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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Muse Image : Meta poursuivait une application de « nudification », puis a rendu réutilisables par défaut les visages des comptes publics d’Instagram

Le 7 juillet, Meta a lancé Muse Image, un générateur d'images qui permettait de réutiliser les photos de n'importe quel compte public d'Instagram. Muse Image a aussi montré comment le groupe traite le consentement, puisque la fonction était activée par défaut. Pourtant, Meta poursuit en justice depuis 2025 une application qui dénude des personnes par IA. Or ces détournements visent d'abord les femmes : 96 % des hypertrucages recensés en 2019 étaient pornographiques. Que peut faire une utilisatrice française pour s'y opposer ?

L'application Instagram sur un téléphone Décryptage
L'application Instagram sur un téléphone. Santeri Viinamäki / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En 2019, 96 % des vidéos truquées par intelligence artificielle recensées en ligne étaient pornographiques. Le chiffre vient d’un rapport de Deeptrace, une société néerlandaise de cybersécurité. Elle avait compté 14 678 vidéos de ce type, appelées « deepfakes » ou hypertrucages. Sur les sites pornographiques spécialisés qu’elle a étudiés, toutes les personnes visées étaient des femmes.

En France, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes conseille le gouvernement sur ces sujets. Son rapport annuel, rendu le 21 janvier, indique que le sexisme est la première forme de discours de haine en ligne. Dans 84 % des cas, les victimes sont des femmes.

Le 7 juillet, Meta, la maison mère d’Instagram, de Facebook et de WhatsApp, a lancé Muse Image. Muse Image est un générateur d’images intégré à Meta AI, l’assistant du groupe. L’une de ses fonctions fabriquait une image à partir des photos d’un compte Instagram public. Il suffisait d’écrire le pseudo de ce compte dans la demande. La fonction était activée par défaut pour les adultes. Meta l’a retirée trois jours plus tard.

Muse Image permettait de créer l’image d’une personne à partir de son seul pseudo Instagram, sans qu’elle en soit avertie

Le fonctionnement de l’outil a été décrit le 10 juillet par eWeek, un site états-unien d’actualité informatique. Une personne écrivait le nom d’un compte public dans sa consigne. L’outil reprenait alors une personne visible dans les publications de ce compte et la plaçait dans une scène inventée. La personne titulaire du compte ne recevait aucune notification.

Tous les comptes publics d’adultes étaient inscrits d’office. Un porte-parole de Meta a précisé au quotidien The New York Times que les comptes privés et ceux des moins de 18 ans étaient exclus.

Refuser demandait plusieurs étapes, détaillées par Fox 5 New York, une chaîne de télévision locale. Il fallait désactiver deux réglages distincts dans les paramètres d’Instagram, l’un pour les publications, l’autre pour les vidéos.

Le syndicat des acteur·ices et des associations ont reproché à Muse Image de se passer du consentement des personnes

Les critiques sont venues en premier des métiers de l’image. Le 9 juillet, le syndicat SAG-AFTRA a publié un message sur le réseau social X. Il représente les acteur·ices des États-Unis. Il recommandait à ses membres, et à toutes les personnes inscrites sur Instagram, de désactiver Muse Image. Le site d’information Axios a rapporté ce message le lendemain.

Des organisations de défense des droits ont formulé le même reproche. J.B. Branch est responsable des politiques fédérales d’IA à Public Citizen, une association états-unienne de défense des consommateur·ices. Il a déclaré à Axios que personne ne devrait découvrir au réveil que son visage sert de matière première à une IA.

« Meta a une fois de plus choisi la voie la plus glauque possible. »

J.B. Branch, de l’association Public Citizen, cité par Axios le 10 juillet

Thorin Klosowski est spécialiste de la vie privée à l’Electronic Frontier Foundation, une organisation de défense des libertés numériques. Il a expliqué au quotidien britannique The Guardian que ce réglage aurait dû être désactivé par défaut.

Meta a défendu son outil devant les mêmes médias. Un porte-parole a assuré au Guardian que Muse Image disposait de garde-fous et que les contenus interdits pouvaient être signalés. Alexandr Wang, qui dirige le laboratoire d’IA de Meta, a reconnu auprès d’Axios que l’entreprise recevait de nombreuses critiques.

Alexandr Wang
Alexandr Wang, en 2022. Village Global / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Meta a retiré la fonction de Muse Image en trois jours, un an après avoir attaqué en justice une application de « nudification »

Ces réactions ont conduit le groupe à reculer. Le 10 juillet, Instagram a annoncé que la fonction n’était plus disponible. Dans son message, repris par Fox 5 New York, l’entreprise admet que l’outil avait « manqué sa cible ».

Le retrait ne porte que sur la mention d’un compte. Selon Korben, un blog français consacré au numérique, l’autorisation plus large de réutilisation des contenus publics reste activée par défaut. Muse Image, lui, reste en service.

Le lancement de Muse Image contraste avec les engagements pris par Meta en 2025. Le 12 juin 2025, le groupe a annoncé dans un communiqué qu’il poursuivait la société Joy Timeline HK Limited devant un tribunal de Hong Kong. Cette société édite CrushAI, des applications dites de « nudification ». Elles fabriquent des images dénudées d’une personne à partir d’une photo habillée, sans son accord. Meta lui reproche d’avoir diffusé des publicités pour ces applications sur ses plateformes malgré ses règles.

Dans ce communiqué, Meta dit appliquer des règles strictes contre les images intimes non consenties. Il affirme avoir démantelé quatre réseaux de comptes qui tentaient de publier ces publicités en 2025.

Un autre produit de Meta suscite des inquiétudes du même ordre. Ses lunettes connectées, équipées d’une caméra, sont accusées de servir à filmer des femmes à leur insu.

Muse Image en France et en Europe : le RGPD donne un droit d’opposition, que les utilisatrices doivent exercer elles-mêmes

En Europe, l’usage des photos publiques par Meta dépend du règlement général sur la protection des données (RGPD). Meta n’a annoncé aucune adaptation de Muse Image à ce règlement, d’après Trending Topics, un média autrichien consacré aux technologies. Le groupe n’a pas précisé si la mention des comptes publics était active dans l’Union européenne.

Les photos publiques des Européen·nes alimentent pourtant déjà les IA de Meta. La CNIL, l’autorité française de protection des données personnelles, l’a expliqué dans une note du 27 mai 2025. Depuis cette date, Meta entraîne ses modèles avec les publications publiques des adultes sur Facebook et Instagram. Le projet avait été suspendu en 2024 après des échanges avec l’autorité irlandaise de protection des données.

Là encore, le refus repose sur les personnes. Le RGPD leur donne un droit d’opposition. Selon la CNIL, il s’exerce par un formulaire, sans avoir à se justifier. Il ne couvre que les contenus que la personne a publiés elle-même. Les photos d’elle mises en ligne par d’autres comptes n’en font pas partie. Un second formulaire, accessible sans compte, existe pour les personnes qui n’utilisent pas les services de Meta.

Le droit pénal français, lui, intervient après la diffusion. La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique a créé l’article 226-8-1 du Code pénal. Cet article punit le fait de diffuser un hypertrucage à caractère sexuel sans le consentement de la personne représentée. La peine est de deux ans de prison et 60 000 euros d’amende. Elle atteint trois ans de prison et 75 000 euros d’amende quand l’image est publiée en ligne.

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Les sources de cet article

  1. Deeptrace, « The State of Deepfakes : Landscape, Threats, and Impact », septembre 2019
  2. Axios, Ina Fried, article sur Muse Image et le consentement, 10 juillet 2026
  3. eWeek, « Meta's Muse Image Faces Backlash Over Instagram Consent », 10 juillet 2026
  4. Fox 5 New York, « Meta removes controversial Instagram AI photo feature after social media backlash », 10 juillet 2026
  5. Meta, communiqué sur les applications de « nudification » et les poursuites contre Joy Timeline HK Limited, 12 juin 2025
  6. CNIL, « IA : Meta entraînera ses systèmes d'IA avec les données des utilisateurs européens dès fin mai 2025 », 27 mai 2025
  7. Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, « Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France », 21 janvier 2026

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