Vingt associations ont été rappelées à l’ordre ou sanctionnées entre 2023 et 2025 pour un manque supposé de neutralité politique ou religieuse. Dans 19 cas sur 20, la décision venait d’une collectivité locale. Ce décompte figure dans un rapport publié le 12 février par l’Observatoire des libertés associatives. Ce collectif de chercheur·ses et d’associations recense les restrictions imposées au secteur. Le rapport s’intitule « Neutraliser le monde associatif ». Ses auteur·rices, le sociologue Antonio Delfini et la chargée d’études Marie Garmadi, y décrivent une « injonction à la dépolitisation ».
La même question s’est posée cet automne dans le plus grand rendez-vous caritatif du streaming français. Le ZEvent est un marathon de dons diffusé en direct sur Twitch, une plateforme de vidéo en direct. Sa dixième et dernière édition s’est tenue du 4 au 6 septembre à Montpellier. Le streameur Ponce y a reproché à un autre participant, Anyme, d’avoir invité le créateur de contenu Yomi Denzel. Il l’a qualifié de « masculiniste ». Le masculinisme désigne les discours qui présentent les hommes comme les victimes de l’émancipation des femmes.

_lors_du_ZEVENT_2025.jpg/1280px-Aur%C3%A9lien_Gilles_(Ponce)_lors_du_ZEVENT_2025.jpg)
L’organisation du ZEvent revendique pourtant une « neutralité partisane et confessionnelle », inscrite dans une charte depuis 2025. Cette règle n’a pas empêché plusieurs débats politiques autour de la collecte. Le choix d’une fondation avait déjà été contesté en 2022, puis l’inscription d’un député en 2025.
Au ZEvent, Ponce reproche à Anyme l’invitation de Yomi Denzel, qui conteste être « masculiniste » et d’extrême droite
La séquence s’est déroulée en direct, sur la chaîne Twitch de Ponce. Anyme, l’un des streameurs les plus suivis de France, avait reçu Yomi Denzel pendant le ZEvent. Yomi Denzel est un entrepreneur suisse qui vend des formations au commerce en ligne. Il a interrogé des participant·es sur leur rapport à l’argent, selon Les Gens d’Internet, un média en ligne consacré aux créateur·rices de contenu.
Ponce a jugé cette invitation inacceptable. Il a déclaré ne pas trouver normal qu’Anyme invite un influenceur « masculiniste », rapporte le même média le 7 septembre. Plusieurs médias, dont Le Crayon, ont relayé une formule plus large : « masculiniste et d’extrême droite ».
Yomi Denzel a contesté ces deux qualificatifs sur le réseau social X. Il y écrit qu’il n’est pas d’extrême droite, qu’il n’en partage pas les idées et qu’il n’a jamais voté pour elle. Il affirme que Ponce l’a confondu avec Alex Hitchens, un influenceur que la presse qualifie régulièrement de masculiniste. Il ajoute que recevoir une personne dans un podcast ne revient pas à partager ses idées.
Anyme a lui aussi répondu à Ponce pendant l’événement. L’organisation du ZEvent n’a pas commenté publiquement cette séquence, d’après les articles consultés.
Le ZEvent a adopté en 2025 une charte de « neutralité partisane » après l’inscription d’un député, et les élu·es en sont exclu·es
La place de la politique dans la collecte avait déjà été discutée un an plus tôt. Le 27 juillet 2025, Denis Masséglia, député Renaissance du Maine-et-Loire, annonce sur X son inscription au ZEvent. Des internautes lui reprochent son soutien à la loi Duplomb, un texte agricole qui autorisait le retour d’un pesticide. La Ligue contre le cancer, opposée à cette loi, figurait parmi les bénéficiaires de la collecte.
Trois jours plus tard, l’organisation publie une charte de participation. Puremédias, un site d’information sur les médias, en a détaillé le contenu le 31 juillet 2025. Toute personne qui exerce ou a exercé un mandat politique ne peut plus participer au ZEvent. Le texte réaffirme la « neutralité partisane et confessionnelle » de l’événement.
« Le ZEvent a toujours été non partisan. »
ZeratoR, cocréateur du ZEvent, sur franceinfo, à l’été 2025
ZeratoR s’est expliqué sur franceinfo, la chaîne d’information du service public. Il y a présenté la charte comme un moyen de centrer les participant·es sur la collecte, et uniquement sur elle.
En 2022, le ZEvent avait déjà changé de bénéficiaire quand son public a contesté la fondation choisie
Avant les invité·es, c’est le choix des bénéficiaires qui avait divisé le public. En 2022, le ZEvent devait financer une seule structure, la Fondation GoodPlanet, créée par le photographe Yann Arthus-Bertrand. Des internautes l’ont accusée d’écoblanchiment, c’est-à-dire de donner une image écologique à des entreprises polluantes. Ils et elles citaient ses partenariats avec la banque BNP Paribas et le groupe pétrolier Total.
Deux streameur·ses, Arkunir et Maghla, ont annoncé le 7 juillet 2022 qu’ils ne participeraient pas. Les Gens d’Internet a retracé l’épisode le 11 juillet 2022. ZeratoR a d’abord dit vouloir confronter la fondation aux critiques. Quelques jours plus tard, GoodPlanet s’est retirée du ZEvent. L’organisation a alors soumis une vingtaine d’associations environnementales au vote des internautes. ZeratoR a déclaré à cette occasion que l’association parfaite n’existait pas.
La dernière édition du ZEvent a réuni 32,9 millions d’euros pour 22 associations, un secteur auquel la loi n’impose pas de neutralité générale
Ces débats n’ont pas freiné les dons. Le compteur du ZEvent s’est arrêté à 32 891 874 euros dans la nuit du 6 au 7 septembre. Ce montant est donné par l’agence de presse Belga et par HelloAsso, une plateforme de paiement destinée aux associations. Il représente presque le double des 16,7 millions d’euros de 2025. Plus de 80 créateur·rices étaient réuni·es au Corum de Montpellier, et environ 200 autres participaient à distance. La cagnotte la plus élevée, celle du vidéaste Mastu, a dépassé 5 millions d’euros.
La somme est répartie entre 22 associations déjà soutenues lors des éditions précédentes. La liste comprend la Croix-Rouge française, Médecins sans frontières, le Secours populaire français et la Ligue contre le cancer. Elle compte aussi Amnesty International France, Sea Shepherd France et le WWF France.
Le rapport de l’Observatoire des libertés associatives rappelle le cadre juridique qui s’applique à ces structures. L’obligation de neutralité vaut pour les missions de service public et pour les salarié·es qui les exercent. Elle ne s’étend pas à l’association dans son ensemble. Une association subventionnée peut donc prendre position, écrivent Antonio Delfini et Marie Garmadi. Carenews, un média spécialisé dans l’actualité associative, a résumé leurs conclusions le 13 février. Sur les vingt cas recensés, quinze ont suivi des prises de position pendant les élections législatives de juin 2024.