À Mayotte, 52 % des enseignant·es de collège et de lycée sont contractuel·les. En Guyane, la proportion est de 32 %. Dans l’Hexagone, elle est de 10,5 %. Un·e contractuel·le est recruté·e sans concours, pour une durée limitée. Ces chiffres figurent dans une tribune publiée le 6 octobre par l’Association des communes et collectivités d’outre-mer (ACCD’OM). Cette association réunit des élu·es des territoires ultramarins. Son président, Joseph Kaiha, signe le texte.
Les lycéen·nes d’Outre-mer sont les élèves des lycées de Mayotte, de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, de La Réunion et des collectivités du Pacifique. Depuis la fin du mois d’août, plusieurs d’entre eux sont mobilisés pour obtenir des salles, des enseignant·es et des sanitaires en état.
Le mouvement lycéen national est pourtant daté du 21 septembre. Ce jour-là, des élèves, des parents et des professeur·es se sont réuni·es devant le lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne. La chronologie publiée le 2 octobre par Amnesty International France, une organisation de défense des droits humains, commence à cette date. Elle ne cite aucun établissement des Outre-mer.
Les lycéen·nes d’Outre-mer étaient mobilisé·es dès la fin août, et leurs demandes portent d’abord sur le manque de places
À Mayotte, la rentrée a eu lieu le 24 août. Le lycée polyvalent de la Cité du Nord, à Mtsangadoua, a reçu 125 élèves de seconde supplémentaires. Le 31 août, l’intersyndicale de l’établissement a annoncé une grève illimitée, rejointe par des parents d’élèves. Mayotte Hebdo, un hebdomadaire d’information de l’île, a publié leurs revendications le lendemain.
Selon les grévistes, le lycée comptait alors 2 300 élèves pour une capacité initiale de 900. Des salles modulaires ont été installées. Les enseignant·es estiment qu’elles ne suffisent plus. Les classes de seconde sont passées de 25 à 30 élèves.
En Guyane, la mobilisation est venue des élèves. Le 7 septembre, celles et ceux du lycée Félix-Éboué, à Cayenne, ont déposé 17 revendications. La tribune de l’ACCD’OM en cite trois. Les salles n’ont pas de ventilateurs. Les sanitaires sont insalubres. La cantine est chère et saturée.
La mobilisation des lycéen·nes d’Outre-mer est restée une information locale pendant trois semaines, selon l’ACCD’OM
La mobilisation des lycéen·nes d’Outre-mer a donc précédé de deux à trois semaines le rassemblement de Créteil. L’ACCD’OM écrit qu’elle s’est déroulée sans violence, avec des piquets de grève, des cahiers de revendications et des réunions au rectorat. Elle ajoute que seule la presse des Outre-mer en a rendu compte pendant trois semaines.
« Les lycéens d’outre-mer ont parlé les premiers. Il serait injuste qu’ils soient servis les derniers. »
Joseph Kaiha, président de l’Association des communes et collectivités d’outre-mer, dans une tribune publiée le 6 octobre
À Mtsangadoua, le blocage a duré cinq semaines. Le 25 septembre, Mayotte Hebdo estimait que les élèves avaient perdu un mois de cours. Les cours ont repris le lundi 5 octobre pour 2 220 élèves. Le rectorat s’est engagé sur 92 heures d’enseignement supplémentaires, quatre salles de classe et deux blocs de six toilettes. La demande de réfectoire est restée sans réponse.
Le même lundi, le mouvement a commencé aux Antilles. L’Agence France-Presse (AFP) a compté une vingtaine de lycées perturbés. Sa dépêche a été reprise par Outremers 360, un média en ligne consacré à l’actualité des Outre-mer. Le rectorat de Martinique a recensé seize établissements touchés. Deux d’entre eux ont fermé et sont passés aux cours à distance. En Guadeloupe, au moins sept lycées étaient mobilisés.
Les lycéen·nes d’Outre-mer réclament de l’eau, des toilettes et des enseignant·es, ce qui correspond à des manques anciens dans leurs académies
Les demandes des élèves antillais·es portent sur l’état des bâtiments. Une élève de terminale du lycée Baimbridge, en Guadeloupe, les a décrites à l’AFP. L’eau est souvent coupée dans son établissement. Les toilettes ne ferment pas et n’ont pas de papier. Il n’y a pas de climatisation. L’attente à la cantine peut durer une heure et demie, en plein soleil.
Les lycéen·nes des Antilles contestent aussi Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur. Ils et elles la jugent pénalisante pour les candidat·es qui veulent étudier dans l’Hexagone.
Le manque d’enseignant·es est le point le plus documenté. Selon l’ACCD’OM, la Guyane n’a pourvu qu’un poste sur trois au dernier concours de professeur·e des écoles. La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe ont perdu ensemble près de 200 emplois d’enseignant·es en collège et en lycée à cette rentrée.
Le manque de salles est plus ancien encore. À Mayotte, 57 % des écolier·es étaient scolarisé·es « en rotation » avant le cyclone Chido de décembre 2024, selon l’ACCD’OM. Une salle sert alors à deux classes, l’une le matin, l’autre l’après-midi. Les lycéen·nes d’aujourd’hui ont souvent connu ce système dès l’école primaire. Le ministère de l’Éducation nationale a lui-même chiffré ce retard, le 31 octobre 2023, dans une réponse à un député. Sur 266 salles d’école programmées à Mayotte entre 2019 et 2022, 58 avaient été livrées.
Les journées de cours commencent aussi plus tôt. Dans l’Hexagone, les lycéen·nes dénoncent des journées qui vont de 8 h à 18 h 30. Aux Antilles, les cours débutent dès 7 h 30, et les bus scolaires sont souvent saturés. Adelphité a recueilli le témoignage de deux élèves de Martinique, scolarisés à douze ans d’écart. Leurs récits se ressemblent.
Le plan contre la chaleur à l’école ne prévoit rien pour les lycéen·nes d’Outre-mer, qui demandent pourtant des ventilateurs
Les aides nationales répondent mal aux demandes des lycéen·nes d’Outre-mer. Le plan d’urgence contre la chaleur dans les écoles a été annoncé le 25 juin. Une canicule venait de faire fermer environ 3 500 établissements. Son montant est de 190 millions d’euros. Localtis, le média de la Banque des Territoires destiné aux collectivités, en a publié le détail.
Le plan finance des ventilateurs, des brasseurs d’air et des protections solaires. Il désigne 2 500 écoles prioritaires, qui reçoivent chacune 10 000 euros. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a expliqué le 7 juillet au Sénat comment la liste a été établie. La première version partait des établissements fermés pendant les canicules.
Ce critère écarte les Outre-mer. Les fermetures suivent les alertes de vigilance canicule de Météo-France, le service météorologique national. Cette vigilance ne s’applique pas dans les territoires ultramarins. Le gouvernement l’a écrit en août 2019, dans sa réponse au député de La Réunion Jean-Hugues Ratenon, qui demandait un plan adapté. Il envisageait alors de définir des critères propres à ces territoires. Selon l’ACCD’OM, ils n’existent toujours pas.
Sans alerte, aucun aménagement d’horaires ni dispositif d’urgence n’est déclenché, écrit l’association. Elle demande que les établissements ultramarins soient intégrés au plan. Elle relève une seconde limite. Le Fonds vert et le programme EduRénov, deux dispositifs publics de rénovation des écoles, ne financent pas les bâtiments neufs. Or Mayotte et la Guyane doivent d’abord construire.
Le gouvernement doit rendre ses premières décisions fin octobre, et les lycéen·nes d’Outre-mer attendent d’y figurer
La réponse de l’État au mouvement lycéen est en cours de préparation. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté une feuille de route le dimanche 4 octobre. Elle ouvre cinq chantiers, dont le remplacement des enseignant·es absent·es et l’état des bâtiments. Les premières décisions sont attendues d’ici à la fin du mois d’octobre.
Dans les académies ultramarines, des rectorats ont ouvert des discussions. Celui de Martinique a reçu plusieurs délégations d’élèves le 5 octobre, a rapporté RCI, une radio privée des Antilles. En Guadeloupe, le recteur Gabriele Fioni a reconnu que son académie devait mieux remplacer les professeur·es absent·es. Le président de la région, Ary Chalus, a rappelé que sa collectivité finance la rénovation des lycées. Les bâtiments des lycées sont en effet à la charge des régions, et les enseignant·es à celle de l’État.
L’ACCD’OM formule cinq demandes pour les lycéen·nes d’Outre-mer. Elle réclame un moratoire sur les suppressions de postes dans leurs académies en 2027. Elle demande un plan de titularisation des contractuel·les à Mayotte et en Guyane. Elle veut une date de fin des rotations à Mayotte. Sa dernière demande concerne les 9 000 élèves de Guyane qui se rendent en classe par le fleuve. L’État n’a pas classé ces cours d’eau comme navigables, ce qui complique l’assurance du transport scolaire.