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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Chlordécone : le thriller « Mové Jou » est annoncé au cinéma quelques mois après un non-lieu qui clôt vingt ans d’enquête sans procès

Le média Nofi a présenté en juillet « Mové Jou », un thriller sur le chlordécone annoncé au cinéma pour la fin de l'année. Cette fiction arrive aussi au moment où l'enquête pénale sur ce pesticide se referme sans procès. Pourtant, le chlordécone est détecté chez plus de huit adultes sur dix en Guadeloupe et en Martinique. Or la loi votée en juin reconnaît la responsabilité de l'État sans fixer d'indemnisation. Que reste-t-il aux habitant·es des Antilles pour obtenir réparation ?

Harry Durimel Décryptage
Harry Durimel, en 2020. ETV / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Le chlordécone est présent dans le sang de 81,3 % des adultes en Guadeloupe et de 85,5 % des adultes en Martinique. Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, a publié ces chiffres le 24 juin. Ils viennent de l’étude Kannari 2. Les prélèvements datent de 2024 et portent sur environ 2 300 adultes.

Le chlordécone est un pesticide qui a été épandu dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique de 1972 à 1993. Il reste aujourd’hui dans les sols, les rivières et la mer, et il passe dans l’alimentation.

Cette pollution est désormais le sujet d’un film de fiction. « Mové Jou », un thriller réalisé par Jeff Taver, est annoncé au cinéma pour la fin de l’année. Son premier teaser a été diffusé en juillet. Un mois plus tôt, la cour d’appel de Paris avait confirmé le non-lieu dans l’enquête pénale sur le chlordécone. Un non-lieu est la décision qui clôt une enquête sans renvoyer personne devant un tribunal.

« Mové Jou » fait du chlordécone le sujet d’un thriller, dont l’héroïne est une ingénieure qui cherche à freiner la contamination

Le film a été présenté le 21 juillet par Nofi, un média en ligne consacré aux cultures noires. Nofi est aussi son producteur, à travers sa société Nofi Studio. C’est son premier long métrage. Jeff Taver, son réalisateur, est un cinéaste guadeloupéen.

L’héroïne s’appelle Tessa Obary. Elle est ingénieure en biotechnologie. Elle met au point une innovation qui pourrait freiner la contamination au chlordécone. Des mercenaires prennent d’assaut les locaux de son entreprise. Elle s’y retrouve enfermée avec son invention et doit la protéger.

Le premier teaser de « Mové Jou », mis en ligne sur la chaîne YouTube de Nofi.

Le titre est en créole. « Mové jou » signifie « mauvais jour ». Le tournage s’est déroulé en Île-de-France entre août 2025 et avril 2026. C’est ce qu’indique la fiche du film sur Crew United, un annuaire des professionnel·les du cinéma. Aucune date de sortie précise n’a été communiquée.

Le chlordécone est détecté chez plus de huit adultes sur dix aux Antilles, et une partie des femmes en âge d’avoir des enfants dépasse le seuil de référence

La contamination que le film met en scène est mesurée depuis plus de dix ans. La première étude Kannari, menée en 2013 et 2014, avait détecté le chlordécone chez plus de neuf personnes sur dix. Selon Santé publique France, les niveaux moyens ont baissé depuis. L’exposition reste généralisée.

L’Anses a fixé en 2021 un seuil de référence de 0,4 microgramme de chlordécone par litre de plasma. Au-dessus de ce seuil, l’agence considère qu’un risque pour la santé ne peut pas être écarté. D’après Kannari 2, 14,3 % des adultes le dépassent en Guadeloupe et 18,7 % en Martinique.

Les personnes les plus exposées sont les hommes de 50 ans et plus qui vivent en zone contaminée et travaillent dans la pêche ou l’agriculture. Chez les femmes de 18 à 49 ans, les niveaux sont le plus souvent faibles ou indétectables.

L’exposition passe par l’assiette. Santé publique France relie les niveaux mesurés à la consommation de poissons de mer, de crustacés et de mollusques. L’étude ne trouve aucun lien avec l’eau du robinet.

Les effets sur la santé sont en partie établis. En 2021, l’Anses a conclu à une relation causale probable entre l’exposition aux pesticides, dont le chlordécone, et le cancer de la prostate. Ce cancer est reconnu comme maladie professionnelle pour les ouvrier·es agricoles depuis un décret de décembre 2021.

Le chlordécone a été autorisé aux Antilles jusqu’en 1993, trois ans après son interdiction dans l’Hexagone

Cette exposition a une origine administrative. Le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé, a classé le chlordécone comme cancérogène possible en 1979. La France a interdit le produit en 1990. Des dérogations ministérielles ont permis de continuer à l’utiliser en Guadeloupe et en Martinique jusqu’en 1993.

La pollution dure bien au-delà de ces vingt et un ans d’épandage. Le chlordécone peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans, rappelle le Club des juristes, un cercle de réflexion juridique.

La cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’enquête sur le chlordécone, vingt ans après les premières plaintes

Ces dérogations sont au centre de la procédure pénale. Des associations et des syndicats de Guadeloupe et de Martinique ont porté plainte en 2006, notamment pour empoisonnement. Une information judiciaire a été ouverte à Paris en 2008. En janvier 2023, deux juges d’instruction ont rendu un non-lieu. Leur ordonnance parlait pourtant d’un « scandale sanitaire ».

Le 22 juin, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a confirmé ce non-lieu. Le cabinet d’avocats Seban en a publié une analyse. Selon lui, la cour retient la prescription, c’est-à-dire le délai au-delà duquel des faits ne peuvent plus être poursuivis. Elle le fait courir à partir des épandages et non à partir de la découverte des dommages.

Les parties civiles ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire. Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre et partie civile, a déclaré qu’il poursuivrait le combat. Christophe Lèguevaques, avocat de plaignant·es, estime que la décision offre une immunité aux pollueurs. Un porte-parole du collectif martiniquais Lyannaj pou dépolyé Matinik y voit une « continuité coloniale ». L’Agence France-Presse a recueilli ces réactions.

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Une loi reconnaît la responsabilité de l’État dans la pollution au chlordécone, mais l’indemnisation des victimes reste à définir

La réparation se joue désormais hors du champ pénal. La loi du 12 juin reconnaît la part de responsabilité de l’État dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis aux Antilles. Elle fixe comme objectif d’indemniser toutes les victimes, que la contamination soit professionnelle ou non. Elle prévoit aussi de rechercher les maladies développées par les femmes exposées au chlordécone.

Le texte ne fixe ni montant, ni critères, ni liste de maladies. Le gouvernement a un an pour remettre un rapport sur l’extension du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides.

La justice administrative, qui juge les fautes de l’État, a déjà accordé des indemnités. Le 11 mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris a estimé que l’État avait commis des fautes en autorisant la vente du pesticide. Elle était saisie par 1 286 personnes. Neuf d’entre elles ont obtenu la réparation d’un préjudice d’anxiété, c’est-à-dire la crainte de développer une maladie grave. L’État a contesté cet arrêt devant le Conseil d’État le 9 mai 2025, selon la radio antillaise RCI.

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Les sources de cet article

  1. Santé publique France, « Imprégnation de la population antillaise au chlordécone : Santé publique France publie les résultats de Kannari 2 », 24 juin 2026
  2. Anses, « Chlordécone aux Antilles : les risques liés à l'exposition alimentaire », mise à jour de juin 2026
  3. Nofi, Mathieu N'Diaye, « MOVÉ JOU : le film qui replonge dans le scandale du chlordécone », 21 juillet 2026
  4. Le Club des juristes, « Affaire du chlordécone : la Cour d'appel de Paris confirme le non-lieu », 23 juin 2026
  5. Seban Avocats, « Nouvelle décision dans l'affaire du chlordécone : confirmation du non-lieu par la Cour d'appel de Paris », 3 juillet 2026
  6. Landot Avocats, « Chlordécone et responsabilité de l'État : une loi de principe » (loi n° 2026-491 du 12 juin 2026), 13 juin 2026
  7. RCI, Nicolas Ledain, « Chlordécone : l'État se pourvoit en cassation pour contester sa responsabilité », 12 mai 2025

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