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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Cycle menstruel : Internet l’explique avec Erling Haaland, alors que 56 % des adultes en France n’ont jamais eu de cours sur les règles

Fin juillet, Hiya Healthcare, une entreprise de santé des femmes installée à Dubaï, a expliqué le cycle menstruel avec des photos du footballeur Erling Haaland. Ce succès montre aussi que des internautes découvraient ces informations. Pourtant, le cycle menstruel concerne la moitié de la population pendant une quarantaine d'années. Or, en France, 56 % des adultes disent n'avoir jamais reçu d'enseignement sur les règles. Que sait-on vraiment du cycle menstruel, et que vaut un schéma en quatre photos ?

Erling Haaland en maillot blanc sur un terrain Décryptage
Erling Haaland lors du match Maroc-Norvège, le 7 juin 2026. Bryan Berlin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En France, 56 % des adultes n’ont jamais reçu d’enseignement sur les règles. Le chiffre vient d’un baromètre de l’institut de sondage OpinionWay. Il a été commandé par Règles Élémentaires, une association qui lutte contre la précarité menstruelle. L’enquête a été menée du 13 au 22 avril 2022 auprès de 1 000 personnes de 18 ans et plus. Parmi elles, 34 % ont reçu cet enseignement à l’école et 6 % auprès de personnel médical.

Les règles sont la partie visible du cycle menstruel. Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, le définit sur son site QuestionSexualité. Le cycle menstruel commence le premier jour des règles et se termine la veille des règles suivantes. Il regroupe les phénomènes qui préparent chaque mois une éventuelle grossesse.

Fin juillet, ce fonctionnement a été expliqué sur les réseaux sociaux avec des images de football. Hiya Healthcare, une entreprise de santé des femmes installée à Dubaï, a illustré le cycle menstruel avec des photos d’Erling Haaland. Le footballeur norvégien n’a pas participé à la publication. Les visuels ont été partagés des milliers de fois.

Hiya Healthcare explique le cycle menstruel avec quatre photos d’Erling Haaland pour s’adresser aux hommes, moins informés sur les règles

L’édition britannique de l’International Business Times, un site d’information économique, a décrit la publication le 29 juillet. Les visuels associent chaque phase du cycle à une expression du joueur. Ils ont circulé sur Instagram, TikTok et X.

IOL, un site d’information sud-africain, détaille ces images dans un article du 31 juillet. La phase folliculaire est illustrée par un Erling Haaland souriant à l’échauffement. L’ovulation correspond à une célébration de but. La phase lutéale montre le joueur contrarié. Pour les règles, il est assis sur le banc, enveloppé dans un manteau d’hiver.

Selon IOL, Hiya Healthcare voulait s’adresser aux hommes. L’entreprise estime qu’ils doivent comprendre le cycle menstruel, qui revient chaque mois. Le site cite le commentaire d’un internaute qui dit avoir appris quelque chose. Aucun des deux médias ne rapporte de réaction d’Erling Haaland.

Les hommes entendent parler des règles plus tard que les femmes. Dans le baromètre de Règles Élémentaires, 26 % des hommes disent avoir découvert le sujet avant la puberté. Chez les femmes, la proportion est de 46 %.

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Le cycle menstruel de 28 jours ne correspond qu’à 13 % des cycles observés, ce qui rend approximatif tout schéma en quatre étapes

Ce découpage en quatre étapes simplifie un fonctionnement très variable. Santé publique France décrit trois phases, et non quatre. La phase folliculaire commence avec les règles et dure jusqu’au 13e jour. L’ovulation a lieu vers le 14e jour. La phase lutéale s’étend du 15e au 28e jour. L’agence précise que ces durées sont indicatives. Elles changent d’une femme à l’autre, et d’un mois à l’autre chez une même femme.

Le NHS, le service public de santé britannique, considère comme normal un cycle régulier de 21 à 35 jours. L’ovulation survient entre 10 et 16 jours avant les règles suivantes. Le NHS ajoute que ce moment est difficile à déterminer avec précision.

Une étude a mesuré ces écarts à grande échelle. Des chercheur·ses de l’University College de Londres (UCL), une université britannique, ont analysé plus de 600 000 cycles. Les données venaient de 124 648 utilisatrices de Natural Cycles, une application de contraception. Ces femmes vivaient en Suède, aux États-Unis et au Royaume-Uni. L’entreprise a financé l’étude, parue le 27 août 2019 dans la revue scientifique npj Digital Medicine.

Selon le communiqué de l’UCL, 13 % des cycles environ duraient 28 jours. La durée moyenne était de 29,3 jours. La phase folliculaire durait en moyenne 16,9 jours et la phase lutéale 12,4 jours. Entre 25 et 45 ans, le cycle menstruel raccourcissait de 0,18 jour par an.

« Peu de femmes ont le cycle de 28 jours des manuels »

Joyce Harper, professeure à l’Institut pour la santé des femmes de l’UCL, dans un communiqué de l’université, le 27 août 2019
« Au cœur des organes : le cycle ovarien », un film d’animation de l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Une synthèse de 102 études ne trouve pas d’effet du cycle menstruel sur les capacités intellectuelles des femmes

Les visuels de Hiya Healthcare associent chaque phase à une humeur et à un niveau d’énergie. La recherche a testé une idée voisine, celle d’un effet des hormones sur les capacités intellectuelles. Daisung Jang, chercheur à la Melbourne Business School, en Australie, a dirigé une méta-analyse sur ce sujet. Une méta-analyse est une synthèse statistique d’études déjà publiées.

Ce travail a paru le 17 mars 2025 dans la revue scientifique PLOS One. Il réunit 102 articles et 3 943 participantes. Ses auteur·rices concluent que la recherche ne confirme pas l’idée d’une variation des capacités cognitives des femmes au cours du cycle menstruel.

Le cycle réagit en revanche au stress. Santé publique France indique qu’un stress important peut le suspendre temporairement, sous l’effet d’une hormone, le cortisol. Les règles disparaissent alors pendant un temps.

En France, un rapport parlementaire a établi que le cycle menstruel était enseigné après l’âge des premières règles, et le programme scolaire a changé en 2025

En France, l’école a longtemps expliqué les règles après leur arrivée. La délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale l’a écrit dans un rapport d’information sur les menstruations, enregistré le 13 février 2020. Ses autrices sont Laëtitia Romeiro Dias et Bénédicte Taurine, alors députées. Elles constatent que les femmes connaissent insuffisamment le fonctionnement du cycle menstruel.

Selon ce rapport, le détail des menstruations n’était traité qu’en classe de quatrième, en sciences de la vie et de la Terre. Or l’âge médian des premières règles est d’environ 13 ans. De nombreuses filles sont donc réglées avant ce cours. Le rapport formule 47 recommandations. La quatrième demande d’aborder systématiquement les règles dès la sixième.

Les programmes ont changé depuis. Un arrêté du 3 février 2025 a créé un programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité. Il s’applique depuis la rentrée 2025. Un document de l’académie de Rennes en reprend les contenus par niveau. En sixième, les élèves doivent savoir que des règles douloureuses nécessitent une consultation médicale. En quatrième, le programme mentionne les douleurs gynécologiques, les troubles du cycle menstruel et le dépistage de l’endométriose.

Le baromètre de Règles Élémentaires montrait déjà un écart entre les générations. En 2022, 75 % des 18-24 ans avaient reçu un enseignement sur les règles, contre 44 % de l’ensemble des adultes. Les idées reçues restaient pourtant répandues chez les plus jeunes. Dans cette tranche d’âge, 53 % jugeaient « normal » d’avoir mal pendant ses règles. Dans l’ensemble de la population, la proportion était de 37 %. Dans la même enquête, 20 % des femmes déclaraient souffrir d’une maladie liée aux règles.

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Les sources de cet article

  1. OpinionWay pour Règles Élémentaires, baromètre « Les règles, un tabou qui impacte la vie des Français·es », avril 2022
  2. Santé publique France, QuestionSexualité, « Le cycle menstruel »
  3. University College de Londres, communiqué sur l'étude de plus de 600 000 cycles parue dans « npj Digital Medicine », 27 août 2019
  4. Daisung Jang, Jack Zhang et Hillary Anger Elfenbein, « Menstrual cycle effects on cognitive performance: A meta-analysis », PLOS One, 17 mars 2025
  5. Assemblée nationale, Laëtitia Romeiro Dias et Bénédicte Taurine, « Rapport d'information sur les menstruations », 13 février 2020
  6. International Business Times UK, Anton Arandia, « A Female Health Brand Just Used Erling Haaland Memes To Explain What Goes on During a Woman's Period », 29 juillet 2026
  7. Ministère de l'Éducation nationale, arrêté du 3 février 2025 fixant le programme d'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité, Bulletin officiel n° 6 du 6 février 2025

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