En France, environ 700 000 personnes sont autistes, dont 100 000 ont moins de 20 ans. Cette estimation vient de l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Le ministère de l’Éducation nationale retient une proportion de 1 à 2 % de la population. Il l’a écrit le 21 avril dans une réponse à un député.
L’autisme est un trouble du neurodéveloppement, c’est-à-dire du développement du cerveau. Les premiers signes apparaissent le plus souvent entre 18 et 36 mois, selon l’Inserm. Le diagnostic vient bien plus tard. Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, a publié le 9 juin une étude sur ce délai. Les enfants y reçoivent un diagnostic d’autisme trois ans et demi en moyenne après les premiers signes.
Un footballeur a raconté cette attente. Marc Cucurella, défenseur de l’équipe d’Espagne, a remporté la Coupe du monde le 19 juillet. Depuis, ses propos sur l’autisme de son fils aîné, Mateo, ont été partagés dans de nombreux pays. Sa compagne, la créatrice de contenu Claudia Rodríguez, dit avoir vu les premiers signes avant les médecins.
Marc Cucurella parle de l’autisme de son fils depuis 2025 et décrit des parents qui ne savent pas toujours comment aider
Marc Cucurella a parlé de son fils pour la première fois en septembre 2025. Il répondait aux questions de Pau Brunet, un garçon de 12 ans qui publie des vidéos sur l’autisme sous le nom de PauPautista. Le Periódico de Ibiza, un quotidien des îles Baléares, a rapporté l’entretien. Le joueur y précise qu’il n’avait jamais abordé le sujet en public.
« Pour moi, c’est un sujet très personnel et difficile. »
Marc Cucurella, dans un entretien avec Pau Brunet, en septembre 2025
Le joueur a donné d’autres détails par la suite. El Español, un quotidien espagnol en ligne, les a réunis le 25 juillet. Marc Cucurella y raconte que les écoles ordinaires ne convenaient pas à son fils après l’installation de la famille au Royaume-Uni. Les parents ont trouvé une école adaptée à Londres.
Claudia Rodríguez a décrit le début du parcours dans « Madres: desde el corazón », une émission d’entretiens de la plateforme espagnole Mediaset Infinity. Elle situe les premiers signes vers l’âge d’un an, à l’entrée de son fils à la crèche. Les médecins lui ont d’abord parlé de variations normales du développement. Elle l’a inscrit dans une école qui propose des thérapies avant même d’avoir un diagnostic.
Une rumeur a relié les cheveux longs de Marc Cucurella à l’autisme de son fils, alors que le joueur les porte ainsi depuis l’enfance
Le titre mondial a donné à ce récit une audience nouvelle, et une rumeur s’y est ajoutée. Des publications très partagées ont affirmé que Marc Cucurella gardait les cheveux longs pour que son fils le reconnaisse sur le terrain. The Week, un hebdomadaire d’information indien, a vérifié cette affirmation le 24 juillet. Il conclut qu’elle est fausse.
Le joueur portait déjà les cheveux longs à ses débuts professionnels, avant la naissance de son fils. Marc Cucurella avait lui-même donné l’explication en 2024 à La Voz de Galicia, un quotidien régional espagnol. Sa mère laissait pousser les cheveux de ses fils pour les reconnaître sur les terrains de football.
Diagnostic de l’autisme en France : les parents repèrent les premiers signes dans 80 % des cas, mais attendent trois ans et demi
Les deux parents décrivent surtout une longue attente, que la France a mesurée. L’étude de Santé publique France est parue dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, la revue scientifique de l’agence. Elle porte sur 354 enfants et adolescent·es autistes de l’Isère et de la Savoie, dont les parents ont été interrogés. Les parents ont repéré eux-mêmes les premiers signes dans 80 % des cas. Le premier professionnel consulté n’a évoqué l’autisme que dans 8 % des cas.
La Haute Autorité de santé (HAS), qui fixe les bonnes pratiques médicales, a publié des recommandations en 2018. Elle demande une consultation consacrée au repérage dans les trois semaines qui suivent le premier rendez-vous médical. Dans l’étude, les familles ont attendu cette consultation 1,6 an en moyenne.
Les filles sont plus nombreuses parmi les diagnostics tardifs. Elles représentent 27 % des diagnostics posés entre 8 et 15 ans, contre 17 % de ceux posés avant 8 ans. Selon l’Inserm, les outils de diagnostic ont surtout été validés sur des garçons, et des signes propres aux filles peuvent passer inaperçus.
Scolarisation et autisme : la France compte 633 dispositifs spécialisés, et la moitié des familles demandent des personnels mieux formés
Après le diagnostic, les familles françaises cherchent une école, comme Marc Cucurella et Claudia Rodríguez au Royaume-Uni. La moitié des familles interrogées par Santé publique France demandent que les personnels de l’Éducation nationale soient mieux formés à l’autisme.
Le ministère de l’Éducation nationale compte aujourd’hui 633 dispositifs de scolarisation consacrés à l’autisme. Ce sont surtout des classes spécialisées installées dans des écoles maternelles et élémentaires. Le ministère annonce 70 dispositifs supplémentaires.
Autisme et handicap de l’enfant : 54 % des mères concernées ont un emploi, contre 74 % des autres mères
Le handicap d’un enfant pèse d’abord sur l’emploi des mères. La Drees, le service statistique des ministères sociaux, l’a mesuré dans une étude de novembre 2020. Elle porte sur les familles qui touchent l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé, versée pour tous les handicaps, dont l’autisme. Dans ces familles, 54 % des mères ont un emploi, contre 74 % des autres mères. Parmi celles qui travaillent, 42 % sont à temps partiel.
Ces familles sont aussi plus pauvres. Près d’un quart d’entre elles (24 %) vivent sous le seuil de pauvreté, contre 17 % des autres familles avec enfant. Trois sur dix sont monoparentales.
Les mères d’enfants autistes ont en outre été tenues pour responsables du trouble. L’Inserm rappelle que la théorie dite des « mères réfrigérateurs », qui attribuait l’autisme à leur froideur, est fausse. Dans l’étude de Santé publique France, 23 % des familles demandent encore aux professionnel·les une attitude moins culpabilisante.
La charge commence dès la petite enfance. Une seconde étude de la Drees, publiée en décembre 2023, porte sur les enfants handicapés de moins de 6 ans dans l’Hexagone. Avant 3 ans, 78 % sont gardé·es principalement par leurs parents, contre 56 % des autres enfants. 60 % de leurs mères sont inactives ou au chômage, contre 30 % dans les familles comparables.