Le feu de Saumos, en Gironde, a parcouru 42 000 hectares de forêt cet été. Il s’est déclaré le 22 juillet dans cette commune située au nord du bassin d’Arcachon. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées dans 24 communes. La préfecture de la Gironde a recensé 240 habitations détruites dès le 26 juillet. Selon elle, l’incendie n’a fait aucune victime. Les services de l’État l’ont déclaré éteint début octobre. La France n’avait pas connu de feu aussi étendu depuis celui de 1949, qui avait brûlé environ 50 000 hectares dans la forêt des Landes.
Le Sénat avait décrit ce risque quatre ans plus tôt. Son rapport d’information « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement » date du 3 août 2022. Il relevait que trois des plus grands incendies des quarante dernières années s’étaient déclenchés en 2021 et 2022. Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France y expliquait que la saison des feux s’étend désormais à toute l’année.
Face au feu de Saumos, 3 300 sapeurs-pompiers venus de toute la France ont été engagés. Des bénévoles les ont nourris dans des dizaines de communes, selon l’Agence France-Presse (AFP). Cette solidarité pendant les incendies a réuni des habitant·es, des restaurants, des exploitations agricoles et des mairies. Cédric et Jennifer, un couple de cuisiniers réunionnais, y ont pris part. Le 25 juillet, ils ont servi plus de 400 repas gratuits en une journée.
Un couple de cuisiniers réunionnais a servi plus de 400 repas gratuits : la solidarité pendant les incendies a été financée par des dons
Le samedi 25 juillet, trois jours après le départ du feu, Cédric et Jennifer ont cuisiné au poste de commandement de Sainte-Hélène, en Gironde. Ils y ont préparé gratuitement plus de 400 repas chauds pour les pompiers. Le plat du jour était un rougail saucisses, une spécialité de La Réunion à base de saucisses, de tomates et d’oignons. Outremers 360, un média en ligne consacré à l’actualité des Outre-mer, a raconté leur initiative le 26 juillet. Son article s’appuie sur un reportage du quotidien régional La Dépêche du Midi.
Le couple dirige Komen i lé 974, une entreprise de cuisine réunionnaise habituellement présente sur les marchés. Il avait créé une première enseigne, Les Samoussas de Lulu, en 2011. Cédric a joué au basket pendant une dizaine d’années avant de se lancer dans la restauration. Son père a été pompier de Paris pendant plus de quinze ans.
Cédric a expliqué que les pompiers engagés sur un feu disposent surtout de sandwichs pour se nourrir. Le couple a payé ses courses avec les dons qu’il a reçus. Selon Cédric, chaque euro donné a été réinvesti dans les achats.
« Tant que nous aurons des dons, nous continuerons à cuisiner pour eux. »
Cédric, cuisinier réunionnais, cité par Outremers 360 le 26 juillet
Des bénévoles ont nourri 3 300 pompiers dans des dizaines de communes : la solidarité pendant les incendies a assuré une partie du ravitaillement
Le couple réunionnais n’était pas seul à cuisiner. L’AFP a décrit fin juillet, dans un reportage, des haltes de repos improvisées près de Lanton, à l’est du bassin d’Arcachon. À Lège-Cap-Ferret, une cuisine fonctionnait dans un gymnase, à côté d’un poste de commandement. Plusieurs dizaines de personnes s’y relayaient jour et nuit. Une chambre froide conservait les dons.
Une partie de ces dons venait de professionnel·les privé·es d’activité par le feu. De nombreux restaurants fermés ont offert leurs stocks. Un traiteur bénévole a raconté à l’AFP qu’un restaurateur avait apporté 100 kilos de crevettes. Florian Gazeau, 32 ans, salarié dans la communication, était au chômage technique à cause de l’incendie. Il tenait la halte de Lanton avec sa mère.
Certain·es bénévoles étaient eux-mêmes sinistré·es. Des habitant·es du Porge distribuaient des repas aux équipes. Environ 12 % des bâtiments de cette commune du littoral ont été réduits en cendres, selon l’AFP. Le sapeur-pompier Cyril Venière a déclaré à l’agence que ces repas aidaient les équipes à tenir.
La solidarité pendant les incendies a aussi porté sur l’hébergement. La commune de La Brède, au sud de Bordeaux, a logé 151 pompiers dans un lycée du 2 au 17 août. Ils venaient de Slovaquie, d’Ukraine, de Lituanie et de Tahiti. Une soixantaine d’élu·es et de bénévoles se sont relayé·es auprès d’eux, selon le bulletin municipal de septembre. Des enseignes de grande distribution et des commerces locaux ont fourni des denrées.
Cette solidarité pendant les incendies avait déjà été observée en Gironde quatre ans plus tôt. En août 2022, un feu avait brûlé plus de 7 500 hectares près d’Hostens, dans le sud du département. La radio Europe 1 avait alors suivi des agriculteurs bénévoles. Ils ravitaillaient en eau les camions des pompiers avec leurs propres citernes. Soixante bénévoles se relayaient dans le secteur de Belin-Béliet.
La Réunion et Mayotte ont envoyé 37 pompiers en Gironde : la solidarité pendant les incendies relie aussi les Outre-mer et l’Hexagone
Les renforts sont également venus de l’océan Indien. Le 31 juillet, 27 sapeurs-pompiers de La Réunion et 10 de Mayotte devaient partir pour la Gironde. Outremers 360 a détaillé ce départ la veille. Le ministère de l’Intérieur avait validé leur envoi. Le détachement réunionnais comprenait des pompiers spécialisés, une équipe médicale et une chaîne de commandement. Sa mission devait durer une quinzaine de jours.
Cet envoi répond à une aide qui circule dans l’autre sens pendant la saison cyclonique. Sophie Arzal préside le conseil d’administration du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de La Réunion. Elle a présenté ce départ comme la continuité de la solidarité entre les territoires français. Elle a rappelé que La Réunion reçoit des renforts de l’Hexagone lors des cyclones.
78 % des sapeurs-pompiers sont des volontaires : la solidarité pendant les incendies dépend aussi des employeurs qui les libèrent
Les pompiers nourris par ces bénévoles sont, pour la plupart, eux-mêmes des volontaires. La direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) dépend du ministère de l’Intérieur. Elle publie chaque année les statistiques des services d’incendie et de secours. La France comptait 256 400 sapeurs-pompiers au 31 décembre 2024. Parmi eux, 198 900 étaient volontaires, soit 78 %. Les professionnel·les étaient 44 000 et les militaires 13 500. Les femmes représentaient 23 % des sapeurs-pompiers civils, soit 55 037 personnes.
Ces volontaires ont un métier, et leur départ sur un feu suppose l’accord de leur employeur. Pendant l’incendie de Saumos, des entreprises ont libéré leurs salarié·es pompiers volontaires. L’AFP l’a rapporté le 27 juillet, en parlant d’une vague de solidarité. La préfecture comptait alors 2 750 sapeurs-pompiers sur le terrain, aux côtés de 1 500 militaires.
L’intervention a duré plusieurs semaines et a eu un coût humain pour les secours. Environ 230 sapeurs-pompiers avaient été blessés au 30 juillet, selon un bilan relayé par l’AFP. Sophie Brocas est la préfète de la Gironde. Début août, elle a parlé de la plus grosse opération de l’histoire moderne de la sécurité civile.