Aux États-Unis, 40 % des jeunes trans et non binaires ont sérieusement envisagé le suicide au cours de l’année écoulée. Parmi l’ensemble des jeunes LGBTQIA+, la proportion est de 36 %. Ces chiffres viennent de l’enquête annuelle du Trevor Project, une association états-unienne de prévention du suicide chez les jeunes LGBTQIA+. Publiée le 6 mai, elle porte sur plus de 16 000 personnes de 13 à 24 ans.
La même enquête mesure l’accès aux soins. Parmi les jeunes qui voulaient un suivi psychologique, 44 % n’ont pas pu l’obtenir. Les trois quarts (76 %) disent que les lois et les débats publics qui les visent nuisent à leur santé mentale.
C’est à ces jeunes que la chanteuse Chappell Roan destine les recettes de deux soirées de concert. Chappell Roan, 28 ans, est une autrice-compositrice et interprète de pop états-unienne. Les 21 et 22 octobre, elle se produit au Shrine Auditorium, une salle de spectacle de Los Angeles. Les recettes nettes iront à son organisation à but non lucratif, le Midwest Princess Project.
Chappell Roan organise deux soirées à Los Angeles dont toutes les recettes nettes financent des associations d’aide aux jeunes trans
L’événement s’appelle The Super Graphic Spectacular et il a été annoncé début août. Il doit revenir chaque année. Time Out, un magazine consacré aux sorties culturelles, a détaillé le programme dans son édition de Los Angeles. Il réunit de la musique, des numéros de drag, de l’humour et des invité·es. Chappell Roan chante les deux soirs.
Le site de la chanteuse donne la liste des artistes. L’humoriste états-unien Caleb Hearon présente les deux soirées. Le 21 octobre, la chanteuse britannique Lola Young et la chanteuse états-unienne Tinashe sont à l’affiche. Amanda Lepore, mannequin et figure trans de la vie nocturne new-yorkaise, est aussi annoncée ce soir-là. Le 22 octobre, la chanteuse Caroline Polachek et le groupe de pop Muna se produisent.
Le public est aussi mis à contribution. Une fête de quartier, le Super Graphic Block Party, se tient les deux après-midi sur le parking de la salle. Les spectateur·rices peuvent aussi participer à des actions de bénévolat auprès d’associations LGBTQIA+ de Los Angeles.
Le Midwest Princess Project de Chappell Roan a réuni plus de 800 000 dollars en un an et les a reversés à plus de 60 associations
Ces deux soirées marquent le premier anniversaire de l’organisation. Chappell Roan a annoncé sa création le 23 octobre 2025. The Fader, un magazine musical états-unien, avait alors publié son communiqué. La chanteuse y annonçait un premier don de plus de 400 000 dollars.
Cet argent venait d’une série de concerts donnés à l’automne 2025 à New York, à Los Angeles et à Kansas City. Un dollar était prélevé sur chaque billet vendu. Dans son communiqué, Chappell Roan expliquait que ces fonds iraient à des organisations qui agissent pour les jeunes trans dans leur ville.
Six associations ont reçu les premiers dons, deux par ville. À New York, l’Ali Forney Center héberge des jeunes LGBTQIA+ sans domicile. À Los Angeles, la TransLatin@ Coalition défend les personnes trans d’origine latino-américaine. Dans le Missouri, l’État où la chanteuse a grandi, The Center Project et The GLO Center sont deux centres d’accueil LGBTQIA+.
Un an plus tard, l’organisation déclare avoir collecté plus de 800 000 dollars.
Chappell Roan a grandi dans le Missouri, un État qui interdit les soins de transition aux mineur·es, et elle s’adresse depuis 2024 aux jeunes du Midwest
Le choix de ces associations renvoie au parcours de la chanteuse. Chappell Roan, de son vrai nom Kayleigh Rose Amstutz, vient de Willard, une petite ville du Missouri. Elle se présente publiquement comme lesbienne. Le 11 septembre 2024, elle a reçu le prix de la révélation aux MTV Video Music Awards, la cérémonie de la chaîne musicale MTV. TheWrap, un site d’information sur l’industrie du divertissement, a retranscrit son discours. Elle y dédiait son prix aux artistes drag et aux personnes queers et trans. Elle s’adressait ensuite aux jeunes queers du Midwest.
« Je vous comprends, parce que je suis l’une des vôtres. »
Chappell Roan, aux MTV Video Music Awards, le 11 septembre 2024
Sa chanson « Pink Pony Club », sortie en 2020, raconte ce trajet. Une jeune femme quitte sa région pour Los Angeles et danse dans un club de West Hollywood, un quartier gay de la ville.
Dans son État d’origine, les mineur·es trans n’ont plus accès aux traitements de transition. Une loi du Missouri adoptée en 2023 interdit de leur prescrire des bloqueurs de puberté ou des hormones. La Cour suprême du Missouri a validé cette loi à l’unanimité le 13 janvier. St. Louis Public Radio, une radio publique locale, a rendu compte de la décision. Le texte doit expirer en 2027, et des élu·es de l’État veulent le rendre permanent.
Les concerts de Chappell Roan arrivent après des interdictions de soins dans 27 États et la fermeture d’une ligne d’écoute fédérale pour les jeunes LGBTQIA+
Le Missouri n’est pas un cas isolé. En juin 2025, 27 États avaient adopté une interdiction des soins de transition pour les mineur·es. Ce décompte est celui de KFF, un organisme états-unien indépendant de recherche sur les politiques de santé. Le 18 juin 2025, la Cour suprême des États-Unis a jugé l’interdiction du Tennessee conforme à la Constitution, par six voix contre trois.
Un service public d’écoute a fermé le mois suivant. Le 988, le numéro national de prévention du suicide, proposait depuis 2022 une option réservée aux jeunes LGBTQIA+. L’agence fédérale chargée de la santé mentale l’a supprimée le 17 juillet 2025. L’American Association of Suicidology, une association de spécialistes de la prévention du suicide, s’en est inquiétée dans un communiqué.
Ces décisions ont des effets que le Trevor Project a mesurés. Dans son enquête, 38 % des jeunes trans et non binaires disent avoir envisagé de changer d’État avec leur famille à cause des lois récentes.
Chappell Roan agit aux États-Unis, mais en France aussi la transphobie est le premier motif des témoignages reçus par SOS homophobie
En France, les soins de transition des mineur·es ne sont pas interdits, mais les violences sont mesurées chaque année. Le service statistique du ministère de l’Intérieur a publié son bilan le 13 mai. La police et la gendarmerie ont enregistré environ 4 900 infractions anti-LGBT+ en 2025, soit 2 % de plus qu’en 2024. Près d’une victime de crime ou de délit sur deux (48 %) a moins de 30 ans. Selon le ministère, environ 3 % des victimes d’actes discriminatoires portent plainte.
Les associations reçoivent une partie des récits qui n’arrivent pas jusqu’aux commissariats. SOS homophobie, une association d’aide aux victimes, tient une ligne d’écoute. Son rapport annuel recense 1 541 témoignages reçus en 2025. La transphobie en est le premier motif, avec 27 % des témoignages. En milieu scolaire, plus de la moitié des victimes sont mineures.
Pour les jeunes en détresse, le 3114, le numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement jour et nuit.
Le cadre médical reste à écrire pour les mineur·es. La Haute Autorité de santé (HAS), l’organisme public qui fixe les bonnes pratiques médicales, a publié en juillet 2025 des recommandations pour les adultes. Elle a mis en ligne le 5 mai une note de cadrage pour les moins de 18 ans. La HAS prévoit de publier ses recommandations pour les mineur·es à la fin de l’année 2027.