Aux États-Unis, 91 % des femmes qui accouchent après un refus d’avortement élèvent elles-mêmes leur enfant. Les 9 % restantes le confient à l’adoption. Ces chiffres viennent d’une étude parue en mars 2017 dans Women’s Health Issues, une revue universitaire consacrée à la santé des femmes. Gretchen Sisson, sociologue à l’université de Californie à San Francisco, l’a dirigée.
L’adoption est pourtant présentée aux États-Unis comme une alternative à l’avortement, jusqu’à la Cour suprême. Elle suppose alors qu’une femme mène à terme une grossesse qu’elle ne souhaitait pas. L’actrice britannique Millie Bobby Brown, 22 ans, a fait le chemin inverse. Elle est devenue mère par adoption, sans grossesse. Le 17 septembre, elle a publié la première photo de son deuxième enfant. Des internautes lui ont reproché de ne pas avoir accouché. La psychologue Nancy Felipe Russo a nommé cette attente dès 1976. Elle parle de « mandat de maternité ».
Millie Bobby Brown a présenté son deuxième enfant adopté et des internautes lui demandent pourquoi elle n’a pas accouché
La photo du 17 septembre montre la main d’un bébé. Millie Bobby Brown l’a publiée sur Instagram avec son mari, Jake Bongiovi, 24 ans. La légende dit « Hi little guy! » (« Salut, petit bonhomme ! »). Le magazine People, spécialisé dans l’actualité des célébrités, a indiqué le même jour, selon le quotidien Malay Mail, que l’enfant avait été adopté. Il cite une source proche de la famille.
Le couple, marié depuis 2024, avait déjà adopté une fille en août 2025. Millie Bobby Brown est connue depuis l’enfance. Elle avait 12 ans en 2016, à la sortie de « Stranger Things », la série de Netflix dans laquelle elle joue Eleven.
L’annonce a reçu de nombreux messages de félicitations. Elle a aussi provoqué des critiques, que l’hebdomadaire états-unien Newsweek a recensées le 17 septembre. Des internautes demandent pourquoi l’actrice a choisi l’adoption à 22 ans. D’autres la jugent trop jeune pour être mère. D’autres encore lui prêtent des raisons médicales ou personnelles. Newsweek précise qu’aucun élément n’appuie ces suppositions.
Millie Bobby Brown dit vouloir adopter depuis l’enfance et avoir étudié l’adoption pendant ses cours de travail social
Ces suppositions ignorent ce que l’actrice a elle-même raconté. En mars 2025, elle était l’invitée de « SmartLess », un podcast d’entretiens animé par trois acteurs états-uniens. Elle y disait vouloir une grande famille.
« Je veux vraiment une famille. Je veux vraiment une grande famille. »
Millie Bobby Brown, dans le podcast « SmartLess », en mars 2025
Elle est revenue sur ce choix en juin, dans « Not Gonna Lie », le podcast de l’animatrice Kylie Kelce. L’édition états-unienne du magazine ¡Hola! a rapporté ses propos le 12 juin. Millie Bobby Brown y explique qu’elle a toujours voulu adopter.
L’actrice a aussi suivi des cours de travail social. Elle dit y avoir aimé les enseignements sur l’adoption. Elle précise que l’adoption n’exclut pas une grossesse. Elle espère en vivre une plus tard.
L’adoption reprochée à Millie Bobby Brown est celle que la Cour suprême des États-Unis a présentée comme une alternative à l’avortement
Le choix critiqué chez l’actrice est défendu au plus haut niveau quand il s’agit d’avortement. Le 1er décembre 2021, la Cour suprême des États-Unis examinait l’affaire Dobbs, du nom d’une loi du Mississippi restreignant l’avortement. La juge Amy Coney Barrett, nommée par Donald Trump, a alors évoqué les lois dites « safe haven ». Ces lois permettent de confier un nouveau-né aux autorités sans poursuites. Elles existent dans les 50 États.

La juge a demandé pourquoi ces lois ne réglaient pas le problème de la maternité imposée. Le National Catholic Register, un journal catholique états-unien, a retranscrit l’échange. Julie Rikelman, l’avocate de la clinique visée par la loi, a répondu qu’une grossesse menée à terme présente plus de risques médicaux qu’un avortement.
Ces lois ne servent qu’une poignée de fois par an, selon The 19th, un média en ligne consacré au genre et à la politique. Le 24 juin 2022, la Cour suprême a supprimé le droit fédéral à l’avortement.
L’étude de Gretchen Sisson mesure l’écart entre cet argument et les décisions des femmes. Elle a suivi 956 femmes ayant demandé un avortement. Parmi elles, 231 ont essuyé un refus parce que leur grossesse était trop avancée. Sur les 161 qui ont accouché, 15 ont confié leur enfant. Les autrices en concluent que la promotion politique de l’adoption ne correspond pas aux décisions des femmes.
Comme Millie Bobby Brown, Kamala Harris a été attaquée parce qu’elle élève des enfants qu’elle n’a pas portés
Le même reproche a visé une responsable politique. En 2021, J. D. Vance, alors candidat au Sénat, donnait un entretien à la chaîne Fox News. Il y décrivait les dirigeantes démocrates comme des « femmes à chats sans enfants ». Il citait Kamala Harris, alors vice-présidente, qui élève les deux enfants de son mari. La séquence a resurgi en juillet 2024, quand Donald Trump a choisi J. D. Vance comme colistier. La chaîne locale ABC7 a retracé la polémique.


Kerstin Emhoff, la mère des deux enfants, a qualifié ces attaques d’infondées. Elle a rappelé que Kamala Harris les élevait avec elle depuis plus de dix ans. Le 26 juillet 2024, J. D. Vance a répondu qu’il visait le Parti démocrate, qu’il juge hostile aux familles.
Nancy Felipe Russo, professeure émérite de psychologie à l’université d’État de l’Arizona, a décrit cette attente dans son article de 1976. Selon elle, la maternité est traitée comme la raison d’être d’une femme. Les critiques adressées à Millie Bobby Brown portent sur la grossesse qu’elle n’a pas eue.
En France, l’adoption choisie par Millie Bobby Brown passe par un agrément : 8 060 sont en cours pour 1 089 enfants confiés
En France, le débat se pose autrement, car le droit à l’avortement est inscrit dans la Constitution depuis le 8 mars 2024. L’adoption y est encadrée par le département, qui délivre un agrément aux candidat·es. La loi du 21 février 2022 l’a ouverte aux couples pacsés et aux concubins. Les deux membres du couple doivent avoir plus de 26 ans ou justifier d’au moins un an de vie commune.
Les enfants adoptables sont peu nombreux. Les pupilles de l’État sont les enfants dont l’État est le tuteur. Selon la dernière fiche de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), la France en comptait 5 753 au 31 décembre 2024. Parmi ces enfants, 1 089 étaient confiés à une famille en vue de leur adoption. À la même date, 8 060 agréments étaient en cours de validité.