Dans les cent films qui ont rapporté le plus d’argent aux États-Unis en 2025, les femmes n’ont obtenu que 33,6 % des rôles parlants. La proportion était la même en 2024. Elle tourne autour d’un tiers depuis 2007. Ces chiffres viennent de l’étude « Inequality in 1,900 Films », menée par l’Annenberg Inclusion Initiative. Ce groupe de recherche de l’université de Californie du Sud est dirigé par la chercheuse Stacy L. Smith. TheWrap, un site d’information consacré à l’industrie du divertissement, en a rendu compte le 12 août. Un premier volet, publié en février, portait sur les premiers rôles. En 2025, 39 de ces cent films avaient une fille ou une femme en tête d’affiche, contre 55 en 2024.
L’actrice états-unienne Bella Thorne relie ce petit nombre de rôles à la rivalité féminine. L’expression désigne l’idée que les femmes seraient naturellement jalouses les unes des autres. Elle désigne aussi les situations où un employeur, un public ou des médias les opposent.
Bella Thorne a décrit cette rivalité féminine le 5 août. Elle était l’invitée de « Call Her Daddy », l’un des podcasts d’entretiens les plus écoutés aux États-Unis. Elle y raconte que l’actrice Zendaya et elle ont été montées l’une contre l’autre dès l’âge de 12 ans. Elles tournaient alors « Shake It Up », une série de la chaîne pour enfants Disney Channel. Selon elle, les actrices sont poussées à se battre pour une seule place.
Bella Thorne situe le début de sa rivalité féminine avec Zendaya à 12 ans, alors que leurs personnages étaient meilleures amies
« Shake It Up » a été diffusée aux États-Unis du 7 novembre 2010 au 10 novembre 2013. Bella Thorne y jouait CeCe Jones et Zendaya jouait Rocky Blue, deux meilleures amies qui dansent dans une émission de télévision. Le premier épisode a réuni 6,2 millions de personnes, selon l’institut de mesure d’audience Nielsen. C’était alors le meilleur lancement d’une série sur Disney Channel.
L’entretien est mené par Alex Cooper, la créatrice du podcast. Bella Thorne y dit avoir apprécié Zendaya dès les auditions. Elle affirme que cette rivalité féminine est venue de l’extérieur, sans nommer de responsable. Elle décrit un milieu qui pousse les actrices à se rabaisser entre elles, parce qu’une seule place serait prévue pour une femme. Elle attribue cette logique au patriarcat. Elle ajoute que cette rivalité féminine s’était beaucoup aggravée pendant la première saison.
Cette pression s’ajoutait à une responsabilité financière. Bella Thorne explique qu’elle faisait vivre sa famille avec ses cachets et qu’elle ne s’autorisait aucune erreur. USA Today, un quotidien national des États-Unis, a détaillé ces propos le jour de la diffusion.
L’actrice avait déjà évoqué cette rivalité féminine à deux reprises. En 2015, elle disait à J-14, un magazine pour adolescent·es, que les deux actrices avaient été forcées de se mesurer l’une à l’autre. En février 2021, elle confiait au magazine Us Weekly qu’elles n’étaient pas amies pendant la première saison. Les articles parus les 5 et 6 août ne rapportent aucune réaction de Zendaya.
Les deux actrices ont mis fin à cette rivalité féminine en se parlant seules, à l’écart du plateau et de l’équipe
Cette rivalité féminine a pris fin en 2011, sur le tournage d’un épisode commun avec « Good Luck Charlie », une autre série de Disney Channel. Cet épisode, « Charlie Shakes It Up », a été diffusé le 5 juin 2011. Bella Thorne raconte que les deux adolescentes ont quitté le plateau entre deux scènes. Elles se sont installées sur un décor inutilisé, dans un autre studio. L’équipe les a cherchées et la scène suivante a pris du retard.
Bella Thorne emploie d’abord le verbe « s’échapper », puis se reprend. Elle précise qu’elles ne se sont pas échappées et qu’elles se sont seulement éclipsées.
« On s’est expliquées, on a tout mis à plat, et c’était tellement beau. »
Bella Thorne, dans le podcast « Call Her Daddy », le 5 août
Elle décrit cette discussion comme l’une des plus sincères de sa vie. Elle dit que c’était la première fois qu’elle parlait d’égale à égale avec une autre fille, chacune écoutant l’autre. Les deux actrices ont ensuite tourné ensemble le téléfilm « Frenemies », en 2012.
Le même entretien aborde une autre forme de pression subie par l’actrice. En juin 2019, un pirate informatique avait volé des photos intimes de Bella Thorne et menaçait de les diffuser. Elle les avait publiées elle-même.
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Des travaux de psychologie sociale montrent que la rivalité féminine est une conséquence des discriminations subies au travail
Le récit de Bella Thorne rejoint les conclusions de plusieurs chercheuses sur la rivalité féminine. La psychologie sociale étudie depuis les années 1970 le phénomène dit de la « reine des abeilles ». Il désigne des femmes dirigeantes qui prennent leurs distances avec les autres femmes dans des organisations dominées par les hommes. Trois psychologues lui ont consacré une synthèse en 2016. Belle Derks et Naomi Ellemers travaillaient alors à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas. Colette van Laar travaillait à l’université de Louvain, en Belgique. Leur article a paru dans The Leadership Quarterly, une revue scientifique consacrée à la direction des organisations.
Elles concluent que ce comportement est une conséquence des discriminations subies par les femmes au travail, et qu’il n’en est pas la cause. Elles ajoutent que d’autres groupes discriminés se comportent de la même façon.
Belle Derks avait testé cette hypothèse dès 2011, quand elle travaillait à l’université de Leyde, aux Pays-Bas. Elle avait interrogé 63 femmes cadres de la police dans trois villes néerlandaises. L’étude a paru dans la revue scientifique Psychological Science. La moitié des participantes devaient se souvenir d’une situation où être une femme les avait desservies au travail. Après cet exercice, celles qui s’identifiaient peu aux autres femmes prenaient leurs distances avec elles. Celles qui s’y identifiaient fortement disaient vouloir aider d’autres femmes. Belle Derks en déduisait que les organisations doivent d’abord s’attaquer aux discriminations.
À Hollywood, où Bella Thorne situe cette rivalité féminine, les rôles se comptent. Les chiffres viennent de l’université de Californie du Sud. En 2007, 20 des cent plus gros succès avaient une fille ou une femme en tête d’affiche. En 2025, quatre de ces films seulement donnaient le premier rôle à une femme de 45 ans ou plus.
Rivalité féminine en France : les femmes obtiennent 38 % des rôles principaux, et moins d’un film sur deux réussit le test de Bechdel
En France aussi, les rôles féminins sont minoritaires. Le Collectif 50/50, une association qui défend la parité dans le cinéma, a publié en 2022 l’étude « Cinégalités ». Elle a été dirigée par Maxime Cervulle et Sarah Lécossais, chercheur·ses en sciences de l’information et de la communication. Elle porte sur 115 films français sortis en 2019 et sur 1 591 personnages. Les femmes représentent 39,8 % de ces personnages et 38 % des personnages principaux. Parmi les personnages principaux de plus de 50 ans, elles ne sont que 28 %.
Le Collectif 50/50 a aussi mesuré la place des échanges entre femmes à l’écran. Il a soumis les films les mieux financés de 2019 au test de Bechdel. Ce test, du nom de l’autrice de bande dessinée Alison Bechdel, pose trois conditions. Le film doit compter deux femmes nommées, qui se parlent, d’autre chose que d’un homme. Sur 44 films analysés, 21 remplissent ces conditions, soit 48 %.
La télévision et la radio accordent à peine plus de place aux femmes. L’Arcom, l’autorité publique chargée de l’audiovisuel, a publié son rapport annuel sur le sujet en mars. Il porte sur les journaux, les magazines et les documentaires de la saison 2024-2025. Les femmes y représentent 39 % des personnes présentes à l’antenne, contre 34 % en 2013. Elles occupent 37 % du temps de parole. Elles comptent pour 28 % des personnes invitées comme expertes.