{"id":3598,"date":"2026-02-20T15:57:55","date_gmt":"2026-02-20T14:57:55","guid":{"rendered":"https:\/\/adelphitefrance.com\/?p=3598"},"modified":"2026-02-20T16:14:58","modified_gmt":"2026-02-20T15:14:58","slug":"affaire-doums-quand-la-victime-est-jugee-avant-lagresseur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/adelphitefrance.com\/?p=3598","title":{"rendered":"Affaire Doums : quand la victime est jug\u00e9e avant l&rsquo;agresseur"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le victim-blaming en pleine lumi\u00e8re<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><em>Depuis la garde \u00e0 vue du rappeur Doums pour violences conjugales pr\u00e9sum\u00e9es sur l&rsquo;actrice Ad\u00e8le Exarchopoulos, un deuxi\u00e8me proc\u00e8s se tient en parall\u00e8le sur les r\u00e9seaux sociaux. C&rsquo;est elle qu&rsquo;on insulte, qu&rsquo;on questionne, qu&rsquo;on juge. Pas lui. D\u00e9cryptage d&rsquo;un m\u00e9canisme aussi vieux que la violence conjugale elle-m\u00eame.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"600\" src=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3599\" srcset=\"https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image.png 1000w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-300x180.png 300w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-768x461.png 768w, https:\/\/adelphitefrance.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-600x360.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Depuis l&rsquo;annonce du placement en garde \u00e0 vue du rappeur Doums (de son vrai nom Mamadou Coulibaly) le 22 janvier 2026, pour violences conjugales pr\u00e9sum\u00e9es sur son ex-compagne l&rsquo;actrice Ad\u00e8le Exarchopoulos, un autre proc\u00e8s se joue en parall\u00e8le. Pas dans un tribunal. Dans les commentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Des milliers de r\u00e9actions ont d\u00e9ferl\u00e9 en quelques heures sur X, Instagram, TikTok. Un m\u00e9lange toxique de racisme, de victim-blaming et de misogynie. Un spectacle devenu si pr\u00e9visible qu&rsquo;on pourrait presque en \u00e9crire le script \u00e0 l&rsquo;avance. Et pourtant, \u00e0 chaque fois, \u00e7a fait le m\u00eame effet. Parce qu&rsquo;\u00e0 chaque fois, c&rsquo;est une vraie personne qu&rsquo;on lynche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le Exarchopoulos, Palme d&rsquo;or \u00e0 Cannes pour <em>La Vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em> en 2013, deux fois C\u00e9sar, avait pourtant tout fait pour \u00e9viter \u00e7a. Selon des sources proches du dossier cit\u00e9es par l&rsquo;AFP, elle voulait express\u00e9ment \u00e9viter la m\u00e9diatisation de cette affaire. Elle avait d\u00e9pos\u00e9 plainte en octobre 2024, discr\u00e8tement, apr\u00e8s des ann\u00e9es de silences et de proc\u00e9dures. Une premi\u00e8re plainte en 2019 avait d\u00e9j\u00e0 abouti \u00e0 une condamnation de Doums en juillet 2020. Une ordonnance de protection avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e en 2024. Et malgr\u00e9 tout \u00e7a, l&rsquo;information a fuit\u00e9. Et avec elle, la meute.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le proc\u00e8s de la victime, avant m\u00eame celui de l&rsquo;agresseur pr\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce qui est frappant, et r\u00e9voltant, dans les r\u00e9actions qui ont suivi la r\u00e9v\u00e9lation de la garde \u00e0 vue, c&rsquo;est la rapidit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;attention s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e. De Doums vers Ad\u00e8le. De l&rsquo;agresseur pr\u00e9sum\u00e9 vers la victime pr\u00e9sum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur X, les commentaires fusent : elle aurait \u00ab\u00a0bien connu ce qu&rsquo;elle choisissait\u00a0\u00bb, elle \u00ab\u00a0n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 partir plus t\u00f4t\u00a0\u00bb, on lui reproche son image pass\u00e9e, ses r\u00f4les de cin\u00e9ma, sa vie amoureuse. Le site Terrafemina, qui a document\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne, d\u00e9crit un \u00ab\u00a0cyberharc\u00e8lement tr\u00e8s virulent\u00a0\u00bb visant directement l&rsquo;actrice. Insultes, menaces, mises en cause de sa cr\u00e9dibilit\u00e9, pendant que l&rsquo;homme qui compara\u00eetra devant le tribunal correctionnel de Paris le 29 juin pour \u00ab\u00a0violences habituelles commises par conjoint, en r\u00e9cidive l\u00e9gale\u00a0\u00bb, lui, poste sur les r\u00e9seaux sociaux. \u00ab\u00a0Ils ont essay\u00e9 de me faire, c&rsquo;\u00e9tait pas mon heure\u00a0\u00bb, \u00e9crit Doums sur X d\u00e8s le 24 janvier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sum\u00e9 est brutal : lui communique librement. Elle, qui voulait juste un peu de justice et de paix, se retrouve jug\u00e9e par des millions d&rsquo;inconnus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce retournement n&rsquo;est pas un accident. C&rsquo;est un m\u00e9canisme. Celui du victim-blaming \u2014 la tendance \u00e0 reporter la responsabilit\u00e9 d&rsquo;une violence sur la personne qui l&rsquo;a subie. Et il fonctionne selon des ressorts tr\u00e8s pr\u00e9cis, que cette affaire illustre avec une clart\u00e9 presque clinique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le mythe de la victime parfaite<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le victim-blaming repose sur une fiction : celle de la \u00ab\u00a0vraie victime\u00a0\u00bb. Une femme qui n&rsquo;aurait rien fait pour m\u00e9riter ce qui lui est arriv\u00e9, qui aurait fui d\u00e8s le premier signe, qui n&rsquo;aurait jamais crois\u00e9 le regard de son agresseur dans un cadre amoureux et consensuel. Une femme sans histoire, sans corps visible, sans pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le Exarchopoulos ne correspond pas \u00e0 cette fiction. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e7a qu&rsquo;elle est cibl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis son tout premier grand r\u00f4le dans <em>La Vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em> d&rsquo;Abdelatif Kechiche,&nbsp; film aux sc\u00e8nes explicites qui lui ont valu autant de louanges que de projections masculines non consenties, l&rsquo;actrice tra\u00eene une image hypersexualis\u00e9e qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas construite elle-m\u00eame. Comme l&rsquo;analyse la documentariste et militante f\u00e9ministe Ovidie, cit\u00e9e par Terrafemina : \u00ab\u00a0Quand une femme montre son corps, se d\u00e9nude, se d\u00e9voile, elle est trait\u00e9e de putain : et consid\u00e9r\u00e9e ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours.\u00a0\u00bb C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle le slut-shaming, cette violence qui consiste \u00e0 retourner contre une femme sa propre image pour invalider sa parole. Et \u00e7a marche d&rsquo;autant mieux quand cette image a \u00e9t\u00e9 construite \u00e0 son insu, dans les pages d&rsquo;un magazine ou \u00e0 travers le regard d&rsquo;un r\u00e9alisateur.<\/p>\n\n\n\n<p>En clair : parce qu&rsquo;Ad\u00e8le Exarchopoulos a jou\u00e9 une sc\u00e8ne de sexe \u00e0 18 ans dans un film de Kechiche, certains estiment qu&rsquo;elle ne m\u00e9rite pas d&rsquo;\u00eatre crue \u00e0 32 ans quand elle porte plainte pour violences conjugales. Le lien logique est inexistant. L&rsquo;effet r\u00e9el, lui, est bien l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychiatre Dr Muriel Salmona, sp\u00e9cialiste du psychotrauma et autrice du <em>Livre noir des violences sexuelles<\/em> (2013), explique ce m\u00e9canisme de fa\u00e7on limpide : quand on bl\u00e2me une victime, on se prot\u00e8ge psychologiquement. Le raisonnement inconscient est simple,si elle a fait quelque chose pour que \u00e7a lui arrive, alors moi qui agis \u00ab\u00a0correctement\u00a0\u00bb, je suis \u00e0 l&rsquo;abri. C&rsquo;est une illusion de contr\u00f4le. Et c&rsquo;est aussi une fa\u00e7on de ne jamais avoir \u00e0 regarder la violence en face.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab\u00a0Pourquoi elle n&rsquo;est pas partie ?\u00a0\u00bb D\u00e9monter la question la plus violente<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;une des formes les plus r\u00e9pandues de victim-blaming dans les affaires de violences conjugales, c&rsquo;est la question du d\u00e9part. \u00ab\u00a0Pourquoi elle est rest\u00e9e ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Pourquoi elle a mis autant de temps \u00e0 porter plainte ?\u00a0\u00bb Sous-entendu : si elle n&rsquo;est pas partie, c&rsquo;est qu&rsquo;elle a d\u00fb trouver \u00e7a acceptable. Ou qu&rsquo;elle l&rsquo;a provoqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question est non seulement cruelle, elle est factuellement fausse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les violences conjugales ne fonctionnent pas comme une agression dans la rue, avec un inconnu et une issue claire. Elles s&rsquo;inscrivent dans une relation affective, souvent construite sur des ann\u00e9es, dans laquelle l&#8217;emprise psychologique pr\u00e9c\u00e8de et accompagne la violence physique. Les cycles de violence alternent avec des phases de r\u00e9mission, de promesses, de tendresse, ce qu&rsquo;on appelle le \u00ab\u00a0cycle de Walker\u00a0\u00bb, qui rendent le d\u00e9part \u00e0 la fois \u00e9motionnellement complexe et concr\u00e8tement dangereux. On sait que le moment le plus risqu\u00e9 pour une femme victime de violences conjugales, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment celui o\u00f9 elle tente de quitter son partenaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas d&rsquo;Ad\u00e8le Exarchopoulos, les faits document\u00e9s racontent cette r\u00e9alit\u00e9 : une premi\u00e8re plainte en 2019. Une condamnation de Doums en 2020. Une ordonnance de protection en 2024, que le rappeur n&rsquo;aurait pas respect\u00e9e, selon Le Parisien. Une deuxi\u00e8me plainte en octobre 2024 pour des faits s&rsquo;\u00e9talant de 2017 \u00e0 2024. Ce n&rsquo;est pas le portrait d&rsquo;une femme passive. C&rsquo;est le portrait d&rsquo;une femme qui s&rsquo;est battue, encore et encore, dans un syst\u00e8me judiciaire qui prot\u00e8ge insuffisamment les victimes et face \u00e0 une opinion publique qui la juge plut\u00f4t que de la soutenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand le racisme s&rsquo;invite dans le f\u00e9minisme s\u00e9lectif<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il faut le nommer. Parce que dans les commentaires qui ont suivi la garde \u00e0 vue, il y avait aussi \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie des r\u00e9actions les plus violentes contre Doums n&rsquo;avaient rien \u00e0 voir avec une pr\u00e9occupation sinc\u00e8re pour Ad\u00e8le Exarchopoulos. Elles mobilisaient l&rsquo;affaire pour stigmatiser une population enti\u00e8re. \u00ab\u00a0C&rsquo;est culturel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0C&rsquo;est sa communaut\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que vous importez\u00a0\u00bb, les formulations varient, le fond reste le m\u00eame. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on pourrait appeler le f\u00e9minisme de circonstance : celui qui se r\u00e9veille uniquement quand l&rsquo;agresseur pr\u00e9sum\u00e9 est racis\u00e9, et qui utilise la protection des femmes comme pr\u00e9texte pour alimenter un discours x\u00e9nophobe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce glissement est non seulement r\u00e9voltant sur le plan moral, il est aussi empiriquement faux. En France, une femme est tu\u00e9e tous les deux jours par son partenaire ou ex-partenaire. Ces hommes viennent de tous les milieux, toutes les origines, toutes les classes sociales. Les violences conjugales ne sont pas un \u00ab\u00a0probl\u00e8me communautaire\u00a0\u00bb. Ce sont un probl\u00e8me syst\u00e9mique, ancr\u00e9 dans des structures patriarcales qui traversent toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;on observe dans des affaires comme celle de Doums, c&rsquo;est une indignation \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Quand l&rsquo;agresseur pr\u00e9sum\u00e9 est racis\u00e9, l&rsquo;indignation est massive, imm\u00e9diate, bruyante. Quand il est blanc et bourgeois, elle est souvent discr\u00e8te, nuanc\u00e9e, ou dirig\u00e9e vers la victime elle-m\u00eame, jug\u00e9e manipulatrice, int\u00e9ress\u00e9e, ou \u00ab\u00a0difficile \u00e0 croire\u00a0\u00bb. Cette asym\u00e9trie dit quelque chose sur qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 et qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 dans l&rsquo;imaginaire collectif. Et ce n&rsquo;est pas un d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Gis\u00e8le P\u00e9licot nous a d\u00e9j\u00e0 tout dit<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En 2024, lors du proc\u00e8s des viols de Mazan, Gis\u00e8le P\u00e9licot avait fait un choix extraordinaire : celui de lever l&rsquo;anonymat, de rendre le proc\u00e8s public, de regarder ses agresseurs en face et de dire, pour toutes les femmes qui ne pouvaient pas le faire : \u00ab\u00a0La honte doit changer de camp.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait 71 ans. Elle avait subi des centaines de viols, document\u00e9s par 20 000 fichiers. Son mari l&rsquo;avait drogu\u00e9e pendant des ann\u00e9es pour la livrer \u00e0 des inconnus. Et malgr\u00e9 tout \u00e7a, malgr\u00e9 les preuves accablantes, malgr\u00e9 les aveux \u2014 sa parole avait \u00e9t\u00e9 mise en doute. Son comportement questionn\u00e9. Son mariage pass\u00e9 \u00e0 la loupe. L&rsquo;une des avocates de la d\u00e9fense avait insinu\u00e9 qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0aimait \u00e7a\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres avaient \u00e9voqu\u00e9 une possible complicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 17 septembre 2024, exc\u00e9d\u00e9e, Gis\u00e8le P\u00e9licot avait d\u00fb rappeler, depuis la barre : \u00ab\u00a0Un viol est un viol.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si une femme de 71 ans, avec 20 000 preuves, doit encore rappeler cette \u00e9vidence, on mesure l&rsquo;ampleur du probl\u00e8me. On comprend pourquoi Ad\u00e8le Exarchopoulos, elle, avait voulu \u00e9viter la m\u00e9diatisation. Et on comprend surtout ce qu&rsquo;elle savait d\u00e9j\u00e0 : que la justice, pour les femmes qui portent plainte pour violences conjugales, se joue autant dans la rue que dans le pr\u00e9toire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;affaire Rihanna et Chris Brown avait, quinze ans plus t\u00f4t, illustr\u00e9 la m\u00eame m\u00e9canique \u00e0 une \u00e9chelle mondiale. En 2009, les preuves m\u00e9dicales \u00e9taient l\u00e0, les photos du visage tum\u00e9fi\u00e9 de la chanteuse avaient fait le tour du monde. Le soutien du public \u00e9tait r\u00e9el. Puis des rumeurs avaient circul\u00e9, elle l&rsquo;aurait revu. Et le discours avait radicalement chang\u00e9. Certains avaient estim\u00e9 qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0ne m\u00e9ritait plus\u00a0\u00bb leur compassion. Que ses choix apr\u00e8s l&rsquo;agression comptaient plus que l&rsquo;agression elle-m\u00eame. Le message envoy\u00e9 aux victimes \u00e9tait transparent : tu as droit \u00e0 notre soutien conditionnellement. Fais un \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb choix, et on t&rsquo;abandonne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion : Le deuxi\u00e8me proc\u00e8s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le Exarchopoulos n&rsquo;a pas comment\u00e9 cette affaire. Son avocate non plus. Elle attend le 29 juin. Elle attend que la justice fasse son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, elle se prend les commentaires. Les insultes. Les projections. Le poids d&rsquo;une opinion publique qui lui reproche d&rsquo;avoir os\u00e9,&nbsp; d&rsquo;avoir os\u00e9 porter plainte, d&rsquo;avoir os\u00e9 exister avec une image complexe, d&rsquo;avoir os\u00e9 prendre du temps avant de parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce deuxi\u00e8me proc\u00e8s, celui des r\u00e9seaux sociaux, celui du regard public, n&rsquo;a pas de verdict officiel. Mais il a des effets tr\u00e8s r\u00e9els. Il d\u00e9courage les victimes de porter plainte. Il renforce le sentiment que la honte appartient \u00e0 celles qui subissent, pas \u00e0 ceux qui frappent. Il perp\u00e9tue l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une femme doit \u00eatre parfaite pour m\u00e9riter d&rsquo;\u00eatre crue.<\/p>\n\n\n\n<p>Laissons Ad\u00e8le Exarchopoulos exister en dehors du regard de ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de la juger. Laissons la justice suivre son cours. Et pour les autres, celles qui vivent peut-\u00eatre la m\u00eame chose en silence, sans cam\u00e9ras, sans m\u00e9dias, sans rien, le 3919 existe. Il est gratuit, anonyme, disponible 24h\/24. Parce que peu importe ce qu&rsquo;on vous a dit, peu importe ce que les commentaires insinuent : ce n&rsquo;est jamais de votre faute.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si vous \u00eates victime ou t\u00e9moin de violences conjugales : 3919 (gratuit, anonyme) arretonslesviolences.gouv.fr, Signalement en ligne 24h\/24<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le victim-blaming en pleine lumi\u00e8re Depuis la garde \u00e0 vue du rappeur Doums pour violences conjugales pr\u00e9sum\u00e9es sur l&rsquo;actrice Ad\u00e8le Exarchopoulos, un deuxi\u00e8me proc\u00e8s se tient en parall\u00e8le sur les r\u00e9seaux sociaux. C&rsquo;est elle qu&rsquo;on insulte, qu&rsquo;on questionne, qu&rsquo;on juge. Pas lui. 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