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Édition du samedi 17 octobre 2026
Culture · Société
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Mannequin grande taille : Erin Marley Klay pose pour Sports Illustrated, alors que les défilés réservent 0,9 % de leurs silhouettes aux femmes qui portent du 44 ou plus

Repérée sur Instagram, Erin Marley Klay pose en bikini comme en robe de mariée. Ses photos à la plage ont été vues 75 millions de fois sur X en 2025, puis lui ont valu une vague de commentaires grossophobes. Un an plus tard, cette mannequin grande taille entrait dans le numéro maillots de bain de Sports Illustrated. Son parcours reste rare. Sur les podiums, moins d'une silhouette sur cent est portée par une mannequin grande taille. Pourquoi la mode laisse-t-elle si peu de place aux femmes qui portent du 44 ou plus ?

Ashley Graham Décryptage
Ashley Graham, en 2016. Behind The Velvet Rope TV / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Lors des défilés printemps-été 2026, 0,9 % des silhouettes présentées à New York, Londres, Milan et Paris étaient portées par des mannequins grande taille. Le site spécialisé Vogue Business a compté 9 038 passages sur les podiums de ces quatre villes. Ses chiffres ont été repris par l’Agence France-Presse en octobre 2025.

Une mannequin grande taille porte du 44 ou plus en taille française, selon le classement de Vogue Business. Les mannequins qui portent du 32 au 36 occupaient 97,1 % des passages. Les tailles intermédiaires en représentaient 2 %.

Erin Marley Klay fait partie de ces mannequins encore rares. Installée à Los Angeles, elle pose aussi bien en maillot de bain qu’en robe de mariée. Le magazine sportif états-unien Sports Illustrated l’a choisie comme l’une des « rookies », c’est-à-dire les débutantes, de son numéro maillots de bain publié en mai.

Erin Marley Klay présente une sélection de maillots de bain grande taille sur sa chaîne YouTube, en 2021 (en anglais).

Erin Marley Klay, mannequin grande taille repérée sur Instagram, pose en bikini et en robe de mariée, deux images où ces femmes restent rares

Sa carrière a commencé sur les réseaux sociaux. À 18 ans, elle a décidé de devenir mannequin, raconte-t-elle sur le blog de la marque de robes de mariée Casablanca Bridal. Elle publiait alors beaucoup de photos sur Twitter, devenu X, et sur Instagram pour attirer l’attention d’une agence.

L’agence Zion Models l’a repérée sur Instagram quand elle avait 21 ans, selon le magazine états-unien People. Elle a depuis posé pour les marques de vêtements SKIMS, Selkie et House of CB. Elle a aussi travaillé pour la marque de maquillage Wet n Wild et les grands magasins Nordstrom.

Son compte Instagram réunissait près de 500 000 abonné·es en septembre 2025, d’après le site de mode grande taille The Curvy Fashionista.

Elle pose depuis plusieurs années pour Casablanca Bridal et porte de nombreux modèles de la nouvelle collection printemps de la marque. Adolescente, elle ne trouvait presque aucune image de robe de mariée portée par une femme grande taille. Elle n’avait jamais porté de robe de mariée avant ces séances photo, précise le billet publié en novembre 2025.

« Vivre sa vie n’est pas un privilège qu’on obtient en étant mince, c’est un droit. »

Erin Marley Klay, sur le blog de Casablanca Bridal, novembre 2025 (traduit de l’anglais)

Ses conseils aux futures mariées vont dans le même sens. Elle leur recommande d’essayer tous les modèles, y compris les robes bustier, qui se portent sans bretelles.

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Ses photos en bikini vues 75 millions de fois sur X ont exposé la mannequin grande taille à une vague de commentaires grossophobes

Cette visibilité lui a aussi valu des attaques. Le 8 juillet 2025, elle a publié sur X une série de photos d’elle en bikini à la plage. La publication a été vue 75 millions de fois, d’après People. Elle a reçu un grand nombre de commentaires dégradants sur son apparence.

Ces messages relèvent de la grossophobie, l’hostilité qui vise les personnes grosses. Erin Marley Klay a qualifié la polémique de « clivante » auprès de People. Elle l’a aussi décrite comme « rien de moins que délirante ».

Elle a répondu par une série de messages sur X. Elle y explique que ces attaques ont eu peu d’effet sur l’estime qu’elle a d’elle-même. Elle a choisi de mettre en avant les nombreuses femmes qui lui écrivaient que sa confiance en elle comptait pour elles.

« Ne laissez pas les idées reçues de la société sur ce qui est beau ou non vous empêcher de vivre votre vie. »

Erin Marley Klay, sur X, juillet 2025 (traduit de l’anglais, cité par People)

Elle avait déjà connu une vague de critiques semblable à 18 ans, quand d’autres photos d’elle avaient circulé en ligne, rappelle People. Elle estime que la haine en ligne existe presque en vase clos.

Dix ans après Ashley Graham, première mannequin grande taille en couverture, Erin Marley Klay entre dans le numéro maillots de bain de Sports Illustrated

Un an après ces attaques, Erin Marley Klay posait pour Sports Illustrated. Le magazine l’a photographiée à Montauk, dans l’État de New York, au Hero Beach Club. Les photos sont signées Ben Watts, selon la page que le magazine lui consacre. La page indique qu’elle a été repérée en 2022.

Ce numéro a déjà ouvert sa couverture aux grandes tailles. En février 2016, Ashley Graham est devenue la première mannequin grande taille à l’obtenir, selon la chaîne de télévision états-unienne CBS. La mannequin états-unienne milite pour le mouvement body positive (qui défend l’acceptation de toutes les morphologies).

Ashley Graham
Ashley Graham, en 2016. Behind The Velvet Rope TV / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Elle portait alors du 14 en taille états-unienne, d’après CBS. Ashley Graham avait présenté cette couverture comme un signe de l’avenir de la mode et du magazine. Dix ans plus tard, les chiffres des défilés montrent une tout autre évolution.

Dans les défilés, la mannequin grande taille porte moins d’une silhouette sur cent, et les tailles 32 à 36 occupent presque tous les passages

Les podiums des capitales de la mode suivent la tendance inverse. Vogue Business publie deux fois par an un rapport sur la diversité des tailles dans les défilés. Pour l’automne-hiver 2025, il a compté 8 703 silhouettes dans 198 défilés et présentations.

Seules 0,3 % d’entre elles étaient portées par des mannequins grande taille, d’après le magazine britannique Dazed. Les tailles intermédiaires en représentaient 2 %. Les mannequins qui portent du 4 au 8 britannique, soit du 32 au 36 en taille française, en représentaient 97,7 %.

La baisse touche aussi les villes les plus ouvertes aux grandes tailles. À Londres, la part des tailles intermédiaires et grandes est passée de 13 % à 7 % en une saison. À New York, elle est passée de 6 % à 4 %.

Les professionnelles du secteur décrivent ce recul. Aude Perceval est bookeuse (chargée de placer les mannequins auprès des marques) à l’agence Plus Agency. Elle constate auprès de l’AFP qu’il y a de moins en moins de mannequins grande taille sur les podiums. L’agence de presse rapporte que la tendance est particulièrement marquée à Paris.

La mannequin Doralyse Brumain décrit, toujours auprès de l’AFP, une vraie régression depuis 2022. Elle concerne à la fois le nombre de contrats et le montant des cachets.

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En France, quatre femmes sur dix portent du 44 ou plus, la taille à partir de laquelle on parle de mannequin grande taille

Ces chiffres contrastent avec les tailles réellement portées. En 2007, l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH) estimait que 41,14 % des Françaises portaient du 44 au 56. Ces données, rapportées par l’AFP, concernaient donc quatre femmes sur dix.

Les tailles les plus vendues étaient alors le 40, le 42 et le 44. Le 44, seuil des grandes tailles pour Vogue Business, fait donc partie des tailles courantes en France. Il concerne pourtant moins d’une silhouette sur cent dans les défilés.

La grossophobie a aussi des effets mesurés sur l’emploi. En février 2016, le Défenseur des droits, l’autorité administrative chargée de lutter contre les discriminations, a publié un baromètre avec l’Organisation internationale du travail.

Selon ce baromètre, 10 % des femmes et 6 % des hommes au chômage déclaraient avoir été discriminés à l’embauche à cause de leur apparence physique. Ce résultat figure dans la présentation de l’étude.

Les femmes obèses déclaraient ces discriminations huit fois plus souvent que les femmes dont l’IMC est dans la norme. L’IMC, ou indice de masse corporelle, est le rapport entre le poids et la taille. L’écart touche d’abord les femmes.

Erin Marley Klay a répondu à ce type de jugement en parlant de visibilité. Auprès de People, elle a déclaré que les personnes grande taille étaient là pour rester. Elle a demandé une meilleure représentation de ces femmes dans les médias.

Les sources de cet article

  1. Casablanca Bridal, « Erin on Breaking Barriers in Bridal and Embracing Confidence », 20 novembre 2025
  2. Sports Illustrated Swimsuit, « Erin Marley Klay 2026 SI Swimsuit photos », 12 mai 2026
  3. Michelle Lee, People (republié par AOL), « Plus-Size Model Claps Back After Her Bikini Photos Sparked 'Discourse' », 9 juillet 2025
  4. Isobel Van Dyke, Dazed, « Size inclusivity decreased again at the AW25 shows », 21 mars 2025
  5. Agence France-Presse, FashionNetwork, « Thinness is back on catwalks and the data proves it », 16 octobre 2025
  6. Agence France-Presse, FashionNetwork, « Mode : les rondes veulent sortir du ghetto », 7 septembre 2007
  7. Défenseur des droits, « Présentation des résultats du 9e baromètre Défenseur des droits / OIT », 15 février 2016

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