En 2025, la police et la gendarmerie ont enregistré environ 4 900 infractions anti-LGBT+ en France. Ce nombre a augmenté de 2 % en un an. Il vient d’une publication du service statistique ministériel de la sécurité intérieure, qui produit les statistiques du ministère de l’Intérieur. Publiée le 13 mai, elle indique qu’environ 3 % des victimes d’actes discriminatoires portent plainte. Sa présentation ne donne aucun chiffre pour les Outre-mer.
La Guadeloupe a accueilli la Kréyòl Pride le samedi 25 juillet à Basse-Terre, son chef-lieu. La Kréyòl Pride est une marche des fiertés, un défilé pour les droits et la visibilité des personnes LGBT+. La radio RCI Guadeloupe l’a présentée comme la première marche des « diversités caribéennes » de l’archipel.
La Kréyòl Pride a réuni plus de 500 personnes à Basse-Terre, alors que la marche des fiertés de 2023 n’en comptait que six
All Out est une organisation internationale de défense des droits des personnes LGBT+. Selon son compte rendu, plus de 500 personnes ont marché à Basse-Terre. La marche s’est tenue en sécurité, avec l’appui de la Ville de Basse-Terre et des services de l’État, écrit l’organisation.
Le reportage de RCI Guadeloupe, publié le 26 juillet, décrit les stands du village associatif. Une association y proposait un jeu pour parler du consentement. La Pride des banlieues, une marche des fiertés venue de Seine-Saint-Denis, avait fait le déplacement. Sa responsable du plaidoyer a dit à la radio que le combat était le même en banlieue et en Outre-mer.
Les marches précédentes avaient attiré très peu de monde. Le 22 juillet 2023, un cortège avait relié le quartier de Lauricisque à la place de la Victoire, à Pointe-à-Pitre. Il comptait six participant·es, contre quatre en 2022. Ces chiffres viennent d’un article d’Erasing 76 Crimes, un site d’information anglophone consacré aux droits des personnes LGBT+. L’association Ma Différence LGBT+, présidée par Lydie Siwsanker, organisait ces deux marches.
Lydie Siwsanker avait donné deux explications à cette faible participation. Elle avait déclaré à Guadeloupe La 1ère, la chaîne publique locale, que les personnes LGBT de Guadeloupe vivaient encore dans la peur. Elle évoquait aussi l’attestation de responsabilité civile demandée pour manifester, que tout le monde ne peut pas payer.
La Kréyòl Pride est portée par une coalition d’associations guadeloupéennes, après plusieurs années de divisions
La Kréyòl Pride repose sur une organisation plus large que les marches de 2022 et de 2023. Elle est portée par Secret’s Out, Queer Gang, Trans’Actions Guadeloupe et Queer Super Power. Ces structures travaillent avec la Maison des diversités et de l’inclusion, un nouveau centre LGBT+ local. Elles s’appuient aussi sur Bokantaj Inclusion French West Indies, une fédération d’associations de la région.
Estelle Prudent, de Queer Super Power, a décrit ce choix à Erasing 76 Crimes. L’article, daté du 16 juin, est signé du journaliste Moïse Manoël-Florisse. Elle y explique vouloir une coalition autour d’un mouvement collectif, plutôt qu’un mouvement centré sur une seule personne. Le journaliste évoque plusieurs années de discorde entre les associations guadeloupéennes.
La date et le lieu ont été choisis pour élargir le public. Une organisatrice de Secret’s Out, citée sous pseudonyme, indique que la diaspora rentre en Guadeloupe en juillet. Basse-Terre a été retenue pour l’accueil de ses élu·es et pour son poids historique.
« Soutenir la Kréyòl Pride, c’est faire exister les diversités caribéennes en Guadeloupe. »
Les associations organisatrices, sur la page de collecte de la Kréyòl Pride
Une pétition signée par 8 580 personnes a demandé aux autorités de garantir la sécurité de la Kréyòl Pride
La sécurité de la marche a fait l’objet d’une demande publique avant le 25 juillet. Nolwenn Termon a lancé une pétition sur la plateforme d’All Out. Le texte s’adressait au préfet de Guadeloupe et aux président·es du conseil régional et du conseil départemental. Il visait aussi les ministres des Outre-mer et de l’Intérieur. Il leur demandait un soutien public clair, pour que la Kréyòl Pride se tienne en sécurité. Selon All Out, 8 580 personnes ont soutenu cette demande.
La pétition cite la peur des insultes, des agressions et du rejet chez une partie des personnes LGBT+ de Guadeloupe. Elle mentionne aussi le manque de financements locaux.
Le financement participatif de la Kréyòl Pride est resté loin de son objectif. Secret’s Out avait ouvert une collecte sur HelloAsso, une plateforme de dons aux associations. Elle visait 10 000 euros. Elle s’est terminée à 2 065 euros, versés par 48 personnes.
Huit ans avant la Kréyòl Pride, un rapport parlementaire décrivait une homosexualité tolérée dans les Outre-mer à condition de rester invisible
Les craintes citées par la pétition figuraient déjà dans un rapport parlementaire de 2018. La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale a déposé ce rapport d’information le 19 juin 2018. Trois député·es l’ont rédigé, Raphaël Gérard, Gabriel Serville et Laurence Vanceunebrock.

RCI Guadeloupe en avait résumé les constats le jour même. Le rapport décrit une haine anti-LGBT plus marquée dans ces territoires. Il l’explique par le poids de la famille et de la religion et par les préjugés sexistes. Il cite aussi l’insularité, qui prive d’anonymat. Selon les rapporteur·es, l’homosexualité y est tolérée tant qu’elle reste invisible. Cette situation pousse des personnes LGBT à partir vers l’Hexagone.
Le rapport s’appuie sur une enquête menée aux Antilles et en Guyane sur les connaissances et les comportements face au VIH. 69,4 % des hommes et 59 % des femmes interrogé·es y avaient une opinion négative de l’homosexualité. Le rapport ne mentionne aucune marche des fiertés en Guadeloupe.
Raphaël Gérard regrettait alors le manque de données sur les plaintes et les agressions dans les Outre-mer.
Après la Kréyòl Pride, les actes anti-LGBT+ restent peu signalés en France, où environ 3 % des victimes portent plainte
Le ministère de l’Intérieur publie chaque année le nombre d’infractions anti-LGBT+ enregistrées. Parmi les victimes de crimes ou de délits, 71 % sont des hommes et 48 % ont moins de 30 ans.
Ces chiffres ne comptent que les faits connus de la police et de la gendarmerie. Le ministère mène aussi une enquête auprès de la population, intitulée Vécu et ressenti en matière de sécurité. Selon cette enquête, environ 3 % des victimes d’actes discriminatoires commis en 2023 ont porté plainte.
La Réunion accueille une marche des fiertés chaque année, selon Erasing 76 Crimes. En Martinique, la Ville de Fort-de-France a annulé plusieurs événements de la Pride en 2024, d’après le même site. En Guadeloupe, les associations espèrent inscrire la Kréyòl Pride au calendrier chaque année, rapporte RCI.