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Édition du samedi 24 octobre 2026
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Post-partum : Barbara Palvin défile pour Victoria’s Secret six semaines après son accouchement, alors qu’aux États-Unis plus de la moitié des salarié·es du privé n’ont pas de congé familial payé

Le 18 octobre, Barbara Palvin a défilé pour Victoria's Secret à Los Angeles six semaines après la naissance de sa fille, et Elsa Hosk environ trois mois après la sienne. Des commentaires ont salué un retour « surhumain », d'autres ont dénoncé un modèle irréaliste pour les jeunes mères, et la mannequin a elle-même décrit, quatre jours plus tard, un post-partum très éloigné du podium. La presse commente ces retours express depuis 2005, alors que les gynécologues des États-Unis recommandent un suivi jusqu'à douze semaines après l'accouchement. Que montre vraiment ce podium du rétablissement des mères ?

Barbara Palvin Décryptage
Barbara Palvin, en 2025. Martin Kraft / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le 18 octobre à Los Angeles, la mannequin hongroise Barbara Palvin, 33 ans, a défilé pour le Victoria’s Secret Fashion Show six semaines après la naissance de sa fille, rapporte le site d’information états-unien The Daily Beast. Barbara Palvin et son mari, l’acteur Dylan Sprouse, avaient annoncé le 28 septembre la naissance de Sylvie, leur premier enfant, née le 7 septembre selon le site d’information Le Tribunal du Net. Sur le même podium, la mannequin suédoise Elsa Hosk a défilé environ trois mois après la naissance de sa deuxième fille, Flora Blue, d’après le site people états-unien The Blast. En quelques heures, ce retour au travail en plein post-partum (la période qui suit l’accouchement) a lancé un débat sur les réseaux sociaux.

Barbara Palvin
Barbara Palvin, en 2025. Martin Kraft / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Elsa Hosk
Elsa Hosk, en 2025. YantsImages / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Barbara Palvin défile six semaines après son accouchement, et le débat porte aussitôt sur le modèle imposé aux autres mères

Dans les coulisses, Barbara Palvin a d’abord présenté ce retour comme ordinaire. Interrogée par le site people Page Six, elle a affirmé répéter à tout le monde que « c’est normal » et a attribué sa récupération rapide à une alimentation saine et à des « exercices légers ». Elle a aussi rapporté son calendrier à celui des salariées des États-Unis, en expliquant que le congé maternité y dure six à huit semaines, une phrase reprise par la chaîne de télévision ABC.

« Le congé maternité, c’est genre six à huit semaines, donc ce n’est pas si important, non ? »

Barbara Palvin, mannequin, en coulisses du Victoria’s Secret Fashion Show, propos rapportés par la chaîne ABC, 19 octobre (traduit de l’anglais)

Les réactions se sont ensuite partagées entre admiration et inquiétude. Le magazine Marie Claire Australie relève qu’un commentaire s’étonnant de la voir défiler alors qu’elle « a accouché genre hier » a reçu plus de 100 000 mentions j’aime, et qu’un autre internaute y voyait « un modèle irréaliste pour la plupart des mères en post-partum ». Un autre commentaire cité par le magazine soulignait que la fortune de Barbara Palvin et le soutien de sa famille lui offraient un privilège dont beaucoup de mères ne disposent pas.

Le quotidien The New York Times rapporte que des commentaires ont qualifié Barbara Palvin de « surhumaine », tandis que de nombreuses jeunes mères ont répondu en publiant des photos de leur ventre après l’accouchement. Ces publications rappelaient qu’une convalescence s’accompagne souvent de saignements pendant plusieurs semaines.

Barbara Palvin sur le podium du Victoria’s Secret Fashion Show à Los Angeles, six semaines après son accouchement, dans un reportage publié par E! News (en anglais)

Les retours express des mannequins font l’actualité depuis 2005, alors que le suivi du post-partum dure jusqu’à douze semaines

Les retours rapides sur le podium sont commentés par la presse depuis au moins le milieu des années 2000. En décembre 2005, le site d’information états-unien Salon revenait sur le défilé Victoria’s Secret de Heidi Klum, mannequin allemande et animatrice de l’émission Project Runway, environ huit semaines après la naissance de son fils Henry. La journaliste Sarah Karnasiewicz y écrivait que ce défilé portait « le culte de la remise en forme post-partum » à de nouveaux sommets.

Heidi Klum
Heidi Klum, en mai. Gabriel Hutchinson / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Quatre ans plus tard, Heidi Klum défilait de nouveau pour la marque six semaines après la naissance de sa fille. Le 20 novembre 2009, la chaîne NBC New York titrait sur sa silhouette « post-bébé » et précisait qu’elle avait « ébloui » le public dans un corset violet. The New York Times rappelle que la mannequin brésilienne Adriana Lima a défilé en 2012 environ huit semaines après un accouchement.

Les recommandations médicales prévoient pourtant un suivi qui dépasse ce calendrier. Depuis 2018, l’American College of Obstetricians and Gynecologists (le collège des gynécologues-obstétricien·nes des États-Unis) préconise un premier contact avec un·e soignant·e dans les trois semaines qui suivent l’accouchement, puis une consultation complète au plus tard douze semaines après, d’après la synthèse publiée par l’association Lamaze International. Le texte demande que le suivi du post-partum devienne « un processus continu plutôt qu’un rendez-vous unique ».

Interrogée par The New York Times, Erin Erenberg, cofondatrice et directrice générale de Chamber of Mothers, une association qui milite pour le congé familial payé, juge « dangereux » de laisser croire que travailler six semaines après un accouchement soit courant ou sain. Elle rappelle que de nombreuses femmes saignent abondamment bien au-delà de six semaines et que la cicatrice d’une césarienne peut mettre beaucoup plus de temps à guérir.

« Ce qui aurait été vraiment radical, c’est de voir sur le podium quelqu’un qui ressemble à une femme en post-partum, comme la plupart des femmes six semaines après l’accouchement. »

Natalia Rachlin, cofondatrice et corédactrice du média Mother Tongue, dans The New York Times, 19 octobre (traduit de l’anglais)

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Quatre jours après le défilé, Barbara Palvin décrit un post-partum très éloigné du podium, comme Ashley Graham avant elle

Quatre jours après le défilé, le 22 octobre, Barbara Palvin a publié sur Instagram des photos des coulisses de ce retour, avec sa fille, sa mère et une poussette, et des meubles de bébé en cours de montage, selon le site people britannique Tyla, qui précise que la marque lui a répondu en commentaire qu’elle était « une superwoman à tous points de vue ». D’après le magazine people OK!, elle y raconte qu’en coulisses, « on cousait littéralement des coussinets d’allaitement » dans ses soutiens-gorge. Elle remercie aussi Victoria’s Secret de l’avoir accueillie « exactement là où [elle en est] » dans son post-partum, selon le site Where Is The Buzz, repris par Yahoo.

« Ce que vous avez vu sur ce podium, c’était moi apprêtée, mais mon quotidien de post-partum est très différent. »

Barbara Palvin, mannequin, sur Instagram, 22 octobre, cité par le magazine OK! (traduit de l’anglais)

Dans le même texte, Barbara Palvin écrit que certains jours, trouver le temps de prendre une douche ou de manger un repas au calme ressemble à « un immense accomplissement ». Elle ajoute que « chaque post-partum est différent » et qu’aucune mère ne devrait ressentir le besoin de se comparer. Ce texte nuance ses déclarations du soir du défilé, où elle présentait son retour comme « normal ».

Avant elle, la mannequin états-unienne Ashley Graham avait montré son ventre tel qu’il était après une naissance. En novembre 2022, elle avait publié en story Instagram une photo de son ventre dix mois après la naissance de ses jumeaux, Malachi et Roman, rapporte l’hebdomadaire Paris Match Belgique.

Ashley Graham
Ashley Graham, en 2018. Ashley Graham / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

« Salut nouveau ventre. Tu es très différent de ce à quoi j’étais habituée. Mais je t’apprécie. »

Ashley Graham, mannequin, en story Instagram, novembre 2022, traduit de l’anglais par Paris Match Belgique

Aux États-Unis, plus de la moitié des salarié·es du privé n’ont pas de congé familial payé, et Barbara Palvin rappelle que beaucoup de mères reprennent après six à huit semaines

Dans son message du 22 octobre, Barbara Palvin relie elle-même son retour à la situation des autres mères. « Reprendre le travail était un choix que j’ai eu la chance de pouvoir faire », écrit-elle, avant d’ajouter qu’aux États-Unis, « tant de femmes sont censées reprendre le travail six à huit semaines seulement après l’accouchement ». Auprès de l’émission Good Morning America, elle disait aussi « être encore en train de guérir ».

Le droit fédéral des États-Unis ne prévoit en effet aucun congé maternité payé. Le Family and Medical Leave Act (la loi fédérale sur les congés familiaux et médicaux) garantit seulement aux salarié·es éligibles jusqu’à douze semaines de congé non rémunéré, avec maintien de leur poste, rappelle Good Morning America. The New York Times souligne, à partir des données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), que les États-Unis sont le seul pays développé à ne pas imposer de congé maternité payé, et que seuls 14 États et le district de Columbia ont rendu obligatoire un congé familial payé.

Selon le Bureau of Labor Statistics, l’institut statistique du ministère du Travail des États-Unis, 49 % des salarié·es du secteur privé avaient accès à un congé familial et médical payé en mars. Barbara Palvin conclut son message en écrivant que « les mères méritent plus de temps, plus de soutien et plus de choix ».

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En France, le post-partum est encadré par la loi, mais la dépression touche près d’une mère sur six deux mois après l’accouchement

En France, le droit encadre davantage le post-partum. Pour un premier ou un deuxième enfant, le congé maternité dure seize semaines, six avant l’accouchement et dix après, et une salariée doit obligatoirement cesser de travailler au moins huit semaines, dont six après la naissance, indique le site officiel de l’administration Service-Public.fr. Depuis le 1er juillet, un congé de naissance d’un ou deux mois s’y ajoute pour chaque parent, indemnisé à environ 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second, selon une dépêche de l’Agence France-Presse reprise par le site Weka.

Le suivi médical a aussi été renforcé. Depuis le 1er juillet 2022, un entretien postnatal précoce est obligatoire entre la quatrième et la huitième semaine après l’accouchement pour repérer les premiers signes de dépression du post-partum, explique le site d’information juridique Previssima. La rééducation périnéo-sphinctérienne (le renforcement des muscles du périnée après l’accouchement) figure parmi les soins pris en charge à 100 % au titre de l’assurance maternité, selon l’Assurance maladie.

Ce chiffre vient de l’Enquête nationale périnatale 2021, menée par Santé publique France, l’agence nationale de santé publique. Selon le septième rapport de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, publié en avril 2024, 272 morts maternelles (des décès liés à la grossesse, survenus pendant celle-ci ou dans l’année qui suit) ont été recensées en France entre 2016 et 2018. Les suicides et les autres causes psychiatriques représentent 17 % de ces décès, ce qui en fait la première cause de mortalité maternelle jusqu’à un an après la fin de la grossesse, avec environ un décès toutes les trois semaines.

Les sources de cet article

  1. The Daily Beast, « Lingerie Model Barbara Palvin Walks Victoria's Secret Show 6 Weeks After Birth », 19 octobre 2026
  2. OK! (via Yahoo Style Canada), « Barbara Palvin Had Nursing Pads 'Sewn Into' Her Bras When She Modeled for the Victoria's Secret Fashion Show Weeks After Giving Birth », 23 octobre 2026
  3. Marie Claire Australie, « Barbara Palvin Victoria's Secret Show 2026 », 19 octobre 2026
  4. Bureau of Labor Statistics, « Employee Benefits in the United States, March 2026 », 25 septembre 2026
  5. Santé publique France, « Enquête nationale périnatale, résultats de l'édition 2021 », 6 octobre 2022
  6. Santé publique France, « Les morts maternelles en France, mieux comprendre pour mieux prévenir. 7e rapport de l'Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles », 3 avril 2024

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