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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Représentation des règles : les images de sang menstruel sont signalées et supprimées, alors qu’aucun règlement ne les interdit

Depuis le 1er octobre, l'Assurance maladie rembourse les culottes et les coupes menstruelles aux moins de 26 ans. Cette mesure fait aussi des règles une dépense de santé ordinaire. Pourtant, la représentation des règles vaut encore des suppressions et des signalements aux artistes et aux marques qui montrent du sang menstruel. Or cette représentation des règles n'enfreint aucun règlement, et une personne sur deux juge encore le sujet tabou en France. Pourquoi le sang menstruel reste-t-il si difficile à montrer ?

Une main tient une coupe menstruelle Décryptage
Une coupe menstruelle. Vulvani / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Les règles restent un sujet tabou pour une personne sur deux en France. Ce résultat vient du baromètre de Règles Élémentaires, une association qui lutte contre la précarité menstruelle. L’institut de sondage OpinionWay a interrogé 1 000 adultes pour elle, du 13 au 22 avril 2022. Moins de la moitié des personnes interrogées (44 %) disent avoir reçu un enseignement formel sur les règles. Et 37 % jugent normal d’avoir mal pendant cette période.

Ce silence se retrouve dans les images. La représentation des règles désigne la manière dont la photographie, la publicité et les réseaux sociaux montrent les menstruations, ou les cachent. Les publicités pour les serviettes hygiéniques ont longtemps remplacé le sang par un liquide bleu.

Des artistes ont choisi une autre représentation des règles. Le 17 mai 2012, la photographe suédoise Arvida Byström publie « There Will Be Blood » dans Vice, un magazine nord-américain. La série montre des femmes qui ont leurs règles, sans rien dissimuler. Depuis, des photos comparables ont été supprimées par Instagram. Un spot télévisé a été signalé près de 1 000 fois en France. Instagram et l’autorité française de l’audiovisuel ont ensuite reconnu que ces images n’enfreignaient aucun règlement.

En 2012, Arvida Byström publie « There Will Be Blood » : sa représentation des règles montre des scènes ordinaires et dérange jusqu’aux journalistes qui la défendent

« There Will Be Blood » signifie « Il y aura du sang ». La série compte sept photographies. Arvida Byström, née en 1991 près de Stockholm, a alors 20 ans. Elle met en scène des jeunes femmes dans des situations du quotidien, pendant leurs règles. Vice a classé la page parmi les contenus « NSFW ». Cette mention anglaise signale un contenu jugé inadapté au lieu de travail.

La série a d’abord dérangé celles qui la soutenaient. Emma Gray écrit alors pour le HuffPost, un site d’information états-unien. Elle consacre un article à ces photos dès le lendemain. Elle y reconnaît une réaction de rejet immédiate. Elle écrit ensuite que ces images ne sont pas sexualisées et qu’elles sont presque banales. Elle rappelle une étude menée en 1981 par Tampax, un fabricant de tampons. À l’époque, 35 % des personnes interrogées aux États-Unis pensaient que les règles affectaient la capacité des femmes à réfléchir.

Arvida Byström s’est expliquée l’année suivante. Le 11 décembre 2013, elle répond à Dazed, un magazine britannique de mode et de culture. Elle observe que les règles sont parfois comparées à des excréments. Elle fait remarquer qu’un saignement de nez est plus présent dans l’art. Pour elle, cette représentation des règles répond à un manque.

« Ça arrive à tant de gens, si souvent, et on en parle si peu. »

Arvida Byström, dans le magazine « Dazed », le 11 décembre 2013

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En 2015, Instagram supprime deux fois une photo de Rupi Kaur puis s’excuse : cette représentation des règles ne violait pas son règlement

Trois ans après « There Will Be Blood », une autre série a été retirée d’Instagram. Rupi Kaur est une poétesse canadienne, alors étudiante en littérature anglaise à l’université de Waterloo, en Ontario. En mars 2015, elle réalise une série de photos sur les règles pour un cours de rhétorique visuelle. Elle en publie une sur Instagram. Le réseau social la supprime en moins de vingt-quatre heures. Elle la republie, et l’image est de nouveau retirée. L’université a retracé l’épisode.

Portrait de Rupi Kaur
La poétesse Rupi Kaur, en octobre 2016. Baljit Singh / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Rupi Kaur proteste publiquement, et Instagram recule. Le réseau rétablit les images et présente ses excuses. Il parle d’une suppression accidentelle. Interrogé par le HuffPost Canada, il explique que ses équipes font parfois des erreurs quand elles traitent les signalements d’autres membres. La photo avait donc été signalée par des utilisateur·rices avant d’être retirée. Rupi Kaur dit qu’elle voulait ouvrir une conversation, et qu’elle ne cherchait pas à plaire.

Arvida Byström a elle aussi travaillé sur ces suppressions, au-delà de la seule représentation des règles. En 2017, elle publie avec l’artiste états-unienne Molly Soda le livre Pics or It Didn’t Happen, aux éditions Prestel. Le sous-titre précise qu’il réunit des images bannies d’Instagram.

En 2017, une marque de serviettes abandonne le liquide bleu : 61 % des femmes jugeaient irréaliste la représentation des règles dans la publicité

La publicité a changé cinq ans après la série d’Arvida Byström. Le 17 octobre 2017, la marque britannique de serviettes Bodyform lance la campagne « Blood Normal ». Elle appartient à Essity, un groupe suédois de produits d’hygiène. Son film utilise un liquide rouge pour la démonstration du produit, à la place du liquide bleu habituel. Marketing Week, un magazine professionnel britannique, présente cette démonstration comme une première.

La marque s’appuie sur une étude qu’elle a commandée. 61 % des femmes interrogées y jugent irréaliste la représentation des règles dans les publicités pour protections périodiques. Une sur cinq dit avoir perdu confiance en elle parce qu’on ne lui a pas parlé ouvertement des règles. Le magazine ne précise pas la taille de l’échantillon. Nicola Coronado, directrice marketing chez Essity, y pose une question. Elle demande pourquoi le sang de la violence peut être montré, alors que celui des règles reste un sujet interdit.

Le film « Blood Normal », mis en ligne par la marque Bodyform sur sa chaîne YouTube (en anglais).

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En 2019, un spot Nana reçoit près de 1 000 signalements : le CSA juge que sa représentation des règles n’est pas dégradante

En France, cette nouvelle représentation des règles arrive à la télévision deux ans plus tard. À l’automne 2019, la marque de serviettes Nana diffuse le spot « Viva la Vulva ». Il montre du rouge sur une serviette, et non le liquide bleu. Le 11 octobre 2019, une pétition qui demande son retrait dépasse 8 400 signatures. L’édition belge du magazine Paris Match le rapporte ce jour-là.

Les téléspectateur·rices qui contestent cette représentation des règles saisissent le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Cette autorité publique contrôlait alors la télévision et la radio. Elle est devenue l’Arcom en 2022. Le CSA reçoit près de 1 000 signalements. Il rend sa décision le 6 novembre 2019. Il ne constate aucun manquement, selon Ozap, un site français spécialisé dans l’actualité des médias. Le CSA admet que les images ont pu surprendre. Il estime qu’elles sont directement liées aux produits vendus. Il juge qu’elles ne véhiculent pas une image dégradante de la femme.

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Représentation des règles et droit français : depuis le 1er octobre, l’Assurance maladie rembourse les protections réutilisables aux moins de 26 ans

La loi française ne dit rien de la représentation des règles, mais elle traite désormais leur coût. Depuis le 1er octobre, l’Assurance maladie rembourse les culottes et les coupes menstruelles. Le site officiel Service-Public détaille la mesure. Elle concerne les assuré·es de moins de 26 ans, sans condition de ressources. Elle concerne aussi les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, une couverture destinée aux personnes à faibles revenus, quel que soit leur âge.

La mesure a mis près de trois ans à s’appliquer. Elle figure à l’article 40 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024. Un décret du 17 avril et un arrêté du 6 août en ont fixé les conditions. L’Assurance maladie prend en charge 60 % du prix pour les moins de 26 ans. Une mutuelle peut couvrir le reste. La prise en charge est de 100 % pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.

Le remboursement est encadré. Il est limité à deux produits par an. Seuls les achats en pharmacie sont concernés. Les produits doivent figurer sur une liste fixée par le ministère de la santé.

Les sources de cet article

  1. Règles Élémentaires et OpinionWay, baromètre « Les règles : un tabou qui impacte la vie des Français·es », avril 2022
  2. Vice, Arvida Byström, « There Will Be Blood », 17 mai 2012
  3. Dazed, Anastasiia Fedorova, entretien avec Arvida Byström, 11 décembre 2013
  4. Université de Waterloo, « Student's final project goes viral and makes change happen », 2015
  5. Marketing Week, Leonie Roderick, « Bodyform shows 'realistic' blood in ad to normalise periods », 17 octobre 2017
  6. Ozap, « Publicité Nana : le CSA ne constate aucun manquement », 6 novembre 2019
  7. Service-Public, « Précarité menstruelle » : remboursement des protections périodiques réutilisables au 1er octobre 2026

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