En France, 18 % des personnes de 18 à 49 ans déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations. Elles étaient 14 % dix ans plus tôt. Ces chiffres viennent d’une étude de l’Insee, l’institut national de la statistique, publiée en 2022. Elle exploite l’enquête Trajectoires et Origines 2, menée en 2019 et 2020 avec l’Ined, l’Institut national d’études démographiques. Parmi les personnes qui déclarent une discrimination, 2 % ont porté plainte. Le testing SOS Racisme de cet été documente l’une de ces situations, l’accès aux loisirs.
Un testing, ou test de discrimination, compare l’accueil réservé à des personnes au profil semblable, qui ne diffèrent que par leur origine supposée. SOS Racisme, une association antiraciste fondée en 1984, emploie cette méthode depuis les années 1990. Le testing SOS Racisme de juillet a visé 40 établissements du Sud, soit 23 plages privées et 17 établissements de nuit. L’association a rendu ses résultats publics le 28 juillet.
Refuser un service à une personne en raison de son origine est un délit. Dans un lieu qui accueille du public, la peine peut atteindre cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Le 17 août, SOS Racisme a annoncé le dépôt de huit plaintes.
Le testing SOS Racisme a relevé des discriminations dans quatre plages privées sur 23 et dans quatre établissements de nuit
Le testing SOS Racisme s’est déroulé les 24, 25 et 26 juillet. Il a concerné sept communes : Montpellier, Palavas-les-Flots, La Grande-Motte, Marseille, Aix-en-Provence, Nice et Antibes. Trois groupes de trois personnes, composés d’hommes et de femmes, se présentaient à tour de rôle dans chaque établissement. L’association décrit un groupe « perçu comme noir », un groupe « perçu comme arabe » et un groupe « perçu comme blanc ». Le Courrier de l’Atlas, un magazine consacré à l’actualité du Maghreb en Europe, rapporte ces précisions.
Selon Franceinfo, le média public d’information en continu, quatre plages privées et quatre établissements de nuit ont pratiqué une discrimination. Pour les plages, cela représente 17 % des 23 lieux testés. Pour les établissements de nuit, SOS Racisme avance le chiffre de 30 %. Quatre établissements sur 17 représentent pourtant 24 %. L’association formule son résultat en « testings probants », c’est-à-dire en tests qu’elle juge concluants. Elle en compte près d’un sur trois dans les établissements de nuit.
À Nice, un établissement a demandé au groupe perçu comme noir de réserver une bouteille à 200 euros. Quelques minutes plus tard, le groupe perçu comme blanc a payé l’entrée habituelle, soit 15 euros.
À La Grande-Motte, dans l’Hérault, une plage privée a placé le groupe perçu comme arabe au troisième rang de transats. D’autres groupes testés ont obtenu le premier rang. Dans un autre lieu de Nice, tous les groupes sont entrés. Le groupe perçu comme arabe y a été accueilli par la phrase « pas de bagarre ce soir ». SOS Racisme n’a pas classé ce cas parmi les discriminations. L’association parle d’un accueil différencié fondé sur des stéréotypes.
« Les vacances ne sont pas tout à fait les mêmes pour tout le monde »
Dominique Sopo, président de SOS Racisme, dans une vidéo de l’Agence France-Presse diffusée le 31 juillet
Les établissements visés par le testing SOS Racisme contestent les faits, et l’association précise que ces pratiques ne sont pas systématiques
Deux établissements de l’Hérault ont répondu aux accusations. Hérault Tribune, un média local, a publié leur réponse le 4 août. Le communiqué de SOS Racisme ne donnait que le nom des villes. La journaliste Mégane Fernandez Huet a identifié les deux lieux grâce aux vidéos du testing SOS Racisme.
L’équipe de la plage de La Grande-Motte conteste « catégoriquement » toute discrimination. Elle affirme qu’un couple avait réservé les deux derniers transats du premier rang quelques minutes plus tôt. La direction de la discothèque de Montpellier conteste elle aussi les faits, « avec la plus grande fermeté ». Elle dit réguler les entrées selon la capacité de la salle et le nombre de sorties. Elle assure que l’origine des client·es n’entre jamais en compte.
Le journal relève les limites des vidéos qu’il a consultées. Les images ne montrent ni toutes les réservations ni l’ensemble de la clientèle. Elles ne permettent pas de savoir si des personnes sont sorties entre deux passages.
Le rapport du testing SOS Racisme contient lui-même une réserve. Selon Franceinfo, l’association y écrit que ces discriminations ne sont ni systématiques ni générales. À Nice et à Antibes, des plages ont été testées deux jours de suite. Elles n’ont pas eu le même comportement d’un jour à l’autre.
La justice admet le testing SOS Racisme comme preuve depuis 2000, et le code pénal protège les personnes qui se prêtent au test depuis 2006
La valeur de ces tests devant les tribunaux a d’abord été fixée par les juges. La Cour de cassation est la plus haute juridiction judiciaire française. Le 12 septembre 2000, elle a rendu un arrêt sur une discothèque de Tours testée par l’association. Elle a jugé qu’un tribunal ne pouvait pas écarter cette preuve. Elle l’a confirmé dans un arrêt du 11 juin 2002.
Le Parlement a ensuite inscrit le testing dans la loi. La loi du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances a créé l’article 225-3-1 du code pénal. Selon ce texte, le délit existe même si la personne discriminée s’est présentée dans le seul but de prouver la discrimination. Le site d’information Middle East Eye a retracé cette histoire dans une enquête de 2022.
Les peines sont prévues par l’article 225-2 du même code. Service-Public.fr, le site officiel de l’administration française, les détaille. Une discrimination est punie de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende au plus. Le maximum passe à cinq ans et 75 000 euros lorsque le refus a lieu dans un lieu accueillant du public. Une société risque alors 375 000 euros d’amende. Le tribunal peut aussi ordonner la fermeture de l’établissement.
Après le testing SOS Racisme, huit plaintes ont été déposées, alors que huit condamnations pour discrimination ont été prononcées en 2024
Trois semaines après le testing SOS Racisme, l’association a annoncé le dépôt de huit plaintes, le 17 août. Elles ont été adressées aux procureurs de la République de Nice, de Montpellier et de Marseille. Elles visent des faits de discrimination fondée sur l’origine réelle ou supposée ou sur la couleur de peau. Une plainte n’établit pas la culpabilité. Les établissements visés sont présumés innocents.
L’association rappelle que ces procédures aboutissent rarement. Elle cite le rapport 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Cette institution indépendante évalue chaque année la lutte contre le racisme. Selon ce rapport, huit condamnations pour discrimination ont été prononcées en 2024. Il y en avait eu cinq en 2023 et aucune en 2020. SOS Racisme déplore que des plaintes appuyées par des vidéos soient classées sans suite.
Dominique Sopo, président de SOS Racisme, demande une réponse des pouvoirs publics après ce testing SOS Racisme. Il souhaite que les préfets et les maires convoquent les professionnel·les pour leur rappeler leurs obligations. Il l’a déclaré à France Inter le 28 juillet.
En France, 2 % des personnes discriminées portent plainte, et le testing SOS Racisme ne mesure que l’accès aux loisirs
Le testing SOS Racisme porte sur 40 établissements choisis par l’association. Il ne mesure donc pas la fréquence des discriminations dans l’ensemble du pays. L’étude de l’Insee citée plus haut apporte cette mesure.
Les personnes dont la famille vient d’Afrique ou d’Outre-mer sont les plus exposées. Selon cette étude, 37 % des descendant·es d’immigré·es du Maghreb déclarent des discriminations. La proportion est de 42 % pour les descendant·es d’immigré·es d’autres pays d’Afrique. Elle est de 32 % pour les personnes nées en Outre-mer.
Les femmes déclarent plus de discriminations que les hommes. Elles sont 22 % dans ce cas, contre 15 % des hommes. Parmi les femmes concernées, 47 % citent un motif sexiste.
Les recours restent peu fréquents. Parmi les personnes qui déclarent une discrimination, 8 % ont saisi une association, un syndicat ou le Défenseur des droits. Cette autorité indépendante est chargée de lutter contre les discriminations. Seules 2 % ont porté plainte.