Dans un entretien publié le 19 octobre par l’édition états-unienne du magazine Elle, l’actrice Hunter Schafer révèle avoir eu une chirurgie d’affirmation de genre en décembre 2025. Hunter Schafer, 27 ans, est connue pour le rôle de Jules Vaughn dans la série Euphoria, diffusée par la chaîne HBO depuis 2019. Elle parle d’une « bottom surgery », une chirurgie génitale, qui fait partie des chirurgies d’affirmation de genre (opérations qui modifient l’anatomie pour la faire correspondre à l’identité de genre de la personne). Son témoignage paraît alors qu’aucun personnage trans n’apparaît dans les films des grands studios sortis en 2025, et donc aucune femme trans, selon le dernier rapport de l’association états-unienne GLAAD, qui surveille la représentation des personnes LGBTQ+ dans les médias.

Hunter Schafer raconte dans Elle sa chirurgie d’affirmation de genre et la tension entre l’idéal queer et la vie réelle
« J’ai eu une chirurgie génitale en décembre, c’était incroyable, et je l’adore », a déclaré Hunter Schafer au magazine Elle, selon le magazine états-unien de l’industrie du divertissement Variety. L’actrice explique qu’elle a longtemps assumé la part d’elle qui ne se conforme pas aux normes de genre, ce que l’anglais appelle « gender-expansive ». Elle a d’abord voulu garder son anatomie d’origine, parce qu’elle y voyait quelque chose de « vraiment cool et audacieux », rapporte Variety.
Hunter Schafer décrit ensuite ce qu’elle appelle « la chose magique de la queerness » (le fait de vivre hors des normes de genre et de sexualité), c’est-à-dire la possibilité d’évoluer au fil de sa vie. Elle oppose cette vision à la manière dont elle s’applique « dans la vraie vie, dans le contexte du monde dans lequel nous vivons », et ajoute qu’il y a « toujours une tension » entre les deux.
« Sur le plan idéologique, il s’agit de possibilité, d’expansion et d’évolution, de faire ce chemin et de se trouver. »
Hunter Schafer, actrice, dans le magazine Elle, 19 octobre, citée par Variety (traduit de l’anglais)
Selon l’agence de presse britannique Press Association, reprise par le quotidien The Irish News, l’actrice a conclu que la transition médicale était le bon choix pour elle, tout en rappelant que l’expérience de chaque personne trans est différente. « Peut-être que c’est une bonne chose de le partager, pour la tension dont je parlais entre ces deux mondes », explique-t-elle, avant de résumer sa place aujourd’hui en deux phrases, « Je suis une femme. Je suis une fille. »
Hunter Schafer a longtemps refusé d’être réduite à sa transidentité, mais s’est engagée contre la loi HB2 puis contre le décret de Donald Trump sur les passeports
Cette prise de parole tranche avec la réserve que l’actrice s’imposait jusqu’ici. En 2024, Hunter Schafer expliquait au magazine masculin états-unien GQ, cité par Variety, qu’elle évitait volontairement le mot « trans » en interview. Sans cette précaution, disait-elle, chaque article commencerait par l’étiquette « actrice transsexuelle ». Elle ajoutait qu’on lui avait proposé « des tonnes de rôles trans » et qu’elle ne voulait pas les jouer.
Après Euphoria, dont la troisième saison a été diffusée du 12 avril au 31 mai, Hunter Schafer a choisi des rôles sans lien avec la transidentité, comme Tigris Snow dans le préquel de Hunger Games sorti en 2023 ou l’héroïne du film d’horreur Cuckoo en 2024. Elle jouera prochainement dans Blade Runner 2099, une minisérie de la plateforme Amazon.
Hunter Schafer s’est pourtant engagée publiquement à plusieurs reprises. En 2016, à 17 ans, elle était la plus jeune plaignante d’un recours contre la loi HB2 de Caroline du Nord, surnommée « bathroom bill » parce qu’elle restreignait l’accès des personnes trans aux toilettes publiques. En février 2025, elle a révélé que son nouveau passeport portait la mention « M » alors qu’elle avait coché « féminin ». Selon l’agence de presse états-unienne Associated Press, ce changement découle du décret signé par le président Donald Trump dès son premier jour au pouvoir, qui ne reconnaît que deux sexes, masculin et féminin, sur les documents officiels.
« Cela ne change rien à qui je suis ni à ma transidentité. En revanche, cela me rend la vie un peu plus difficile. »
Hunter Schafer, actrice, à l’agence Associated Press, 22 février 2025 (traduit de l’anglais)
Dans Elle, l’actrice revient aussi sur les règles d’accès aux toilettes. Selon le site d’information LGBTQ+ britannique PinkNews, elle compare les recommandations britanniques sur les espaces non mixtes, publiées après la décision de la Cour suprême du Royaume-Uni d’avril 2025 sur la définition légale de la femme, à la loi HB2. « Vous pouvez en faire une loi, mais allez-vous poster un petit policier du genre devant les toilettes ? », demande-t-elle.
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Les femmes trans ont longtemps été « trompeuses » ou « pathétiques » au cinéma, deux stéréotypes décrits par Julia Serano
Les rôles trans que Hunter Schafer refuse s’inscrivent dans une histoire du cinéma analysée par Julia Serano, biologiste, autrice et femme trans, dans l’essai « Skirt Chasers », d’abord paru dans le magazine états-unien Bitch, puis repris comme deuxième chapitre de son livre Whipping Girl, publié en 2007. Elle y distingue deux figures de femmes trans à l’écran, la « trompeuse » (deceptive) et la « pathétique » (pathetic).

La « trompeuse » est un personnage qui passe pour une femme cisgenre (dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance) et sert de rebondissement au scénario. Julia Serano écrit qu’elle est généralement démasquée par quelqu’un d’autre « de manière humiliante, souvent violente », puis punie. Elle cite The Crying Game (1992) et Ace Ventura, détective chiens et chats (1994). La « pathétique » ne parvient jamais à passer pour une femme. Julia Serano range dans cette catégorie Roberta Muldoon dans Le Monde selon Garp (1982), ainsi que Bernadette dans Priscilla, folle du désert (1994).
« Les transsexuelles « pathétiques » veulent peut-être être des femmes, mais leur apparence et leurs manières masculines les trahissent toujours. »
Julia Serano, biologiste et autrice, « Skirt Chasers », repris dans Whipping Girl, Seal Press, 2007 (traduit de l’anglais)
Julia Serano relève aussi que les médias s’intéressent surtout à la transformation des femmes trans. Selon elle, les reportages cherchent à filmer des femmes trans en train de mettre du rouge à lèvres, une robe et des talons. Elle en conclut que presque toutes les tentatives de tourner les femmes trans en dérision reposent sur une misogynie implicite, une idée qu’elle développe dans Whipping Girl sous le nom de transmisogynie.
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Aucun personnage trans dans les 225 films des grands studios sortis en 2025, alors que Hunter Schafer veut une comédie romantique avec une femme trans
L’histoire de ces représentations est le sujet du documentaire Disclosure, réalisé par Sam Feder et mis en ligne par Netflix le 19 juin 2020, qui revient notamment sur Ace Ventura. L’actrice Laverne Cox en est la productrice exécutive et y témoigne, selon le site culturel Remezcla. Le site de l’émission Today de la chaîne NBC cite cette phrase de Laverne Cox, extraite de la bande-annonce.

« La façon dont les personnes trans ont été représentées à l’écran a suggéré que nous ne sommes pas réel·les. »
Laverne Cox, actrice et productrice exécutive, dans la bande-annonce de Disclosure, Netflix, 2020, citée par le site de l’émission Today de NBC (traduit de l’anglais)
Six ans après ce documentaire, les personnages trans sont absents des films des grands studios. Le rapport Where We Are in Film, publié par GLAAD le 9 juillet, a étudié les films sortis en 2025 par dix studios, dont Netflix et les studios Disney. Selon le magazine LGBTQ+ canadien Xtra, aucun des 225 films analysés ne comptait de personnage trans. La part des films comprenant au moins un personnage LGBTQ+ est passée de 23,6 % en 2024 à 20,4 % en 2025. Sarah Kate Ellis, présidente de GLAAD, prévient que l’industrie « risque de perdre une génération » si elle n’investit pas dans ces personnages.
Dans Elle, Hunter Schafer formule justement un projet. « J’aimerais vraiment voir une comédie romantique avec une fille trans », dit-elle, selon PinkNews. Elle précise qu’elle aimerait faire exister ce film.
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Aux États-Unis, une minorité de femmes trans ont recours à la chirurgie génitale, et le droit français ne l’exige plus depuis 2016
L’opération dont parle Hunter Schafer reste minoritaire parmi les femmes trans. L’enquête U.S. Transgender Survey a été menée à l’été 2015 par l’association National Center for Transgender Equality auprès de 27 715 personnes trans adultes aux États-Unis. Selon les recommandations de 2021 des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’agence fédérale de santé publique des États-Unis, 12 % des femmes trans interrogées avaient eu une vaginoplastie (création chirurgicale d’un vagin), et environ la moitié l’envisageaient.
En France, la loi n’impose plus d’opération pour changer la mention du sexe à l’état civil. Avant 2016, les tribunaux exigeaient la preuve du « caractère irréversible de la transformation », ce qui imposait en pratique une opération ou un traitement stérilisant. Le 6 avril 2017, dans l’arrêt A.P., Garçon et Nicot c. France, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour violation du droit au respect de la vie privée, selon le site juridique Le Monde du droit. La Cour a jugé que cette condition obligeait les personnes concernées à renoncer à leur intégrité physique.
Entre-temps, la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle, adoptée le 18 novembre 2016, avait réformé la procédure. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 25 décembre 2018, le gouvernement indique qu’aucune pièce médicale n’est exigée pour demander ce changement. Une femme trans peut donc obtenir la mention « féminin » à l’état civil sans avoir eu d’opération.