En 2016, environ 95 % des personnages handicapés des séries télévisées états-uniennes étaient joués par des acteurs et actrices valides. Ce chiffre vient d’un rapport de la Ruderman Family Foundation, une fondation états-unienne qui milite pour l’inclusion des personnes handicapées. Elle avait passé en revue 31 séries, dont des séries de plateformes de streaming, selon le quotidien Los Angeles Times.
La représentation du handicap désigne la place et l’image des personnes handicapées dans les films, les séries et à la télévision. Elle compte deux questions. Combien de personnages handicapés apparaissent à l’écran, et qui les joue.
L’acteur RJ Mitte est mort le lundi 12 octobre, à 34 ans. Dans la série Breaking Bad, il jouait Walter White Jr., un adolescent atteint de paralysie cérébrale, comme lui. Une juge de paix du comté de Cameron, au Texas, a constaté le décès à Brownsville, selon l’agence de presse Associated Press. Elle n’a pas donné de cause, et une autopsie doit être pratiquée.
RJ Mitte jouait un adolescent atteint de paralysie cérébrale, et ce rôle a fait de lui une figure de la représentation du handicap
RJ Mitte faisait partie des rares acteurs handicapés à tenir un rôle de personnage handicapé dans une série à succès. Né le 21 août 1992 à Jackson, dans le Mississippi, il a été adopté quelques semaines après sa naissance. Sa paralysie cérébrale a été diagnostiquée quand il avait trois ans, selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia.

La paralysie cérébrale regroupe des troubles permanents du mouvement et de la posture. Ils viennent de lésions du cerveau survenues avant, pendant ou peu après la naissance. Enfant, RJ Mitte a porté des attelles aux jambes et marché avec des béquilles. À l’adolescence, il n’avait plus besoin d’aide pour se déplacer.
Il s’installe à Los Angeles en 2006 et décroche quelques petits rôles dans des sitcoms. En 2007, il obtient le rôle de Walter White Jr., rapporte l’Associated Press. Le personnage est le fils de Walter White, un professeur de chimie qui se met à fabriquer de la méthamphétamine.
Breaking Bad a été diffusée de 2008 à 2013 sur la chaîne câblée AMC. RJ Mitte apparaît dans presque tous les épisodes de ses cinq saisons. Sa propre paralysie cérébrale était moins marquée que celle de son personnage, d’après la page Wikipédia qui lui est consacrée en français.
Dans le communiqué annonçant sa mort, ses représentant·es écrivent qu’il a apporté de l’authenticité au rôle. Le communiqué ajoute qu’il s’est construit une tribune pour sensibiliser au handicap et défendre l’inclusion.
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Le prix Harold Russell a récompensé son rôle en 2013, et RJ Mitte a ensuite fait campagne pour la représentation du handicap
Ce travail lui a valu une distinction précise. En 2013, il reçoit le prix Harold Russell du syndicat des acteurs SAG-AFTRA, aux Media Access Awards, pour son interprétation de Walter White Jr. Ces prix saluent chaque année la sensibilisation au handicap et l’inclusion dans les médias et le divertissement.
RJ Mitte est ensuite devenu un porte-parole de cette cause. En 2015, l’association United Cerebral Palsy, qui accompagne les personnes atteintes de paralysie cérébrale, le nomme ambassadeur. Il a aussi été ambassadeur de Shriners Children’s, un réseau d’hôpitaux pédiatriques états-unien.
Il présidait la Mitte Foundation, sa propre fondation. Selon l’Associated Press, elle soutient des projets associatifs et locaux liés au handicap.
« On développe une autre mentalité, et un autre regard sur la façon dont le monde vous voit et dont vous voyez le monde. »
RJ Mitte, à l’Associated Press en 2014, traduit de l’anglais
Sa carrière ne s’est pas arrêtée à Breaking Bad. En janvier 2014, il rejoint la série Switched at Birth, diffusée sur la chaîne ABC Family. Il y joue Campbell Bingman, un étudiant en médecine qui se déplace en fauteuil roulant après un accident de snowboard. Il a ensuite tourné dans la série parodique de super-héros Guardians of Justice et produit plusieurs films indépendants.
En 2016, le média Vice lui a consacré une vidéo sur sa vie avec la paralysie cérébrale. Elle a été tournée pour la campagne « The Courageous Class » de la marque de vêtements Kenneth Cole.
En 2016, 95 % des personnages handicapés des séries étaient joués par des valides, et la représentation du handicap laissait peu de rôles aux personnes concernées
Le parcours de RJ Mitte reste une exception à la télévision. Aux États-Unis, plus d’un adulte sur quatre vit avec un handicap, selon les CDC. Ce sont les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, l’agence fédérale de santé publique.
À l’écran, la plupart des personnages handicapés sont confiés à des acteurs et actrices valides. Le rapport de la Ruderman Family Foundation évalue cette part à 95 % en 2016. Il conclut que l’on voit très rarement à l’écran des personnes réellement handicapées.
Des militant·es handicapé·es anglophones ont un nom pour ce choix de distribution. Ils et elles parlent de « cripping up », par analogie avec le « blackface », le fait de grimer un acteur blanc en personne noire. Le terme vient de l’anglais « cripple », une insulte qui désigne une personne infirme.
Ce choix relève du validisme (les discriminations envers les personnes handicapées), selon ces militant·es. Il prive les acteurs handicapés des rares rôles écrits pour des personnages qui leur ressemblent. L’expression anglaise « authentic casting » désigne la pratique inverse, qui confie ces rôles à des personnes concernées.
Au cinéma, 2,3 % des personnages parlants avaient un handicap en 2019, et la représentation du handicap n’avait pas progressé en cinq ans
Le cinéma montre le même écart que les séries. L’Annenberg Inclusion Initiative, un centre de recherche de l’université de Californie du Sud, étudie chaque année les 100 films les plus rentables. En 2019, 2,3 % des personnages parlants avaient un handicap, contre 1,6 % l’année précédente, selon le site d’information Disability Scoop.
Près de la moitié de ces films, 48 sur 100, ne comptaient aucun personnage handicapé. Sur cinq ans de données, les chercheurs et chercheuses n’ont observé aucun changement notable de cette proportion.
L’écart est aussi visible pour les personnages LGBTQ+. L’association GLAAD, qui suit la représentation des personnes LGBTQ+ dans les médias, a compté 64 personnages LGBTQ+ dans les séries des grandes chaînes en soirée. Selon son rapport sur la saison 2023-2024, un seul avait un handicap.
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En France, les personnes perçues comme handicapées occupaient 1 % de l’écran en 2022, et l’Arcom juge que la représentation du handicap progresse peu
La télévision française suit la même tendance. Chaque année, l’Arcom, l’autorité publique qui contrôle les chaînes de télévision et les radios, publie un baromètre de la diversité. Elle y mesure la place de différents groupes parmi les personnes qui apparaissent à l’écran.
Dans son rapport publié le 13 juillet 2023, les personnes perçues comme handicapées représentent 1 % des personnes vues à la télévision. Elles étaient 0,8 % en 2021. Les programmes étudiés ont été diffusés de mars à octobre 2022, selon le site spécialisé Handicap.fr.
« La représentation du handicap atteint pour la première année la barre symbolique de 1 %, contre 0,8 % en 2021. »
Arcom, rapport sur la représentation de la société française à la télévision, juillet 2023
L’Arcom qualifie elle-même cette hausse de progression mineure. Elle la compare au nombre de personnes en situation de handicap en France. Selon le ministère de la Santé, environ 13 % des personnes de 15 ans et plus étaient concernées en 2021.
L’autorité précise une limite de sa méthode. Son baromètre ne repère que le handicap visible, ou celui qu’une personne mentionne elle-même à l’écran. Les handicaps invisibles, comme certaines maladies chroniques, échappent donc en grande partie au décompte.
Aux États-Unis comme en France, les chiffres disponibles vont dans le même sens. Les personnages handicapés restent rares, et ils sont le plus souvent joués par des personnes valides. Le rôle de Walter White Jr. a fait de RJ Mitte l’un des visages connus de cette représentation.
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