Le ventre de Zendaya ne vous appartient pas

Le 22 décembre 2025, Sam Holland poste sur Instagram des photos d’une sortie en famille au Traitors Live Experience à Londres. On y voit Zendaya avec Tom Holland et ses parents. En quelques heures, les rumeurs explosent : elle est enceinte. Aucune annonce. Aucune confirmation. Juste une photo ordinaire que des inconnus décortiquent pour en tirer des conclusions sur son corps sans son consentement.

Les commentaires arrivent par vagues. « Elle cache son ventre avec son sac. » « Son visage est plus rond. » « Le manteau oversized, c’est textbook. » « Annonce en avril 2026. » La vidéo circule, les captures d’écran tournent, les comptes fans partagent les « preuves ». La spéculation est visionnée des centaines de milliers de fois avant que quiconque pense à se demander si Zendaya a eu envie, elle, de partager quoi que ce soit sur son corps ce jour-là.

Elle ne l’avait pas demandé. Elle ne le demande jamais. Ça ne change rien.

Un schéma qui se répète

Ce n’est pas la première fois. En 2022, un utilisateur TikTok poste une fausse échographie retouchée pour ressembler à un post Instagram de Zendaya. La vidéo se termine par une blague. Mais le mal est fait : les rumeurs explosent. Zendaya réagit sur Twitter, exaspérée : « C’est pour ça que je reste loin de Twitter. Inventer des trucs sans raison, toutes les semaines. »

Darnell Appling, son assistante et amie de longue date, fait un live Instagram pour dénoncer les fausses rumeurs. Elle dit quelque chose qui mérite d’être cité directement : « L’année dernière, vous avez fait en sorte que sa grand-mère de 95 ans l’appelle pour lui demander si elle était enceinte. Elle travaillait, elle tournait un film, et vous tous, parce que vous ne l’avez pas vue sur Instagram ou sur les réseaux sociaux, vous avez affirmé qu’elle était enceinte. »

Sa grand-mère de 95 ans.

Trois ans plus tard, décembre 2025, le même schéma se répète à l’identique. Vêtements amples, sac tenu devant le ventre, visage « plus rond » selon des inconnus qui n’ont jamais rencontré Zendaya. Le verdict tombe en quelques minutes. Pas de point d’interrogation dans les commentaires : des affirmations.

Ce que ça fait aux personnes concernées

La séquence Zendaya n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un pattern documenté, qui touche des célébrités avec des profils très différents, et qui produit à chaque fois les mêmes dégâts.

Adèle Exarchopoulos a vécu la même chose en France en septembre 2025. Paris Match publie des photos paparazzi d’elle marchant dans les rues de Paris avec François Civil, avec un titre en couverture suggérant une grossesse. François Civil dément publiquement dans Le Figaro : « Ce sont des photos complètement volées. L’information relayée en couverture est fausse. On se sent volés de moments de vie. » Adèle répond elle-même dans le podcast Sally, avec humour : « On a dit que j’étais enceinte alors que c’est faux. J’avais juste mangé libanais. » Puis elle ajoute quelque chose de plus grave : « Imagine que c’était vrai et que je n’avais pas pu l’annoncer moi-même. »

C’est ça, le vrai sujet. Même si la rumeur avait été vraie, elle aurait volé à Adèle le droit d’annoncer elle-même cette nouvelle à sa famille, à ses proches, au moment qu’elle aurait choisi. Le « scoop » d’un inconnu sur Instagram aurait supplanté son propre récit de sa propre vie.

Jennifer Aniston vit avec ça depuis plus de vingt ans. Après son divorce avec Brad Pitt en 2005, les spéculations sur une possible grossesse n’ont jamais cessé. En 2016, épuisée, elle publie un essai dans le HuffPost intitulé « For the Record » : « Je ne suis pas enceinte. Ce dont je suis remplie, c’est de lassitude. Je suis épuisée par la surveillance sportive et le body-shaming qui se produisent quotidiennement sous couvert de ‘journalisme’. L’objectification et la surveillance que nous infligeons aux femmes sont absurdes et troublantes. »

Elle ajoute : « Si je suis un symbole pour certains, alors je représente clairement la lentille à travers laquelle nous, en tant que société, regardons nos mères, filles, sœurs, épouses, amies et collègues féminines. » Ce n’est pas une hyperbole. C’est une description.

Quand la curiosité devient cruelle

Le cas de Chrissy Teigen illustre à quel point ces spéculations peuvent faire du mal de façon concrète. En février 2022, elle annonce publiquement qu’elle suit un nouveau cycle de FIV après avoir perdu son fils Jack en septembre 2020 à vingt semaines de grossesse. Les traitements de FIV provoquent des gonflements abdominaux importants à cause des hormones injectées. Résultat : des spéculations constantes sur une possible grossesse. Elle supplie publiquement sur Instagram : « Je vous en prie humblement, arrêtez de me demander si je suis enceinte. Même si je sais que c’est dit avec des intentions excitées et bienveillantes, c’est difficile à entendre parce que je suis l’opposé d’enceinte. Arrêtez de demander aux gens, à n’importe qui, s’ils sont enceints. »

À n’importe qui. Pas seulement aux célébrités. Parce que derrière chaque question « tu es enceinte ? », il peut y avoir une personne en deuil périnatal, une personne sous traitement hormonal, une personne qui a perdu une grossesse la semaine précédente et n’a pas encore trouvé les mots pour le dire à sa famille. La question n’est jamais aussi innocente qu’elle semble l’être.

Ce que cette surveillance dit de nous

Ce qui se passe avec Zendaya, Adèle, Jennifer ou Chrissy n’est pas réservé aux personnalités publiques. C’est le reflet amplifié de ce que vivent les femmes et toutes les personnes pouvant être enceintes dans leur vie quotidienne : au travail, en famille, dans la rue. Les mêmes regards scrutateurs sur le ventre après trente ans. Les mêmes questions non sollicitées aux repas de famille. Les mêmes commentaires sur les vêtements « plus amples ».

Ce pattern révèle quelque chose de structurel : les corps des personnes pouvant être enceintes sont sous observation constante, grossesse ou non. Il y a toujours quelque chose à commenter, à analyser, à valider ou à questionner. Cette surveillance est l’héritage direct de logiques dans lesquelles la valeur des corps féminisés est évaluée à l’aune de leur fonction reproductive. Enfant ou pas d’enfant. Enceinte ou pas. Dans les deux cas, le corps est un sujet public avant d’être une vie privée.

Une photo de famille à Londres par temps froid, avec un manteau d’hiver. Voilà ce qu’il aura suffi pour que des centaines de milliers de personnes se sentent autorisées à se prononcer sur le corps de Zendaya. Elle n’avait rien demandé. Elle ne leur devait rien. Ce détail mérite d’être gardé en tête la prochaine fois qu’on s’apprête à faire la même chose, à n’importe qui.

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