La France a enregistré environ 645 000 naissances en 2025, le nombre le plus bas depuis 1942. Le chiffre figure dans le bilan démographique de l’Insee, l’institut national de la statistique, publié le 13 janvier. La fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme. Selon l’Insee, elle n’avait pas été aussi faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Cette baisse est devenue un sujet politique. Le 16 janvier 2024, le président de la République, Emmanuel Macron, a appelé à un « réarmement démographique » lors d’une conférence de presse. Des responsables féministes ont aussitôt comparé cette formule à une dystopie. Une dystopie est un récit qui imagine une société future où un pouvoir autoritaire prive la population de ses libertés.
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La phrase du président ouvre aujourd’hui un roman destiné aux adolescent·es. « Dissidentes », de la romancière Tosca Noury, la reproduit avant son premier chapitre. Le second tome de cette dystopie est annoncé par son éditeur, Didier Jeunesse, pour le 7 octobre.
« Dissidentes », dystopie primée par ses lecteur·ices, cite Emmanuel Macron avant son premier chapitre et relie ainsi la fiction à la politique française
Le premier tome de « Dissidentes » est paru le 1er octobre 2025. Ce roman de 512 pages est conseillé à partir de 15 ans. La présentation de l’éditeur situe l’histoire dans une France dévastée. Depuis un événement appelé « l’Extinction », il ne naît presque plus de filles.
Dans cette dystopie, la loi impose un choix aux filles de plus de 15 ans. Elles doivent accepter un « Devoir de procréation » ou entrer dans des « Instituts de natalité », dont personne ne revient. L’héroïne, Jo, est en fuite et veut gagner l’« Union scandinave ». Elle s’allie à Edgar, un garçon qui ignore tout de la terreur qui règne dans le pays.
Avant le récit, la page d’exergue rapproche deux citations. L’exergue est la citation qu’un·e auteur·ice place en tête de son livre. La première est attribuée à la philosophe Simone de Beauvoir, autrice du « Deuxième Sexe ». Elle affirme que les droits des femmes ne sont jamais acquis et qu’une crise suffit à les remettre en question. La seconde est la phrase d’Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique », datée du 16 janvier 2024.

Tosca Noury a expliqué ce rapprochement au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, fin 2025. La librairie bordelaise Mollat y a filmé un entretien avec elle. La romancière y cite parmi ses sources les politiques natalistes actuelles et le recul des droits des femmes dans le monde.
Les lecteur·ices ont fait le même lien que l’autrice. Sur les réseaux sociaux, beaucoup partagent la photo de cette page d’exergue. Ils et elles y voient une dénonciation de ce qui se passe en France aujourd’hui. Le 10 juin, le roman a reçu le prix des lecteurs Babelio dans la catégorie « jeunes adultes ». Babelio est un site où les internautes notent et commentent leurs lectures. Environ 17 500 personnes ont voté pour cette édition.
Le « réarmement démographique » a été comparé à une dystopie dès janvier 2024 par des responsables féministes, qui y ont lu une pression sur les femmes
La formule citée dans le roman avait été critiquée dès le lendemain de la conférence de presse. Emmanuel Macron venait d’annoncer un plan de lutte contre l’infertilité, qu’il qualifiait de « fléau ». Selon lui, ce plan devait permettre le « réarmement démographique » du pays.
La chaîne parlementaire Public Sénat a recensé les réactions le 17 janvier 2024. Anne-Cécile Mailfert préside la Fondation des femmes, qui finance des associations d’aide aux femmes. Elle a répondu au président sur le réseau social X.

« Laissez nos utérus en paix »
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, sur X, en janvier 2024
Une parlementaire a employé la référence littéraire que le roman reprendra. Mélanie Vogel, sénatrice écologiste, a jugé que ce discours sur la famille faisait penser à « La Servante écarlate ». Cette dystopie de 1985 décrit un régime qui force des femmes à porter les enfants des dirigeants.
La dystopie porte la fiction pour adolescent·es dans un marché du livre jeunesse en recul, où « Hunger Games » signe la meilleure vente parmi les nouveautés
Ces débats atteignent les adolescent·es par un genre qui se vend bien. Le Syndicat national de l’édition (SNE), qui représente les maisons d’édition françaises, a présenté ses chiffres annuels en juin. Le site spécialisé ActuaLitté les a détaillés. Le livre jeunesse a rapporté 359,6 millions d’euros aux éditeurs en 2025, soit 3 % de moins qu’en 2024.
La fiction résiste mieux que les documentaires, dont les ventes reculent de 12 %. Le principal succès parmi les nouveautés de 2025 est une dystopie. « Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson » s’est vendu à 33 193 exemplaires dès sa première semaine, selon l’institut Edistat.
Les romans gagnent du terrain chez les jeunes, alors que le temps de lecture diminue. Le Centre national du livre (CNL), un établissement public qui soutient le secteur, publie tous les deux ans une étude réalisée par l’institut Ipsos. L’édition du 14 avril porte sur 1 500 jeunes de 7 à 19 ans. Ils et elles lisent en moyenne 18 minutes par jour pour le plaisir, contre plus de trois heures passées devant un écran.
Dans cette étude, le roman progresse de quatre points parmi les genres préférés. La science-fiction, famille à laquelle appartient la dystopie, figure dans le trio de tête avec l’aventure et la romance.
En France, la dystopie de Tosca Noury paraît alors que la natalité est devenue une politique publique et que les naissances sont au plus bas depuis 1942
Depuis la phrase de janvier 2024, le droit français a changé sur deux points qui touchent à la maternité. La loi constitutionnelle du 8 mars 2024 a inscrit dans la Constitution la liberté garantie aux femmes de recourir à une interruption volontaire de grossesse.
Emmanuel Macron avait aussi promis en 2024 un « congé de naissance » mieux rémunéré que le congé parental. Ce congé supplémentaire de naissance est entré en vigueur le 1er juillet, selon le ministère du travail.
Les naissances continuent pourtant de baisser. Le bilan de l’Insee en compte 2,1 % de moins en 2025 qu’en 2024, et 24 % de moins qu’en 2010. Les femmes ont leurs enfants plus tard : l’âge moyen à l’accouchement atteint 31,2 ans, contre 29,6 ans en 2005.