82 % des victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles sont des femmes ou des filles. 85 % des agresseurs identifiés sont des hommes ou des garçons. Ces chiffres viennent de la Grande Enquête sur les cyberviolences sexistes et sexuelles, publiée le 23 juin. Trois associations françaises l’ont menée : Point de Contact, Féministes contre le cyberharcèlement et #StopFisha. Elle repose sur 2 136 témoignages, dont 1 209 viennent de victimes.
Les cyberviolences désignent les violences commises au moyen d’Internet et des réseaux sociaux. L’Institut des femmes, un organisme public espagnol, classe la diffusion de contenus faux ou personnels parmi les formes de cyberharcèlement. L’actrice espagnole Ester Expósito, 26 ans, dit être visée par des contenus de ce type.
Ester Expósito a été révélée par « Élite », une série espagnole de Netflix. Le 30 juillet, elle a publié un communiqué sur son compte Instagram. Elle y annonce des poursuites judiciaires contre les auteurs de fausses informations sur sa vie privée.
Ester Expósito annonce des poursuites sans nommer personne et vise des publications qu’elle juge « fausses et diffamatoires »
Ester Expósito écrit que des informations « fausses et diffamatoires » ont circulé sur les réseaux sociaux à son sujet. Elle affirme que ces publications cherchent à salir une histoire entre deux personnes et à blesser sa dignité.
L’actrice annonce qu’elle saisira les tribunaux avec ses avocat·es. Le communiqué ne nomme ni les comptes ni les médias visés. Il ne donne pas de calendrier. Excélsior, un quotidien mexicain, relevait le 30 juillet qu’aucune procédure n’était alors annoncée comme engagée.
« Tout n’est pas permis. »
Ester Expósito, dans un communiqué publié sur Instagram, le 30 juillet
Le magazine espagnol ¡Hola!, consacré à l’actualité des célébrités, a rendu compte du communiqué le jour même. Selon lui, les publications visées ont circulé sur le réseau social X. Le magazine les relie à la relation que la presse prête à l’actrice, depuis mars, avec le footballeur Kylian Mbappé. Le communiqué ne cite pas son nom.
Les rumeurs sur Ester Expósito ont circulé sur X, où une fausse information est partagée plus souvent et plus vite qu’une vraie
La vitesse de circulation des fausses informations a été mesurée sur Twitter, l’ancien nom de X. Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral sont chercheurs au Massachusetts Institute of Technology (MIT), une université des États-Unis. Ils ont publié leur étude le 8 mars 2018 dans Science, une revue scientifique états-unienne.
Les trois chercheurs ont suivi environ 126 000 histoires diffusées entre 2006 et 2017. Près de 3 millions de personnes les ont partagées plus de 4,5 millions de fois. Une fausse information y a 70 % de chances de plus d’être partagée qu’une vraie. Une information vraie met environ six fois plus de temps à atteindre 1 500 personnes.
Les robots n’expliquent pas cet écart, qui demeure une fois leurs comptes retirés des données. Les auteurs avancent une hypothèse, sans l’avoir démontrée. Une fausse information surprend davantage, et les internautes partagent ce qui les surprend.
En Espagne, où vit Ester Expósito, huit jeunes femmes sur dix déclarent avoir subi du harcèlement sur les réseaux sociaux
Les jeunes Espagnoles sont très exposées au harcèlement en ligne, selon une étude publique. L’Institut des femmes l’a présentée le 18 mai 2022. Elle s’intitule « Mujeres jóvenes y acoso en redes sociales » (« Jeunes femmes et harcèlement sur les réseaux sociaux »). Le quotidien en ligne espagnol Público en a détaillé les résultats.
80 % des femmes de 16 à 24 ans interrogées déclarent avoir subi du harcèlement sur les réseaux sociaux. Instagram est cité dans 80 % des cas et WhatsApp dans 48 %. Six répondantes sur dix font état de conséquences psychologiques.
La plupart préfèrent demander de l’aide à leurs ami·es plutôt que s’adresser à la police.
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La loi qu’Ester Expósito peut invoquer date de 1982, et l’Espagne prépare un texte qui interdit les indemnisations symboliques
La loi espagnole de 1982 sur l’honneur, l’intimité et l’image doit être remplacée. Selon le ministère espagnol de la Justice, le gouvernement a adopté le 7 juillet un projet de loi organique sur ces trois droits.
Le projet fixe des critères pour calculer les indemnisations. Les juges devront tenir compte de la récidive, de la gravité des propos, de leur retentissement et du bénéfice obtenu. L’indemnisation du préjudice moral ne pourra plus être symbolique. La personne condamnée pourra devoir publier le jugement, avec une audience au moins égale à celle de la publication fautive.
Félix Bolaños, ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec le Parlement, a présenté le projet. Le texte a été transmis au Congrès des députés, la chambre basse du Parlement espagnol. Ester Expósito a publié son communiqué trois semaines après cette adoption.

En France, Ester Expósito aurait trois mois pour porter plainte en diffamation, et 12 % des victimes de cyberviolences sexistes saisissent la justice
En France, une personne visée par ce type de publications peut agir en diffamation. Le site officiel de l’administration, Service-Public, en donne la définition. La diffamation consiste à imputer à une personne un fait qui porte atteinte à son honneur ou à sa réputation. Elle est encadrée par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Une publication que tout le monde peut lire sur un réseau social est une diffamation publique. C’est un délit, puni d’une amende de 12 000 euros. La plainte doit être déposée dans les trois mois qui suivent les faits.
Quand les messages se répètent, le droit français parle de cyberharcèlement. Un groupe peut être poursuivi même si chacun de ses membres n’a agi qu’une fois. La victime dispose alors de six ans pour porter plainte.
Ces recours sont peu utilisés. Dans la Grande Enquête publiée en juin, 12 % des victimes ont porté plainte. Parmi elles, 66 % disent avoir été culpabilisées pendant leurs démarches.
Une enquête plus ancienne décrit la suite donnée aux plaintes. L’institut de sondage Ipsos l’a réalisée à l’automne 2022 pour l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Elle porte sur 216 victimes de 16 à 60 ans. Une sur quatre s’est rendue dans un commissariat ou une gendarmerie. Parmi elles, 70 % déclarent que leur plainte n’a donné lieu à aucune poursuite. Un tiers disent qu’on a refusé d’enregistrer leur plainte, ce que la loi interdit.