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Édition du dimanche 11 octobre 2026
Culture · Société
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Canicule : Climloc loue des climatiseurs au prix fort et les médias ont salué sa réussite, alors que la chaleur a causé plus de 7 000 décès en excès

Le 14 juillet, en pleine canicule, Le Parisien a consacré un reportage à Climloc, qui loue des climatiseurs à partir de 12,50 euros par jour. Ce reportage montre aussi comment la débrouille de deux entrepreneurs est racontée comme une réussite. Pourtant, le quotidien a supprimé sa publication après des millions d'affichages et une vague de critiques. Or la canicule ne touche pas tout le monde de la même façon : un foyer sur deux souffre de la chaleur dans son logement. Pourquoi cette location de climatiseurs a-t-elle autant choqué ?

Un climatiseur mobile Décryptage
Un climatiseur mobile. Curpharar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Au moins 1 243 décès en excès ont été enregistrés en France pendant la canicule du 3 au 22 juillet. Les trois quarts de ces décès concernent des personnes de 75 ans et plus. Ces chiffres viennent d’un bilan provisoire de Santé publique France, l’agence nationale de santé publique. Publié le 19 août, il couvre 78 départements, où vivent 78,5 % des habitant·es de l’Hexagone.

Cette canicule, un épisode de fortes chaleurs qui dure plusieurs jours et plusieurs nuits, était la deuxième de l’été. La première, du 17 juin au 2 juillet, avait causé au moins 5 764 décès en excès, selon la même agence. Juillet a été le mois le plus chaud mesuré en France depuis 1900, d’après Météo-France, le service national de météorologie.

Pendant ces semaines de canicule, les climatiseurs ont manqué dans les magasins. Le 2 juillet, l’enseigne Lidl a mis en vente 200 000 climatiseurs et ventilateurs. Des bousculades ont éclaté et la police est intervenue, rapporte L’Express Franchise, un site d’information sur la création d’entreprise. Une jeune société parisienne, Climloc, proposait au même moment de louer ces appareils.

Climloc loue des climatiseurs à partir de 12,50 euros par jour pendant la canicule, et les médias en ont fait une réussite d’entrepreneurs

Climloc loue des climatiseurs mobiles reconditionnés, livrés et installés en deux heures. Victor Nihoul est l’un de ses cofondateurs. L’entreprise a démarré à Paris en juin 2025, d’après une vidéo de ses fondateurs décrite par PhonAndroid, un site d’actualité technologique. La location commence à 12,50 euros par jour, soit 87,50 euros par semaine, livraison et reprise comprises, selon L’Express Franchise.

À ce prix, seize jours de location coûtent autant qu’un appareil neuf. Un climatiseur mobile d’entrée de gamme se vend environ 200 euros, indique ConsoGlobe, un site d’information sur la consommation. Victor Nihoul explique à L’Express Franchise qu’un même appareil sert à cinq ou six client·es par été.

Ce modèle a d’abord été raconté comme une réussite. France 2 lui a consacré un sujet dans son journal de 13 heures, que Climloc a republié sur sa chaîne YouTube. L’entreprise est aussi passée sur la chaîne d’information BFMTV. Le Parisien a titré sa vidéo « On se fait 100 000 euros par jour » et y raconte « l’histoire de deux entrepreneurs vite dépassés ». L’Express Franchise juge de son côté le modèle reproductible dans chaque grande ville.

Le sujet du journal de 13 heures de France 2 sur Climloc, republié par l’entreprise sur sa chaîne YouTube.

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Le Parisien a supprimé sa publication sur Climloc en pleine canicule, après plus de 11 millions d’affichages et une vague d’avis négatifs

Ce récit de réussite a été rejeté en quelques jours. Le Parisien a publié son reportage le 14 juillet, pendant la deuxième canicule de l’été, et l’a relayé sur le réseau social X. La publication a dépassé 11 millions d’affichages, puis le quotidien l’a supprimée. 75 Secondes, un site d’actualité en ligne, a rapporté ces faits le 17 juillet.

Des client·es dénoncent des prolongations de location facturées plus de 100 euros par jour. Les prix sont fixés par un algorithme qui suit l’offre et la demande, et ils montent donc quand il fait chaud. Des internautes accusent enfin l’entreprise d’avoir vidé les magasins pour relouer les appareils plus cher.

La contestation s’est aussi exprimée sur Trustpilot, une plateforme d’avis de consommateur·rices. La page de Climloc y affichait, le 11 octobre, une note de 2,2 sur 5 pour 116 avis. Sept avis sur dix lui donnent une seule étoile. Ils citent les prix, les retards de livraison et des installations incomplètes. La plateforme précise qu’elle ne vérifie pas les faits décrits.

Le reportage vidéo du « Parisien » sur Climloc, sur la chaîne YouTube du quotidien.

Climloc répond que la canicule a vidé les rayons sans elle et que ses prix couvrent la livraison et l’installation

L’entreprise a répondu à ces accusations dans un long communiqué signé de Victor Nihoul. Grégory Rouland, avocat, en résume le contenu dans une analyse publiée le 21 juillet sur son blog professionnel. Climloc y affirme qu’elle n’est pas responsable des ruptures de stock. Elle dit importer une partie de ses appareils d’autres pays européens.

Le communiqué défend aussi les tarifs. Selon l’entreprise, ils comprennent le transport, la livraison, l’installation, l’entretien, les réparations et la reprise de l’appareil. La hausse des prix pendant une canicule viendrait de la rareté du matériel. Climloc assure qu’elle applique des tarifs préférentiels aux personnes âgées, aux femmes enceintes et aux établissements de santé. Elle précise qu’elle n’a pas payé le reportage à l’origine de la polémique.

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Pendant une canicule, un foyer sur deux souffre de la chaleur chez lui, et les ménages modestes occupent les logements les plus exposés

La polémique porte sur un produit dont la plupart des foyers sont privés. Près d’un logement sur quatre est climatisé, selon l’Ademe, l’agence publique de la transition écologique, citée par ConsoGlobe. Les autres foyers subissent la chaleur à l’intérieur. 49 % des foyers disent avoir souffert de la chaleur dans leur logement, d’après le baromètre 2025 du médiateur national de l’énergie. Cette autorité publique règle les litiges entre les ménages et leurs fournisseurs.

Ce chiffre est repris dans un dossier publié en juin par Rénovons, un collectif de trente associations et entreprises qui défend la rénovation énergétique. Selon ce dossier, les ménages modestes sont plus touchés. Leurs logements sont plus petits, plus souvent situés sous les toits et moins faciles à aérer. Ils se trouvent davantage dans des quartiers où la chaleur s’accumule.

« Un logement sur deux ne protège pas des fortes chaleurs. »

Maider Olivier, de la Fondation pour le logement des personnes défavorisées, dans le dossier de presse du collectif Rénovons, en juin

Pour un foyer qui n’a pas pu acheter d’appareil avant la pénurie, un mois de location coûte environ 290 euros, selon ConsoGlobe. C’est plus que le prix d’un appareil d’entrée de gamme.

En France, louer un climatiseur au prix fort pendant une canicule est légal, alors que vendre de l’eau à la sauvette est un délit

Le droit français n’interdit pas ce commerce. Acheter des appareils pour les louer est permis, écrit Grégory Rouland. Faire varier un prix selon la demande l’est aussi, comme le font les compagnies aériennes. Une entreprise se met en tort si elle trompe sa clientèle sur le prix final. L’avocat ajoute que les accusations les plus graves ne reposent à ce jour sur aucune décision de justice.

Les contrôles de l’État rendus publics cet été portent sur la vente de climatiseurs. La DGCCRF, l’administration chargée de la répression des fraudes, a reçu plus de 700 signalements sur des achats de climatiseurs depuis le 1er juin. Le site NeozOne a rapporté ce chiffre le 29 juillet. La députée Michèle Tabarot (Droite républicaine, Alpes-Maritimes) a interrogé le gouvernement sur ces fraudes. La réponse, publiée le 15 septembre, fait état de cinq injonctions et d’un procès-verbal pénal. Elle ne cite pas Climloc.

Michèle Tabarot
Michèle Tabarot, en 2018. Lukasz Kobus / Union européenne / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

La revente dans la rue relève d’un autre régime. Pendant une canicule, revendre des bouteilles d’eau fraîche sur un trottoir sans autorisation constitue une vente à la sauvette. L’article 446-1 du Code pénal la punit de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende.

Les sources de cet article

  1. Santé publique France, « Canicule et santé : excès de mortalité durant l'épisode de canicule du 3 au 22 juillet 2026 », 19 août 2026
  2. Collectif Rénovons, dossier de presse « Rénovation énergétique des logements : une réponse à la surchauffe », juin 2026
  3. L'Express Franchise, Frederic Canestrari, « 87,50€ par semaine pour être au frais », 17 juillet 2026
  4. 75 Secondes, Lise L, « Climloc dans la tourmente : entre bon plan et accusation d'arnaque », 17 juillet 2026
  5. Grégory Rouland, avocat, « Le scandale CLIMLOC : notre point de vue juridique », 21 juillet 2026
  6. Assemblée nationale, question écrite n° 17257 de Michèle Tabarot et réponse du gouvernement, 15 septembre 2026
  7. Trustpilot, page d'avis de climloc.fr, consultée le 11 octobre 2026

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