ni consentie \u00e0 apaiser. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette configuration, l\u2019absence d\u2019\u00e9jaculation devient non seulement un d\u00e9sordre somatique, mais aussi une preuve d\u2019injustice, retourn\u00e9e contre celui ou celle qui aurait interrompu l\u2019acte ou refus\u00e9 d\u2019y participer pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, lorsqu\u2019on interroge ce qui provoque r\u00e9ellement cette sensation d\u00e9sagr\u00e9able, les r\u00e9ponses m\u00e9dicales sont sans ambigu\u00eft\u00e9 : il s\u2019agit d\u2019une vasocongestion passag\u00e8re, provoqu\u00e9e par une excitation prolong\u00e9e, et sans cons\u00e9quences graves. <\/p>\n\n\n\n<p>Le terme m\u00eame de \u201csyndrome\u201d est un abus de langage ; aucun corpus scientifique reconnu ne le valide, et aucune \u00e9tude s\u00e9rieuse ne classe ces sensations comme un trouble n\u00e9cessitant un suivi. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une g\u00eane mineure, comparable \u00e0 d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes physiologiques r\u00e9versibles et sans danger.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-1024x576.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3431\" srcset=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-1024x576.png 1024w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-300x169.png 300w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-768x432.png 768w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-1536x864.png 1536w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-2048x1152.png 2048w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Banniere-de-blog-Minimaliste-Beige-Blanc-1-600x338.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais dans l\u2019imaginaire h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9 dominant, l\u2019enjeu n\u2019est pas de comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne, il est de le rendre utile. <\/p>\n\n\n\n<p>Car en amplifiant les causes, en dramatisant les effets, et surtout en insistant sur leur pr\u00e9tendue in\u00e9vitabilit\u00e9, le mythe des <em>couilles bleues<\/em> cr\u00e9e une forme de contrainte symbolique. Il r\u00e9active l\u2019id\u00e9e selon laquelle toute excitation doit logiquement mener \u00e0 une d\u00e9charge, et que bloquer ce processus volontairement ou non, revient \u00e0 infliger une douleur. <\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019enjeu n\u2019est plus m\u00e9dical, mais moral. Ce n\u2019est pas le corps qui souffre, c\u2019est la virilit\u00e9 qui r\u00e9clame r\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comment soulager les douleurs li\u00e9es aux couilles bleues ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les rares moments o\u00f9 la m\u00e9decine s\u2019exprime sur la question des <em>couilles bleues<\/em>, le discours est clair, mesur\u00e9, et surtout d\u00e9nu\u00e9 d\u2019alarmisme : il n\u2019existe, \u00e0 ce jour, aucun traitement sp\u00e9cifique, aucune pathologie reconnue, aucune urgence \u00e0 prendre en charge. <\/p>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne, s\u2019il survient, se r\u00e9sorbe de lui-m\u00eame par le simple rel\u00e2chement de la tension sexuelle, le retour progressif du flux sanguin \u00e0 un \u00e9tat de repos, ou \u00e0 travers une activit\u00e9 physique l\u00e9g\u00e8re. Autrement dit, on peut ne rien faire. On peut attendre. Et surtout, on peut ne pas mobiliser autrui comme outil th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale, pourtant accessible, est largement \u00e9vacu\u00e9e des discours sociaux, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle contredit leur objectif implicite. <\/p>\n\n\n\n<p>Car la question n\u2019est pas ici de \u201csoulager une douleur\u201d, mais de maintenir l\u2019illusion d\u2019un besoin irr\u00e9pressible, afin de rendre l\u00e9gitime ce qui ne l\u2019est pas : la pression exerc\u00e9e sur le\u00b7la partenaire, la disqualification d\u2019un refus, l\u2019instauration d\u2019une responsabilit\u00e9 ext\u00e9rieure \u00e0 soi pour combler une frustration intime. <\/p>\n\n\n\n<p>Le corps devient alors un pr\u00e9texte, et la solution n\u2019a plus rien de m\u00e9dical : elle est politique, relationnelle, asym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3435\" srcset=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-1024x768.png 1024w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-300x225.png 300w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-768x576.png 768w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-1536x1152.png 1536w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-2048x1536.png 2048w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-2-600x450.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la consultation d\u2019un\u00b7e professionnel\u00b7le de sant\u00e9, pourtant recommand\u00e9e en cas de doute ou de douleurs persistantes, est rarement envisag\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Non pas parce qu\u2019elle serait inutile, mais parce qu\u2019elle d\u00e9place la responsabilit\u00e9 sur celui qui souffre, et non sur celle ou celui qu\u2019on d\u00e9signe comme \u201cresponsable\u201d de cette souffrance. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que l\u2019on per\u00e7oit avec le plus de nettet\u00e9 le caract\u00e8re performatif du mythe : il ne s\u2019agit pas tant d\u2019une plainte adress\u00e9e \u00e0 soi-m\u00eame que d\u2019un message implicite \u00e0 l\u2019autre, pour rappeler que l\u2019arr\u00eat d\u2019un acte sexuel n\u2019est jamais neutre, qu\u2019il a un \u201cprix\u201d, et que ce prix doit \u00eatre pay\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute un autre ph\u00e9nom\u00e8ne, tout aussi probl\u00e9matique : la circulation de fausses solutions, souvent relay\u00e9es dans les sph\u00e8res masculines en ligne, o\u00f9 l\u2019on conseille de \u201cforcer un peu\u201d, de \u201cfinir seul mais rapidement\u201d, ou de \u201crevenir \u00e0 la charge plus tard\u201d, comme si le corps en tension devait absolument trouver un exutoire, quel qu\u2019il soit. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9ponses, loin de soulager quoi que ce soit, confortent une logique de consommation du sexe, dans laquelle le d\u00e9sir n\u2019est plus un \u00e9change mais une n\u00e9cessit\u00e9, et l\u2019autre, un outil ou une variable d\u2019ajustement. Ce n\u2019est pas un soin. C\u2019est une strat\u00e9gie de contournement du consentement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une expression symptomatique d\u2019un rapport au sexe genr\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il est frappant de constater que le \u201csyndrome des <em>couilles bleues<\/em>\u201d ne se contente pas d\u2019exister dans les discours informels : il est mobilis\u00e9 comme levier d\u2019action dans des interactions concr\u00e8tes, o\u00f9 la douleur suppos\u00e9e du corps masculin devient une arme rh\u00e9torique visant \u00e0 disqualifier toute forme de retrait ou de refus. L\u00e0 o\u00f9 la m\u00e9decine parle de ph\u00e9nom\u00e8ne b\u00e9nin, la culture parle d&rsquo;urgence ; l\u00e0 o\u00f9 le soin propose de laisser passer, le r\u00e9cit social exige r\u00e9paration imm\u00e9diate. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette r\u00e9paration n\u2019est jamais neutre : elle implique une sexualit\u00e9 forc\u00e9e, une disponibilit\u00e9 attendue, une assignation au r\u00f4le de solution.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re cette construction se rejoue une vieille histoire : celle o\u00f9 le d\u00e9sir masculin est pr\u00e9sent\u00e9 comme irr\u00e9pressible, lin\u00e9aire, m\u00e9canique et donc excusable. Et \u00e0 l\u2019inverse, celle o\u00f9 le d\u00e9sir f\u00e9minin, s\u2019il existe, est toujours suppos\u00e9 \u00eatre moins fort, moins exigeant, plus contr\u00f4lable.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette dichotomie, c\u2019est encore \u00e0 la personne per\u00e7ue comme femme que revient la charge de \u201cg\u00e9rer\u201d la situation, de r\u00e9guler, de temp\u00e9rer, ou de c\u00e9der. <\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>couilles bleues<\/em>, dans ce cadre, ne sont pas qu\u2019un sympt\u00f4me imaginaire : elles sont un instrument. Un moyen de reconduire, sans heurt apparent, une hi\u00e9rarchie sexuelle o\u00f9 l\u2019homme d\u00e9sire, souffre, exige et o\u00f9 l\u2019autre se doit de faire avec.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que cette dynamique r\u00e9v\u00e8le, c\u2019est la persistance d\u2019un <strong>rapport sexuel fond\u00e9 sur l\u2019asym\u00e9trie<\/strong>, o\u00f9 l\u2019intensit\u00e9 du d\u00e9sir masculin justifie tout : la mise sous pression, la culpabilisation, voire le passage \u00e0 l\u2019acte sans consentement explicite. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--1024x576.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" srcset=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--1024x576.png 1024w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--300x169.png 300w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--768x432.png 768w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--1536x864.png 1536w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--2048x1152.png 2048w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/pere-famille--600x338.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne d\u2019une douleur masculine devient l\u2019un des outils les plus efficaces pour obtenir un \u201coui\u201d que l\u2019on sait arrach\u00e9. Ces pratiques, souvent euph\u00e9mis\u00e9es, rel\u00e8vent de formes de coercition sexuelle peu identifi\u00e9es, car envelopp\u00e9es dans un langage pseudo-affectif \u201ctu me laisses comme \u00e7a\u201d, \u201c\u00e7a me fait mal\u201d, \u201cje vais exploser\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La centralit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la douleur des <em>couilles bleues<\/em> contraste violemment avec la n\u00e9gation habituelle des douleurs f\u00e9minines dans le sexe h\u00e9t\u00e9ro : douleurs vaginales, s\u00e9cheresse, rapports non d\u00e9sir\u00e9s, violences gyn\u00e9cologiques\u2026 tout cela est rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, per\u00e7u comme normal, secondaire, ou indicible. <\/p>\n\n\n\n<p>En cela, l\u2019expression <em>couilles bleues<\/em> fonctionne aussi comme un r\u00e9v\u00e9lateur brutal : elle dit qui a le droit de souffrir, qui a le droit d\u2019en parler, et surtout, dont la souffrance devient actionnable.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait croire \u00e0 une simple maladresse lexicale. En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une strat\u00e9gie culturelle bien rod\u00e9e : <strong>faire de la jouissance masculine incompl\u00e8te une blessure<\/strong>, pour mieux exiger la r\u00e9paration du plaisir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce que disent les \u00e9tudes scientifiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Les rares travaux scientifiques qui abordent les <em>couilles bleues<\/em> ne parlent jamais de syndrome. Aucun consensus m\u00e9dical ne les reconna\u00eet comme une pathologie. L\u2019expression n\u2019a aucune base clinique, mais beaucoup de pouvoir culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude la plus cit\u00e9e sur le sujet est celle men\u00e9e par la sexologue Caroline Pukall (Queen\u2019s University, Ontario), qui, en 2000, \u00e9voque la \u201cvasocongestion testiculaire\u201d comme une exp\u00e9rience possible mais b\u00e9nigne, sans gravit\u00e9 ni besoin d\u2019intervention. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle insiste sur le fait que cette sensation s\u2019estompe rapidement, sans cons\u00e9quences, et que la mani\u00e8re dont elle est d\u00e9crite par les patients rel\u00e8ve souvent d\u2019une dramatisation sociale plus que d\u2019un r\u00e9el probl\u00e8me m\u00e9dical. Autrement dit : <strong>le ressenti est r\u00e9el, mais l\u2019interpr\u00e9tation en termes de douleur exigeant un soulagement imm\u00e9diat ne tient pas scientifiquement<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les bases de donn\u00e9es acad\u00e9miques (PubMed, JSTOR), aucune pathologie codifi\u00e9e ne correspond \u00e0 cette expression. Les quelques publications qui la mentionnent le font sur le ton de l\u2019observation sociologique et non m\u00e9dicale. L\u2019expression <em>blue balls<\/em> est \u00e9tudi\u00e9e comme une construction culturelle genr\u00e9e, pas comme un ph\u00e9nom\u00e8ne pathologique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e des <em>couilles bleues<\/em> fonctionne surtout comme un r\u00e9cit d\u2019urgence masculine utilis\u00e9 pour justifier des comportements qui rel\u00e8vent parfois, explicitement, de la coercition.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3-1024x683.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3437\" srcset=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3-1024x683.png 1024w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3-300x200.png 300w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3-768x512.png 768w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3-600x400.png 600w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/image-3.png 1536w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9calage entre r\u00e9alit\u00e9 physiologique et usage discursif m\u00e9riterait un traitement plus large dans les recherches en sciences sociales. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce jour, il n\u2019existe aucun corpus approfondi sur l\u2019usage de ce mythe dans les interactions h\u00e9t\u00e9rosexuelles, alors m\u00eame que ses effets pratiques (sur le consentement, la culpabilit\u00e9, la responsabilit\u00e9 sexuelle&#8230;) sont document\u00e9s dans d&rsquo;autres domaines. <\/p>\n\n\n\n<p>Le croisement avec les travaux sur le <em>sexual scripting<\/em> (Gagnon &amp; Simon, 1973) ou les normes de genre dans le d\u00e9sir (Tolman, 2002 ; Pascoe, 2007) permettrait pourtant de le r\u00e9inscrire dans une lecture structurelle, loin de l\u2019anecdote ou de la moquerie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les <em>couilles bleues<\/em>, ce n\u2019est pas un syndrome.<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est un discours.<br>Un r\u00e9cit codifi\u00e9, transmis, r\u00e9p\u00e9t\u00e9, qui transforme une g\u00eane mineure en arme rh\u00e9torique.<br>Ce r\u00e9cit a une fonction : obtenir plus, plus vite, en contournant la question du d\u00e9sir partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps de le d\u00e9faire, non pas en niant les sensations, mais en refusant leur instrumentalisation.<br>Car aucun corps n\u2019a \u00e0 porter la douleur suppos\u00e9e d\u2019un autre, surtout quand cette douleur n\u2019est qu\u2019une strat\u00e9gie pour contourner un \u201cnon\u201d.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des expressions qui circulent comme des faits acquis, dont l\u2019apparente \u00e9vidence masque mal la violence des usages. \u201cCouilles bleues\u201d en fait partie : sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 suppos\u00e9e, son ancrage dans le vocabulaire populaire, son omnipr\u00e9sence dans les r\u00e9cits masculins h\u00e9t\u00e9rosexuels en font un objet linguistique familier, presque banal et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette banalit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":3429,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55],"tags":[],"class_list":["post-3428","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3428","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3428"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3428\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3451,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3428\/revisions\/3451"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3429"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/adelphitefrance.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}