Depuis le mois d’août, la loi française permet de nouveau l’usage de deux insecticides qu’elle interdisait. Il s’agit de l’acétamipride et du flupyradifurone. Ces deux produits restent autorisés dans l’Union européenne. Le Conseil constitutionnel vérifie que les lois respectent la Constitution. Il a validé cette mesure dans sa décision du 14 août. Un an plus tôt, il avait censuré le retour de l’acétamipride prévu par une autre loi agricole, dite loi Duplomb.
Cette mesure a ouvert une crise au sein du gouvernement. Monique Barbut est ministre de la Transition écologique depuis octobre 2025. Le 22 juillet, elle a annoncé sa démission pour protester contre l’adoption de la loi d’urgence agricole. L’acétamipride est un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, des produits qui agissent sur le système nerveux des insectes.
Monique Barbut n’a finalement pas quitté son poste. Le président de la République, Emmanuel Macron, a refusé sa démission le jour même. Le 30 septembre, elle était toujours ministre.
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Monique Barbut a annoncé sa démission le 22 juillet, au lendemain de l’adoption de la loi d’urgence agricole
L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence agricole dans la nuit du 20 au 21 juillet. Le texte a recueilli 296 voix pour et 224 contre, selon le site d’information agricole Terre-net, qui reprend l’Agence France-Presse (AFP). Le Parlement a adopté le texte définitivement le 21 juillet.
Monique Barbut n’était pas dans l’hémicycle au moment du vote des député·es. Elle a été reçue le 21 juillet par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, rapporte LCP, la chaîne parlementaire de l’Assemblée nationale. Son entourage a annoncé son départ dans la soirée.
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Le lendemain matin, la ministre a publié un message sur le réseau professionnel LinkedIn. Elle y écrit qu’elle ne dispose plus des moyens de mener son action. Elle annonce qu’elle présentera sa démission au président de la République dans la journée. LCP en a publié plusieurs extraits. Monique Barbut y qualifie le vote de recul environnemental « de trop ». Elle reproche au gouvernement d’avoir empêché le débat sur la suppression de la mesure.
Emmanuel Macron a refusé la démission de Monique Barbut le jour même, et la ministre est restée au gouvernement
Cette démission n’a duré que quelques heures. Le 22 juillet, Monique Barbut a rencontré Emmanuel Macron à l’Élysée, puis elle a participé au Conseil des ministres. Son cabinet a ensuite indiqué à l’AFP que le président n’avait pas accepté son départ. LCP a rapporté ces éléments à la mi-journée.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a rendu compte de cet échange après le Conseil des ministres. Selon elle, le président, le Premier ministre et la ministre ont constaté leur désaccord sur la loi votée. Ils se sont entendus sur trois priorités, la forêt, l’eau et la santé environnementale.
Monique Barbut avait déjà mis sa démission en jeu en janvier. Elle s’opposait alors à des projets de recherche d’hydrocarbures en Outre-mer, et elle avait obtenu gain de cause. Avant d’entrer au gouvernement, elle a présidé l’association de protection de la nature WWF France de 2021 à 2023.
« Il faudra encore me supporter. »
Monique Barbut, dans un entretien au quotidien « Libération », publié le 16 août
La mesure contestée par Monique Barbut autorise deux insecticides interdits, pour quatre cultures et trois ans au plus
Le désaccord porte sur l’article 6 de la loi. Cet article confie la décision à l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. L’agence peut accorder des dérogations pour deux produits. L’acétamipride pourra être utilisé sur les noisetiers. Le flupyradifurone pourra l’être sur les betteraves sucrières, les cerisiers et les pommiers.
Le Conseil constitutionnel détaille les conditions dans sa décision. La production doit être gravement menacée, sans autre solution suffisante. Chaque dérogation dure un an et peut être renouvelée deux fois. L’article sera abrogé trois ans après la promulgation de la loi.
Le projet de loi du gouvernement ne contenait pas cette mesure. Le Sénat l’a ajoutée pendant l’examen du texte. Des député·es Renaissance, MoDem et Liot ont déposé un amendement pour la supprimer. Le gouvernement s’est opposé à son examen, rapporte Terre-net. Sébastien Lecornu a défendu le texte sur le réseau social X. Il y affirme que le compromis voté par les parlementaires ne revient pas sur l’interdiction de l’acétamipride.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, soutient la loi. Elle a déclaré que l’acétamipride n’était pas rétabli par le texte. La FNSEA, le premier syndicat agricole, a salué un tournant majeur.
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Des organisations ont critiqué la mesure dès le vote. La Confédération paysanne, un autre syndicat agricole, regrette l’absence de stratégie d’adaptation à long terme. Pleinchamp, un site d’information agricole, a publié ces réactions.
Le Conseil constitutionnel a validé la loi le 14 août, et Monique Barbut dit qu’elle veillera à l’indépendance de l’Anses
La loi a ensuite été soumise au Conseil constitutionnel. Des député·es de La France insoumise, écologistes et socialistes l’ont saisi le 24 juillet. Le Conseil a rendu sa décision le 14 août. Il juge l’article 6 conforme à la Constitution, parce que les dérogations sont limitées à quelques cultures et à une durée courte.
Le Conseil a toutefois posé deux réserves. L’Anses doit pouvoir limiter une dérogation à certains territoires. Elle dispose de deux mois pour répondre à une demande. Si elle ne répond pas dans ce délai, la demande est refusée. Le Conseil a aussi censuré d’autres articles de la loi, détaille le site d’information agricole Réussir. La loi a été promulguée dans les jours suivants.
Monique Barbut a commenté cette décision dans un entretien au quotidien Libération, repris par l’AFP. Elle dit qu’elle veillera à ce qu’aucune pression ne soit exercée sur l’Anses. Elle affirme aussi que la question de son départ ne se pose pas tant que ses dossiers avancent.
Monique Barbut est toujours ministre et a remis le 30 septembre un plan d’adaptation au changement climatique
La ministre a reçu une nouvelle mission après la crise de juillet. Sébastien Lecornu lui a demandé de proposer des mesures pour accélérer le plan national d’adaptation au changement climatique. Ce plan, publié en mars 2025, prépare la France à un réchauffement de 4 °C en 2100. Monique Barbut a remis ses propositions à Matignon le 30 septembre, selon une dépêche de l’AFP.
Le financement de ces mesures reste à préciser. L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) est un centre de recherche spécialisé dans le financement de la transition écologique. Il estime qu’il faudrait environ 10 milliards d’euros par an pour accélérer l’adaptation.