Dans les séries diffusées aux États-Unis pendant la saison 2025-2026, 15 % des personnages féminins principaux avaient entre 40 et 49 ans. Les trentenaires en représentaient 38 %. Chez les hommes, la quarantaine pesait 28 % des personnages principaux. Ces chiffres viennent du rapport annuel « Boxed In », publié le 1er septembre. Il est produit par le Centre d’études sur les femmes à la télévision et au cinéma de l’université d’État de San Diego.
Les héroïnes de 40 ans désignent ici les personnages féminins principaux âgés de 40 à 49 ans. La chercheuse Martha Lauzen, qui dirige le rapport, les compte chaque année. Son étude couvre les grandes chaînes et les plateformes de streaming (les services de vidéo à la demande par abonnement).
Le 13 octobre, la chaîne payante HBO a annoncé le retour de la série Girls pour cinq épisodes. Le tournage commencera en 2027, dix ans après la fin de la série. Lena Dunham, sa créatrice, y retrouvera ses personnages au moment où ils atteignent la quarantaine, selon une dépêche de l’agence de presse Associated Press.
« Girls » revient pour cinq épisodes avec des héroïnes de 40 ans, et c’est la quarantaine de Lena Dunham qui a fait naître le projet
Girls a été diffusée sur HBO d’avril 2012 à avril 2017. La série compte six saisons et 62 épisodes. Elle suivait quatre amies d’une vingtaine d’années à New York. Elle a reçu 19 nominations aux Emmy Awards, les récompenses de la télévision états-unienne, et en a remporté deux.
Lena Dunham y jouait Hannah Horvath, une jeune femme qui veut devenir écrivaine. Elle avait 25 ans au lancement de la série. Elle en a aujourd’hui 40 et reprendra le rôle. Judd Apatow, producteur délégué de la série d’origine, revient aussi, selon le magazine professionnel états-unien Variety.
Dans le communiqué d’HBO, Lena Dunham explique avoir longtemps refusé de reprendre la série sans une histoire précise à raconter. Elle ajoute qu’elle n’arrivait pas à imaginer ses personnages dans le monde d’aujourd’hui.
« Puis, à peu près au moment de mon quarantième anniversaire, ils se sont mis à me parler sous la douche. »
Lena Dunham, créatrice de « Girls », communiqué d’HBO du 13 octobre (traduit de l’anglais)
Amy Gravitt, vice-présidente exécutive chargée des programmes comiques d’HBO, présente la suite comme le passage des personnages du chaos de la vingtaine à l’étape des 40 ans. Aucune date de diffusion n’a été annoncée.
Quatre membres de la distribution d’origine reviennent. Allison Williams jouera de nouveau Marnie Michaels, et Jemima Kirke reprendra le rôle de Jessa Johansson.


Zosia Mamet retrouvera Shoshanna Shapiro, et Andrew Rannells reprendra le rôle d’Elijah Krantz, l’ami de Hannah. Le communiqué ne mentionne pas Adam Driver, qui jouait Adam, le compagnon de Hannah. Lena Dunham et les trois actrices ont aujourd’hui entre 38 et 41 ans.


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Dans les séries états-uniennes, les héroïnes de 40 ans sont deux fois moins nombreuses que les hommes du même âge, et leur nombre chute dès la fin de la trentaine
Le choix d’HBO va à rebours de ce que mesure le rapport « Boxed In » sur les séries. Pour la saison 2025-2026, le centre a étudié plus de 2 500 personnages, sur les grandes chaînes et les plateformes de streaming.
Les femmes représentent 44 % des personnages principaux. La plupart ont entre 20 et 39 ans, soit 63 % d’entre elles. Chez les hommes, la majorité a entre 30 et 49 ans, soit 58 % d’entre eux.
Le rapport décrit une chute brutale au passage de la quarantaine. La part des personnages féminins principaux passe de 38 % pour la trentaine à 15 % pour la quarantaine. Chez les hommes, elle passe seulement de 30 % à 28 %.
Au total, 28 % des personnages féminins principaux ont 40 ans ou plus. C’est le cas de 51 % des personnages masculins principaux. Après 60 ans, l’écart se creuse encore. Les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes dans cette tranche d’âge, avec 9 % des personnages contre 3 %.
Les plateformes de streaming ne font pas mieux que les chaînes classiques. Les femmes de 40 à 49 ans y représentent 13 % des personnages féminins principaux. Chez les hommes, la quarantaine en représente 26 %.
La saison précédente donnait des résultats proches. Selon le rapport 2024-2025, 16 % des personnages féminins principaux avaient la quarantaine, contre 31 % des personnages masculins. Les femmes occupaient alors 48 % des rôles principaux, quatre points de plus qu’en 2025-2026.
Martha Lauzen a commenté ce recul dans la présentation de son rapport. Le site d’information professionnel Cynopsis relie ce recul à la concentration des studios et aux offensives politiques contre la diversité aux États-Unis.
Le rapport souligne aussi la rareté des personnages féminins de plus de 60 ans. Ceux joués par Jamie Lee Curtis dans The Bear ou par Jean Smart dans Hacks restent l’exception.
« Hollywood n’a jamais eu besoin de permission pour exclure et rabaisser les femmes, mais il l’a désormais. »
Martha Lauzen, directrice du Center for the Study of Women in Television and Film, citée par « Cynopsis » en septembre (traduit de l’anglais)
Au cinéma, l’écart observé pour les héroïnes de 40 ans s’aggrave après 50 ans, et aucune femme de cet âge n’avait de premier rôle dans les plus gros succès de 2019
Le cinéma montre le même phénomène, avec un écart encore plus net après 50 ans. Le Geena Davis Institute, un centre de recherche états-unien sur la représentation des genres dans les médias, a étudié les films les plus vus de 2019.
L’étude porte sur 32 films, les plus gros succès de l’année en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Parmi les personnages de plus de 50 ans, un sur quatre seulement est une femme, soit 25,3 %. Les hommes en représentent 74,7 %.
Aucune femme de plus de 50 ans n’y tient un premier rôle. Les personnages féminins de cet âge sont aussi montrés autrement que les hommes du même âge, selon les chercheuses.
Elles ont relevé l’apparence attribuée à ces personnages. Les femmes de plus de 50 ans sont près de quatre fois plus souvent présentées comme négligées dans leur tenue. C’est le cas de 19,4 % d’entre elles, contre 4,7 % des hommes. Ce traitement relève de l’âgisme (les préjugés et discriminations liés à l’âge), qui vise ici d’abord les femmes.
En France, les comédiennes perdent 17 points de rôles en passant la quarantaine, ce qui rend les héroïnes de 40 ans rares dans la fiction
Les fictions françaises suivent la même pente que les séries et les films états-uniens. L’Adami est la société qui gère les droits des artistes-interprètes. Elle étudie chaque année les films et fictions diffusés sur les chaînes gratuites de la télévision numérique terrestre (TNT).
Selon son étude publiée le 15 septembre 2025, les femmes n’ont obtenu que quatre rôles sur dix dans les fictions diffusées en 2024. La part des rôles féminins a reculé de deux points en trois ans.
L’âge creuse cet écart. Les comédiennes de 25 à 39 ans obtiennent 40 % des rôles confiés à des femmes. Celles de 40 à 49 ans n’en obtiennent plus que 23 %, d’après le magazine professionnel CB News.
Les actrices perdent ainsi 17 points en passant la quarantaine, contre 5 points pour les acteurs. L’Adami en conclut que l’âge pèse toujours plus sur la carrière des femmes que sur celle des hommes.
Après 50 ans, les comédiennes deviennent encore plus rares. L’association Actrices et acteurs de France associés (AAFA) a créé une commission baptisée « Tunnel de la comédienne de 50 ans ». Elle compte les rôles attribués aux actrices de cet âge dans les films français.
Selon le bilan de cette commission, ces actrices obtenaient 8 % des rôles en 2015, 6 % en 2016 et de nouveau 8 % en 2019. Une Française majeure sur deux a pourtant plus de 50 ans, selon les chiffres de l’Insee cités par l’association.
Avec ses cinq épisodes, Girls donnera des premiers rôles à quatre actrices âgées de 38 à 41 ans. Selon les chiffres de « Boxed In » et de l’Adami, ces rôles restent minoritaires dans les séries états-uniennes comme dans la fiction française.
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