Aller au contenu
Édition du dimanche 11 octobre 2026
Culture · Société
Soutenir Adelphité

Romance : le genre a vendu 10,7 millions de livres en 2025, mais il reste absent des sélections des grands prix littéraires

Du 29 octobre au 1er novembre, le Festival New Romance fête ses dix ans à Lille, et tous ses billets sont déjà vendus. Ce succès montre aussi le poids de la romance, qui a vendu 10,7 millions de livres neufs en France en 2025. Pourtant, la romance reste absente des sélections des grands prix littéraires et ignorée par la presse culturelle. Or ce genre, lu très majoritairement par des femmes, fournit 30 des 100 romans les plus vendus du pays. Pourquoi les livres les plus achetés sont-ils aussi les moins considérés ?

Décryptage
Alequihdez / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En 2025, 10,7 millions de livres neufs de romance ont été vendus en France. Les ventes du genre ont progressé de plus de 120 % depuis 2022. Ces chiffres viennent d’une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP), publiée le 23 mai.

La romance désigne les romans dont l’intrigue principale est une histoire d’amour. NielsenIQ BookData, l’institut qui mesure les ventes de livres en France, la classe en sept catégories depuis le 1er septembre 2025. Le magazine professionnel Livres Hebdo a détaillé ce classement le 29 août 2025.

Le genre a aussi son rendez-vous annuel. Le Festival New Romance tient sa dixième édition du 29 octobre au 1er novembre, au Grand Palais de Lille. Ses trois formules de billets, vendues de 55 à 145 euros, sont toutes épuisées selon son site. La romance reste pourtant absente des sélections des principaux prix littéraires.

La romance a vendu 10,7 millions de livres en 2025 et l’une de ses autrices est la deuxième meilleure vente du pays

Ces ventes portent une autrice française en tête des classements. Morgane Moncomble a été la deuxième autrice la plus vendue en France en 2025, tous genres confondus, selon l’AFP. Elle s’était fait connaître il y a dix ans sur Wattpad, une plateforme d’écriture en ligne. Son roman La Révolte de la reine, paru en mars, a dépassé 100 000 exemplaires vendus. Ce chiffre est celui de son éditeur, Hugo Publishing.

Morgane Moncomble, invitée de la chronique « Nouvelles têtes », sur la chaîne YouTube de France Inter.

Les maisons d’édition ont suivi ce public. En 2024, la romance a rapporté plus de 165 millions d’euros, d’après NielsenIQ BookData. Ce chiffre d’affaires a triplé en trois ans. Deux fois plus de maisons publiaient de la romance qu’en 2021.

Ce marché a longtemps appartenu à un seul éditeur. Sylvie Gand, responsable éditoriale chez HarperCollins France, l’a rappelé à Livres Hebdo le 9 septembre 2024. Elle expliquait que Harlequin, la collection de romans sentimentaux du groupe, avait été seule sur ce terrain pendant des années. À cette date, Hugo Publishing réalisait 39 % du chiffre d’affaires du secteur. Cinq nouveaux labels avaient été créés en un an par de grands groupes d’édition.

La romance est tenue à l’écart des prix littéraires et de la presse culturelle malgré ses ventes

Ce poids économique ne donne pas à la romance de reconnaissance critique. Deux universitaires l’ont établi dans une analyse parue le 3 décembre 2025. Adeline Florimond-Clerc est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine. Louis Gabrysiak est sociologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Leur texte a été publié par The Conversation, un média en ligne qui diffuse des articles de chercheur·ses.

Les deux auteur·rices constatent que la new romance est absente des nominations des principaux prix littéraires. Ils et elles notent aussi que la presse culturelle l’ignore. Quand les journaux en parlent, c’est souvent pour la critiquer violemment. Selon l’AFP, la romance est souvent qualifiée de « sous-genre », jugée « mal écrite » et « naïve », parfois « sexiste ».

Selon cette analyse, le reproche a changé de nature. L’argument du danger pour les jeunes lectrices a pris le relais. Les deux universitaires en concluent que la romance tire sa légitimité de son succès commercial, et non des institutions littéraires.

Lire aussi « Barbie 2 » : le premier film a rapporté plus de 1,4 milliard de dollars, mais les femmes ne sont que 8 % des cinéastes des plus gros succès de 2025

Les lectrices de romance lisent aussi du polar et de la fantasy, et 4 % seulement ne lisent que ce genre

Le public visé par ces reproches a été étudié en 2024. Babelio, un site communautaire de critiques de livres, a interrogé 7 030 personnes en ligne du 5 au 18 mars 2024. Le site d’actualité du livre ActuaLitté a publié les résultats le 26 mars 2024. Les personnes interrogées sont de grandes lectrices, recrutées sur Babelio et sur les réseaux sociaux. L’enquête ne représente donc pas l’ensemble de la population.

Elle contredit l’image d’un public qui ne lirait rien d’autre. Seules 4 % des personnes interrogées lisent uniquement de la romance. Elles sont 62 % à lire aussi des romans pour jeunes adultes. Elles sont 58 % à lire de la fantasy ou de la science-fiction, et 53 % du polar. Les lectrices de romance lisent aussi davantage. Elles sont 17,3 % à finir plus de deux livres par semaine, contre 12,6 % des autres personnes interrogées.

Ce public est très féminin. D’après le compte rendu de Livres Hebdo, 94,9 % des personnes qui lisent de la romance dans cette enquête sont des femmes. Elles sont 71 % à découvrir leurs livres sur Instagram.

Morgane Moncomble présente son roman et parle de son engagement féministe, dans un entretien diffusé sur la chaîne YouTube de M6 Info.

Lire aussi IA et livres : Anthropic a détruit des millions de livres d’occasion pour entraîner son IA, et la justice des États-Unis a jugé le procédé légal

Un essai paru en mai défend la romance et juge que le mépris vise d’abord ses lectrices

Ce décalage entre les ventes et la considération fait désormais l’objet d’un livre. Christine Van Geen est professeure de philosophie à Rennes et ancienne élève de l’École normale supérieure. Elle a publié le 7 mai Love Stories. Pourquoi les romances nous font du bien, aux éditions Les Arènes. Elle y soutient que le mépris envers les lectrices mérite d’être examiné, davantage que la romance elle-même, selon la recension du magazine en ligne Unidivers.

« Il n’y a pas de mal à aimer les comédies fleur bleue. »

Christine Van Geen, professeure de philosophie, à l’AFP, le 23 mai

L’autrice part de son expérience de lectrice. Elle décrit le sentiment de devoir se justifier d’aimer les romans de la Britannique Jane Austen et les comédies romantiques.

Jane Austen
Jane Austen. d’après James Andrews / Wikimedia Commons, domaine public

La recherche universitaire s’intéresse à ces lectrices depuis plus de quarante ans. L’universitaire états-unienne Janice Radway leur a consacré une enquête, Reading the Romance, publiée en 1984. Adeline Florimond-Clerc et Louis Gabrysiak citent ses travaux parmi leurs références.

Les ventes de romance progressent moins vite et un spécialiste du marché prévoit un recul

La croissance qui a imposé le genre aux éditeurs n’est pas garantie. Laurent Pringuet est consultant chez NielsenIQ BookData. En août 2025, il estimait dans Livres Hebdo que la romance finirait par reculer. L’AFP a confirmé depuis que les ventes ont encore augmenté en 2025, mais à un rythme plus lent.

Les éditeurs comptent sur un public renouvelé. Selon l’AFP, le pass Culture, le crédit que l’État accorde aux jeunes pour leurs dépenses culturelles, a attiré des adolescentes vers le genre. Certaines lisent de la romance dès 12 ans.

Les sources de cet article

  1. AFP, « La romance veut se faire aimer », publié par ID L'Info durable, 23 mai 2026
  2. Livres Hebdo, Léon Cattan, « Les vrais chiffres de la romance : NielsenIQ BookData affine ses classifications », 29 août 2025
  3. Adeline Florimond-Clerc et Louis Gabrysiak, « New romance : un genre qui transforme l'édition française mais qui reste illégitime », The Conversation, repris par la RTBF, 3 décembre 2025
  4. ActuaLitté, Hocine Bouhadjera, « Étude Babelio : les lecteurs de romance en France », 26 mars 2024
  5. Livres Hebdo, Éric Dupuy, « Qui sont les lectrices de romance ? », 28 mars 2024
  6. Livres Hebdo, Pauline Gabinari, « Romance : que la chasse commence », 9 septembre 2024
  7. Festival New Romance, site officiel de la dixième édition

La newsletter

Dans votre boîte mail