Le 18 octobre, la chanteuse et actrice Selena Gomez a expliqué dans une story Instagram que le vapotage de nicotine avait changé sa voix, et qu’elle ne pourrait pas revenir en arrière. Dans cette vidéo d’une minute, décrite par l’édition australienne du magazine de divertissement Variety, elle dit aussi avoir arrêté récemment. Son témoignage arrive six mois après la publication par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) de chiffres qui montrent que le vapotage quotidien progresse chez les lycéen·nes en France, et en particulier chez les lycéennes de lycée professionnel.
Selena Gomez attribue le changement de sa voix au vapotage de nicotine, et elle décrit une dépendance difficile à quitter
Selena Gomez, 34 ans, joue dans la série Only Murders in the Building, diffusée par la plateforme Hulu, et a fondé en 2020 la marque de maquillage Rare Beauty. Dans cette story, citée par le site culturel états-unien The A.V. Club, elle explique que la nicotine est « tellement difficile à arrêter » et qu’elle espère tenir. Elle dit aux personnes qui vapotent que cela n’en vaut pas la peine.

« J’ai beaucoup vapoté de la nicotine. […] C’est tellement bête, et ça a changé ma voix. »
Selena Gomez, chanteuse, actrice et fondatrice de Rare Beauty, en story Instagram le 18 octobre, citée par The A.V. Club le 19 octobre (traduit de l’anglais)
Lors d’un live Instagram en décembre 2025, interrogée par des fans sur sa voix, Selena Gomez n’avait pas parlé de vapotage et avait seulement expliqué que sa gorge gonflait parfois de l’intérieur, rappelle Variety. Elle vit aussi avec un lupus (maladie auto-immune) diagnostiqué en 2012 et a reçu une greffe de rein en 2017, mais elle n’a pas évoqué ces maladies dans sa vidéo.
Des cordes vocales reconstituées en laboratoire et exposées à la vapeur de cigarette électronique ont subi des lésions, selon une étude de 2022
Selena Gomez n’a pas détaillé ce qui s’était passé dans sa gorge, mais des chercheuses ont étudié les effets de la vapeur sur les cordes vocales. Quand une personne vapote, l’aérosol traverse la gorge, le larynx et les cordes vocales avant d’atteindre les poumons, rappelle une étude publiée le 23 août 2022 dans la revue scientifique Disease Models & Mechanisms par Vlasta Lungova, Kristy Wendt et Susan Thibeault, du département de chirurgie de l’université du Wisconsin à Madison, aux États-Unis.
Susan Thibeault, orthophoniste de formation, est titulaire de la chaire Diane M. Bless en otolaryngologie (la spécialité médicale de l’oreille, du nez et de la gorge) et dirige les consultations de la voix et de la déglutition de l’hôpital universitaire UW Health. Son équipe a fabriqué une muqueuse de cordes vocales humaines à partir de cellules souches pluripotentes induites (des cellules adultes reprogrammées pour devenir n’importe quel type de cellule), puis l’a exposée pendant une semaine à trois extraits de vapeur de cigarette électronique, le premier sans nicotine, le deuxième avec nicotine et le troisième avec nicotine et arôme.
L’extrait de vapeur a abîmé les cellules de surface, où se sont accumulées des particules de lipides (graisses). Pendant la phase de réparation, les tissus se sont remodelés, avec une multiplication des cellules basales, un excès de kératine (la protéine qui durcit la peau) et un épaississement de la membrane basale, la couche qui soutient la muqueuse. La version aromatisée a perturbé douze gènes liés à l’inflammation, plus que les deux autres, et a provoqué des caillots de mucus. Ces changements ressemblaient à ceux que la même équipe avait obtenus en exposant le même modèle à de la fumée de cigarette. L’étude reste une expérience en laboratoire, sur un modèle sans cellules immunitaires.
« Le vapotage représente une menace pour la santé de la muqueuse des cordes vocales et pour la protection des voies respiratoires. »
Vlasta Lungova, Kristy Wendt et Susan Thibeault, université du Wisconsin à Madison, dans Disease Models & Mechanisms, 23 août 2022 (traduit de l’anglais)
Le vapotage quotidien a plus que doublé chez les lycéen·nes depuis 2018, et il touche 12 % des lycéennes de lycée professionnel
En France, l’usage quotidien de la cigarette électronique progresse justement chez les adolescent·es. L’OFDT a publié le 29 avril une analyse de l’enquête EnCLASS 2024. La part de lycéen·nes qui vapotent tous les jours est passée de 2,8 % en 2018 à 6,8 % en 2024. Selon la note de résultats publiée par l’OFDT en février, ce vapotage quotidien touche autant les lycéennes (6,9 %) que les lycéens (6,7 %), et seuls 34,4 % des lycéen·nes estiment que vapoter tous les jours présente un risque important pour la santé.
Les écarts les plus nets séparent en revanche les filières. D’après le numéro 172 de la revue Tendances de l’OFDT, 11,1 % des élèves de lycée professionnel vapotent tous les jours, contre 5,3 % des élèves de lycée général et technologique. Les lycéennes de lycée professionnel arrivent en tête, avec 12 % d’usage quotidien, contre 10,5 % des garçons de la même filière.
Chez ces jeunes, la cigarette électronique ne semble pas servir à remplacer le tabac, selon l’OFDT. Le vapotage quotidien exclusif, sans tabac, est passé de 0,8 % à 4 % des lycéen·nes entre 2018 et 2024, alors que le tabagisme quotidien seul est tombé de 15,5 % à 2,9 %. Les auteurs écrivent que l’usage de la cigarette électronique « ne semble pas être un substitut aux cigarettes de tabac » et qu’il apparaît « de plus en plus, comme un produit complémentaire, voire exclusif ».
Le marketing du vapotage vise les adolescentes avec des arômes sucrés, des appareils pastel et des comptes beauté
Pour comprendre ces chiffres, les auteurs de l’OFDT soulèvent « la question d’un marketing en ligne de plus en plus présent et centré sur les plus jeunes ». Le 30 mai 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié avec l’organisation STOP un rapport intitulé « Hooking the next generation » (« rendre accro la prochaine génération »). Selon la présentation du rapport par l’Organisation panaméricaine de la santé, l’industrie vend des produits aux arômes de barbe à papa ou de chewing-gum, dans des designs colorés qui ressemblent à des jouets.
« L’histoire se répète, car l’industrie du tabac tente de vendre la même nicotine à nos enfants sous un emballage différent. »
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, cité par l’Organisation panaméricaine de la santé, 30 mai 2024

Ce marketing reprend aussi des codes pensés pour les femmes. Le groupe de recherche de l’université Stanford sur la publicité du tabac, fondé en 2007 par le professeur Robert Jackler, archive des dizaines de milliers de publicités. Sa collection consacrée aux cigarettes électroniques qui ciblent les femmes montre des appareils roses, pêche ou pastel, fins comme les cigarettes Virginia Slims, sous des noms comme She Vapes ou Vape Goddess. La marque Cottien s’y vante d’être la cigarette électronique la plus féminine du monde, et certaines publicités suggèrent que vapoter aiderait à rester mince.
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Aux États-Unis, un rapport de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids publié en mai 2021 rappelle que la marque Juul a été lancée avec des publicités montrant des jeunes femmes qui dansent en vapotant. Il indique qu’en 2019, plus de 70 % des collégiennes et lycéennes du pays avaient été exposées à des publicités pour la cigarette électronique.
En France, la loi Evin interdit depuis 1991 la publicité pour le tabac, et cette interdiction s’applique aux produits du vapotage depuis 2016. La loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale interdit aussi aux influenceurs et influenceuses de promouvoir les produits nicotinés. Pourtant, un rapport de l’Alliance contre le tabac publié en mars 2025 a recensé 229 comptes d’influence qui ont publié 948 contenus promotionnels sur Instagram entre 2019 et 2024, qui ont touché plus de 24 millions de personnes. Les marques visaient surtout des comptes de 1 000 à 20 000 abonné·es spécialisés dans la beauté, le lifestyle ou les tests de produits, à qui elles envoyaient des produits gratuits.
« Il est inadmissible que l’industrie du tabac continue de contourner la loi pour promouvoir ses produits. »
Marion Catellin, directrice de l’Alliance contre le tabac, citée par Génération sans tabac, 13 mars 2025
Dans un sondage de l’institut BVA pour l’Alliance contre le tabac mené en 2023 auprès de 1 000 adolescent·es de 13 à 16 ans, 64 % citent la découverte de goûts originaux comme principal attrait de la puff, et 28 % disent avoir envie d’en utiliser quand ils et elles voient d’autres personnes le faire sur les plateformes numériques.
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L’interdiction des puffs est contournée, alors qu’un accompagnement gratuit pour arrêter existe au 39 89
Pour freiner ce succès chez les adolescent·es, le Parlement a voté à l’unanimité l’interdiction des cigarettes électroniques jetables, sur une proposition de loi de Francesca Pasquini, ancienne députée écologiste. La loi du 24 février 2025, qui interdit de vendre ou d’offrir des puffs, est entrée en vigueur le 25 février 2025. Avant l’interdiction, 39,4 % des lycéen·nes avaient déjà essayé une puff, selon l’OFDT.
Depuis, des fabricants contournent l’interdiction des jetables en vendant des modèles rechargeables, a constaté le média en ligne VL Média le 13 août. Cyrille Souviais, chargé de prévention à la Police nationale, y explique qu’on peut s’en procurer « très facilement sur le web, par la revente et dans les petits commerces type épiceries de nuit ».
Pour les personnes dépendantes à la nicotine qui veulent arrêter, le service public Tabac Info Service propose une application gratuite d’accompagnement et répond aussi aux questions sur la cigarette électronique. Sa ligne téléphonique, le 39 89, est non surtaxée et ouverte du lundi au samedi de 8h à 20h, selon Santé publique France. Elle met en relation avec un ou une tabacologue (spécialiste de l’arrêt du tabac) et propose un suivi gratuit. Le 1er octobre, Santé publique France a ouvert les inscriptions à la 11e édition du Mois sans tabac, et l’agence rappelle que 30 jours sans tabac multiplient par cinq les chances d’arrêter durablement.