Près de 29 000 signalements de sextorsion en ligne ont été enregistrés en France en 2024. Ce nombre a augmenté de 460 % en trois ans. Le chiffre vient de l’Office mineurs (Ofmin), le service de la police nationale spécialisé dans les violences faites aux mineur·es. Le ministère de la Santé et des Familles le cite sur la page qu’il consacre à ce chantage.
La sextorsion consiste à menacer une personne de diffuser des images ou des vidéos intimes d’elle. L’auteur exige en échange de l’argent, de nouvelles images ou des actes sexuels à distance. Les images peuvent avoir été envoyées volontairement, volées lors d’un piratage ou fabriquées par intelligence artificielle.
Une campagne nationale contre la sextorsion est diffusée jusqu’au 14 octobre. Elle s’adresse aux adolescent·es. Ce chantage vise aussi des adultes. Début août, l’animatrice Ayem Nour a dit en être la cible et a publié elle-même ses vidéos intimes. Une étude menée dans dix pays indique que l’auteur est le plus souvent un partenaire ou un ex.

Les signalements de sextorsion ont augmenté de 460 % en trois ans et la campagne nationale vise les 11-17 ans
La campagne en cours a été lancée le 25 septembre sur TikTok et Snapchat. Elle est portée par le ministère de la Santé et des Familles et par la Ciivise. Ce sigle désigne la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Leur communiqué du 28 septembre précise qu’elle s’adresse aux jeunes de 11 à 17 ans.
Ses vidéos mettent en scène la méthode des agresseurs. Ils abordent les adolescent·es sur leurs réseaux sociaux et gagnent leur confiance. Ils se font souvent passer pour quelqu’un d’autre. Stéphanie Rist est la ministre de la Santé et des Familles. Dans le communiqué, elle décrit la sextorsion comme une violence qui touche directement les enfants et les adolescent·es.
Le ministère classe la sextorsion parmi les violences sexuelles et refuse de la réduire à une escroquerie. Il rappelle que la victime n’est jamais responsable du chantage. Le 3018 est le numéro national d’aide aux jeunes victimes de violences numériques. Il a pris en charge 74 % de cas de sextorsion de plus en 2024.
Ayem Nour a publié elle-même ses vidéos pour faire échec à une sextorsion : ce chantage vise aussi les adultes
Les adultes ne sont pas la cible de cette campagne. Le cas d’Ayem Nour, 37 ans, a rappelé pendant l’été qu’ils et elles subissent le même chantage. L’animatrice s’est fait connaître en 2011 dans l’émission de téléréalité « Secret Story ». Le 29 juillet, elle a publié sur Instagram des captures d’écran de menaces, selon Lyon Mag, un site d’information lyonnais.
Elle y affirmait qu’un homme lui réclamait de l’argent pour ne pas diffuser des vidéos intimes. Dans la nuit du 3 au 4 août, elle a mis ces vidéos en ligne elle-même sur MYM, une plateforme de contenus payants. Paris Match Belgique, l’édition belge de l’hebdomadaire, a rapporté ses explications le 5 août.
« Personne ne va faire de l’argent sur mon dos. »
Ayem Nour, dans une story Instagram, début août
Ayem Nour a expliqué qu’elle refusait de vivre au rythme des décisions d’un autre. Elle a ajouté qu’elle n’aurait jamais envisagé cette publication sans ce chantage. Elle a aussi annoncé son intention de porter plainte. Début août, aucune suite judiciaire n’était connue.
Son refus de payer rejoint la première consigne des pouvoirs publics. Le ministère de l’Économie a publié le 2 septembre une fiche pratique sur la sextorsion. Elle indique que le paiement ne met pas fin au chantage et que les demandes augmentent le plus souvent ensuite.
Selon une étude menée dans dix pays, la sextorsion vient le plus souvent d’un partenaire ou d’un ex et sa principale autrice la relie aux violences conjugales
La campagne française décrit un inconnu caché derrière un faux profil. Chez les adultes, la menace vient surtout de l’entourage amoureux. Une étude parue en 2024 dans la revue scientifique Computers in Human Behavior a mesuré la sextorsion dans dix pays. Elle repose sur les réponses de 16 693 adultes en Europe, en Amérique, en Asie et en Australie.
Ses autrices sont Nicola Henry, professeure à l’université RMIT de Melbourne, et Rebecca Umbach, chercheuse chez Google. 14,5 % des personnes interrogées disent avoir déjà été menacées de voir leurs images intimes diffusées. 4,8 % reconnaissent avoir proféré cette menace. Les autrices estiment que ces chiffres sont probablement sous-évalués.
L’auteur le plus cité est un ancien ou un actuel partenaire. Dans la présentation de l’étude par son université, Nicola Henry relie cette menace aux violences au sein du couple. Elle demande que la sextorsion soit abordée quand on parle de violences conjugales.
L’étude compare aussi les groupes entre eux. Les hommes se déclarent un peu plus souvent victimes qu’elles. Les personnes LGBTQ+ et les plus jeunes le sont nettement plus souvent que le reste de la population. Les pays européens étudiés affichent les taux les plus bas, derrière les États-Unis, l’Australie, le Mexique et la Corée du Sud.
Depuis 2024, la loi française punit la sextorsion en ligne de sept ans de prison, deux ans de plus qu’un chantage ordinaire
Le droit français a durci ses peines la même année. Le code pénal ne contient pas le mot « sextorsion ». Il réprime le chantage, défini à l’article 312-10. Ce délit consiste à obtenir de l’argent, un engagement ou un secret en menaçant de révéler des faits qui portent atteinte à l’honneur. Il est puni de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende.
La loi du 21 mai 2024 sur la sécurisation de l’espace numérique a ajouté un cas aggravé. La peine passe à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende quand le chantage est exercé en ligne avec des images sexuelles. Elle est la même quand le chantage sert à obtenir de telles images. Dalloz Actu Étudiant, un site d’actualité juridique, a détaillé ces dispositions.
La diffusion effective des images est une infraction distincte. L’article 226-2-1 du code pénal vise la diffusion d’une image sexuelle sans l’accord de la personne. La peine est de deux ans de prison et de 60 000 euros d’amende. L’accord donné pour l’enregistrement ne vaut pas accord pour la diffusion. Depuis 2024, l’article 226-8-1 punit aussi les montages sexuels générés par intelligence artificielle.
Sextorsion : le 3018, Pharos et la plainte permettent de faire retirer les images et de poursuivre l’auteur
Pour porter plainte, la victime a besoin de preuves. La fiche du ministère de l’Économie donne l’ordre des gestes à suivre. Il ne faut pas payer. Il faut faire des captures d’écran du profil, des menaces et des coordonnées de paiement. Le blocage du compte de l’auteur vient seulement après.
Le 3018 est gratuit, anonyme et confidentiel. Il répond tous les jours de 9 heures à 23 heures, par téléphone, par tchat ou par courriel. Il est géré par l’association e-Enfance et s’adresse aux mineur·es et aux jeunes adultes. Ses équipes peuvent demander aux plateformes le retrait rapide des images.
Pharos est la plateforme de signalement des contenus illégaux du ministère de l’Intérieur. Elle reçoit les signalements d’images diffusées en ligne. Les adultes à qui de l’argent est réclamé peuvent porter plainte en ligne sur Thésée, le service du même ministère consacré aux arnaques sur Internet. La plainte peut aussi être déposée dans tout commissariat ou toute gendarmerie.
Deux autres services complètent ces recours. Le site public Cybermalveillance.gouv.fr propose un diagnostic en ligne et oriente les victimes. StopNCII.org s’adresse aux adultes qui possèdent encore les images concernées. L’outil en tire une empreinte numérique, que les plateformes partenaires utilisent pour repérer et supprimer les copies. La Revenge Porn Helpline, l’association qui le gère, dit avoir fait retirer plus de 300 000 images.