Plus de 22 000 femmes vivent sans domicile dans le comté de Los Angeles, selon le recensement annuel publié cet été. La chaîne locale Spectrum News 1 a rapporté ce chiffre de 22 232 femmes dans un reportage du 1er août. Le comté compte au total environ 73 000 personnes sans domicile, d’après les résultats rendus publics le 24 juillet.
Ce décompte est réalisé chaque hiver par la LAHSA, l’agence publique qui coordonne l’aide aux personnes sans domicile à Los Angeles. Il compte les femmes sans-abri qui dorment dehors ou dans un véhicule, et celles qui passent la nuit dans un hébergement d’urgence.
Le 10 octobre, le Downtown Women’s Center, une association de Los Angeles qui accompagne les femmes sans domicile, a tenu son gala annuel. Il a récolté un record de 3,2 millions de dollars, selon le communiqué de l’association. La soirée honorait la chanteuse et actrice états-unienne Miley Cyrus et sa mère, Tish Cyrus-Purcell.
La Miley Cyrus Foundation y a annoncé un don d’un million de dollars. Il va à la campagne de financement de l’association, qui construit Rosa’s Place, un immeuble de 97 logements dans le quartier de Skid Row.
Rosa’s Place doit loger 97 femmes sans-abri à l’automne 2027, et presque doubler les logements permanents de l’association
Skid Row est le quartier du centre de Los Angeles où se concentrent les personnes sans domicile et les services qui leur viennent en aide. Le Downtown Women’s Center y a son siège, sur San Pedro Street. Rosa’s Place s’élève sur ce même site.
L’immeuble comptera sept étages et 97 studios, selon l’annonce du lancement du chantier, en mars 2025. Ce sont des logements accompagnés permanents (des logements sans limite de durée, avec un suivi social et médical sur place). Le rez-de-chaussée accueillera 17 bureaux pour ces services.
Le 29 juillet, l’association a fêté la mi-parcours du chantier. Sa capacité de logement permanent passera de 119 à 216 logements, soit presque le double. L’office public du logement de la ville versera près de 54 millions de dollars d’aide au loyer sur le long terme.
Les premières habitantes doivent emménager à l’automne 2027. Amy Turk, directrice générale du Downtown Women’s Center, l’a confirmé à Spectrum News 1. Les logements accueilleront des femmes qui sortent de la rue et des victimes de violences de genre. Ce terme désigne les violences exercées en raison du genre, comme les violences conjugales ou sexuelles.

Miley Cyrus soutient l’association depuis décembre 2024. Sa fondation, issue de la Happy Hippie Foundation qu’elle avait créée en 2015, a d’abord rénové l’accueil de jour du centre. Plus de 200 femmes y passent chaque jour, et le centre accompagne près de 5 000 femmes par an.
La chanteuse et sa mère ont aussi conseillé l’association sur l’aménagement intérieur de Rosa’s Place, selon le même communiqué.

« C’est un honneur de soutenir le DWC, qui donne aux femmes la possibilité de guérir, de se reconstruire et de se sentir chez elles. »
Miley Cyrus, dans le communiqué du Downtown Women’s Center, le 12 octobre (traduit de l’anglais)
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Le Downtown Women’s Center est né en 1978 d’une amitié avec Rosa Arzola, quand les services de Skid Row accueillaient peu les femmes sans-abri
Le nom de l’immeuble renvoie à l’histoire de l’association. En 1975, Rosa Arzola vivait sur un parking de Skid Row. Jill Halverson, ancienne volontaire du programme de volontariat international du gouvernement des États-Unis, travaillait alors dans le quartier auprès des personnes à la rue.
Des hommes qu’elle accompagnait lui ont présenté Rosa Arzola. « C’était une femme qui vivait à Skid Row, et elle poussait un caddie », a-t-elle raconté à Spectrum News 1.
Rosa Arzola avait fait le ménage et la cuisine chez des familles, rapporte l’association. Ses troubles psychiatriques se sont aggravés quand elle avait une vingtaine d’années. Elle a ensuite fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, puis s’est retrouvée à la rue.
Elle faisait partie des nombreuses femmes touchées par la désinstitutionnalisation (la fermeture des hôpitaux psychiatriques publics de Californie). À l’époque, les services du quartier répondaient mal aux besoins de base des femmes, selon l’association.
En 1978, Jill Halverson a ouvert le Downtown Women’s Center avec ses propres ressources. Le lieu offrait des repas chauds, des douches, des vêtements et un endroit sûr pendant la journée.
« J’ai pensé que je pouvais créer un lieu où les femmes pourraient entrer, être en sécurité, trouver quelque chose à manger. »
Jill Halverson, fondatrice du Downtown Women’s Center, à Spectrum News 1, le 1er août (traduit de l’anglais)
À Los Angeles, plus de neuf femmes sans-abri sur dix ont subi des violences, et celles d’un partenaire font le plus souvent perdre le logement
Rosa’s Place réserve une partie de ses logements aux victimes de violences, car les deux situations se recoupent. En 2022, 586 femmes sans domicile du comté de Los Angeles ont répondu à une enquête menée par l’Urban Institute, un centre de recherche de Washington.
Ses résultats, publiés en juillet 2023, sont nets. Plus de neuf femmes sur dix y déclarent avoir subi au moins une forme de violence au cours de leur vie.
Parmi toutes ces violences, les menaces ou les coups d’un partenaire sont ceux qui ont le plus souvent fait perdre un logement. C’est le cas pour 21,4 % des femmes interrogées, soit une sur cinq. Chez celles qui ont subi des violences, la part monte à près d’une sur deux.
La rue expose aussi à de nouvelles violences. Une femme sur cinq dit avoir été contrainte à un acte sexuel pendant qu’elle était sans domicile.
Plus de la moitié des femmes interrogées citent le sentiment d’insécurité comme le premier frein pour aller dans un centre d’hébergement. Chez les plus de 65 ans, deux sur trois vivaient leur toute première période sans domicile.
Le Downtown Women’s Center indique que les femmes âgées sont désormais le groupe dont le nombre augmente le plus vite parmi les personnes sans domicile.
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En France, les maraudes rencontrent une femme pour quatre hommes, mais les femmes sans-abri restent sous-comptées car elles se cachent
En France, les chiffres disent la même difficulté à voir ces femmes. La dernière enquête nationale de l’Insee et de l’Ined date de 2012.
Elle comptait au moins 141 500 personnes sans domicile dans l’Hexagone. Les femmes en représentaient 38 %, soit près de deux sur cinq, selon l’Institut national d’études démographiques.
Environ une personne sans domicile sur dix dormait dans la rue, et c’étaient surtout des hommes. La plupart des femmes étaient hébergées dans des centres, des hôtels ou des logements d’associations.
Le nombre de personnes sans domicile a fortement augmenté depuis. La Fondation pour le logement des défavorisés, l’ancienne Fondation Abbé Pierre, l’estime à environ 350 000 en 2025, dans son rapport du 3 février.
En mai 2025, la Fédération des acteurs de la solidarité, qui réunit les associations de lutte contre l’exclusion, a interrogé 194 structures. Dans son enquête, les femmes représentent 19,2 % des personnes rencontrées par les maraudes en 2024.
Les maraudes croisent donc environ une femme pour quatre hommes. Dans les accueils de jour mixtes, les femmes forment un quart du public. Deux structures sur trois voient pourtant plus de femmes qu’en 2020.
Les auteurs de l’enquête jugent ces chiffres inférieurs à la réalité. Les femmes évitent d’être repérées pour se protéger. « Elles essaient d’être le plus invisible possible », décrit une équipe de maraude.
À Paris, la Nuit de la Solidarité, le décompte annuel des personnes à la rue, a eu lieu dans la nuit du 22 au 23 janvier. Les équipes ont recensé 3 858 personnes sans solution d’hébergement, selon la Ville de Paris.
Les femmes représentaient 11 % de ces personnes, contre 14 % en 2025. La Ville appelle à nuancer cette baisse. Ce soir-là, 1 350 places du plan Grand Froid étaient ouvertes, et le décompte reste un minimum.
Les associations françaises relèvent les mêmes violences contre les femmes sans-abri, et peu d’accueils leur sont réservés
Les violences décrites à Los Angeles se retrouvent dans les structures françaises. Selon la même enquête de la fédération, 91 % des structures disent recevoir des femmes qui déclarent des violences.
À la Halte Femmes, un accueil de jour parisien, une étude de l’association Aurore et du Samusocial de Paris a relevé 370 faits de violence. Ils concernent plus de neuf femmes sur dix. Les structures interrogées citent d’abord les violences conjugales et les violences subies à la rue.
Une équipe de maraude rapporte que toutes les femmes qu’elle a interrogées ont subi au moins une fois des violences sexuelles.
Ces femmes restent longtemps sans solution. Une femme seule passe en moyenne 38 mois à la rue avant d’obtenir un hébergement, contre 10 mois pour une famille, selon l’enquête.
La mixité des lieux d’accueil les éloigne aussi. La moitié des accueils de jour mixtes disent qu’elle décourage les femmes de venir régulièrement. Seuls 27 % proposent des temps d’accueil réservés aux femmes.
La formation suit mal. Une équipe sur cinq seulement a reçu une formation spécifique pour accompagner les femmes.
Le Downtown Women’s Center a fait dès 1978 le choix d’un lieu pensé pour les femmes. Rosa’s Place prolonge ce choix avec 97 logements.