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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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True crime : les séries donnent le premier rôle aux tueurs en série, et les familles de leurs victimes l’apprennent en même temps que le public

Le 15 septembre, Netflix a annoncé une saison de sa série de true crime « Monstre » avec une vidéo qui aligne les tueurs précédents. Cette vidéo montre aussi comment le true crime transforme des criminels réels en vedettes d'une franchise. Pourtant, des proches des victimes de Jeffrey Dahmer disent depuis 2022 que ces séries leur font revivre leur traumatisme. Or ce genre touche un public très large : aux États-Unis, 44 % des auditrices de podcasts en écoutent régulièrement. Que reprochent ces familles à l'industrie du divertissement ?

Le bâtiment du siège de Netflix Décryptage
Le siège de Netflix à Los Gatos, en Californie. Coolcaesar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Aux États-Unis, près d’un quart des podcasts les mieux classés (24 %) racontent des affaires criminelles réelles. Ce chiffre vient d’une étude du Pew Research Center, un institut de recherche indépendant installé à Washington. Publiée le 20 juin 2023, elle s’appuie sur un sondage mené auprès de 5 132 adultes. Parmi les personnes qui écoutent des podcasts, 34 % suivent régulièrement des émissions de true crime. La proportion atteint 44 % chez les femmes, contre 23 % chez les hommes.

Le true crime désigne les livres, les podcasts, les documentaires et les séries qui racontent des crimes réels. Ce genre compte parmi les plus rentables des plateformes de vidéo. La série de Netflix sur Jeffrey Dahmer, sortie en 2022, a été vue 115,6 millions de fois en trois mois. Elle est septième du classement des séries en anglais les plus regardées de la plateforme. Jeffrey Dahmer a tué dix-sept hommes et adolescents aux États-Unis entre 1978 et 1991.

Deux programmes ont relancé cet automne le débat sur le true crime. Le 15 septembre, Netflix a annoncé une nouvelle saison en alignant les tueurs des précédentes. Début octobre, la série « American Horror Story » a fait de Jeffrey Dahmer un personnage comique. Des proches de ses victimes reprochent depuis 2022 à ces fictions de donner la vedette au tueur.

Netflix annonce sa saison de true crime sur Lizzie Borden comme la suite d’une franchise, et des internautes y voient des tueurs traités en super-héros

La série s’appelle « Monstre ». Elle a été créée par les scénaristes et producteurs états-uniens Ryan Murphy et Ian Brennan. La première portait sur Jeffrey Dahmer, la deuxième sur les frères Lyle et Erik Menendez, la troisième sur Ed Gein. La quatrième, en ligne depuis le 17 septembre, porte sur Lizzie Borden. Cette femme du Massachusetts a été jugée pour le meurtre de son père et de sa belle-mère, commis en 1892. Elle a été acquittée.

Deux jours avant la sortie, Netflix a publié une vidéo de promotion sur le réseau social X. La vidéo montre tour à tour Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein. Elle présente ensuite Lizzie Borden comme « le prochain monstre ».

La bande-annonce officielle de la saison de « Monstre » consacrée à Lizzie Borden, publiée par Netflix (en anglais).

Ce montage a été comparé aux annonces de personnages des films de super-héros. IBTimes UK, l’édition britannique du site d’information International Business Times, a recensé les réactions le 16 septembre. Un message très partagé demande à Netflix de ne plus traiter les tueurs en série comme les héros des films Marvel. Netflix n’a pas répondu publiquement à ces critiques.

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« American Horror Story » fait rire avec Jeffrey Dahmer, et le true crime installe un tueur parmi les personnages de divertissement

La critique vise aussi une fiction du même producteur. « American Horror Story » est une série d’horreur créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk, diffusée sur la chaîne états-unienne FX. Le sixième épisode fait revenir le personnage de Jeffrey Dahmer, joué par l’acteur Seth Gabel. Il y consulte une application de rencontres qui ressemble à Grindr, utilisée par des hommes gays et bisexuels.

Seth Gabel a expliqué son jeu à TheWrap, un site consacré à l’industrie du divertissement. Ryan Murphy lui a soufflé en répétition la formule « Pauvre Jeffrey ». L’acteur en a tiré un personnage qui s’apitoie sur lui-même, joué pour faire rire. Un effet comique qui n’a pas du tout fait rire tout le monde.

La scène choque parce qu’elle renvoie à des personnes réelles. Beaucoup des victimes de Jeffrey Dahmer étaient des hommes noirs ou issus d’autres minorités, rappelle Comic Basics, un site consacré aux séries. Le site a résumé le 3 octobre les critiques, qui jugent la scène irrespectueuse pour les victimes. L’une d’elles reproche à la série de tirer un gag de la manière dont un tueur réel approchait ses victimes. Ni Ryan Murphy ni FX n’avaient réagi à cette date.

Le true crime a déjà fait de ce tueur un produit dérivé. En octobre 2022, un mois après la sortie de la série de Netflix, des déguisements de Jeffrey Dahmer étaient en vente pour Halloween. Le site de vente en ligne eBay a confirmé à la chaîne CNN qu’il retirait ces annonces, contraires à son règlement. Netflix avait de son côté rangé la série dans sa catégorie LGBTQ. La plateforme a retiré cette mention après des critiques, selon PinkNews, un média britannique consacré à l’actualité LGBT+.

L’acteur qui incarnait le tueur chez Netflix, Evan Peters, a reçu un Golden Globe pour ce rôle en janvier 2023. Il joue un autre personnage dans la scène d’« American Horror Story ».

Evan Peters sourit devant un micro
L’acteur Evan Peters au salon WonderCon d’Anaheim (Californie), le 29 mars 2019. Gage Skidmore / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Les familles des victimes de Jeffrey Dahmer disent que le true crime gagne de l’argent avec leur histoire sans les prévenir

Les proches des victimes formulent ces reproches depuis la première saison. Errol Lindsey avait 19 ans quand Jeffrey Dahmer l’a tué, en 1991. Sa sœur, Rita Isbell, a publié un témoignage sur le site d’information Insider en septembre 2022. Elle y écrit que personne ne l’a contactée au sujet de la série. Elle juge triste que des entreprises gagnent de l’argent avec cette tragédie. Le magazine professionnel Variety a repris ses propos.

Eric Perry, un cousin d’Errol Lindsey, a réagi sur Twitter dans les jours qui ont suivi la sortie. Il écrit que sa famille a découvert la série en même temps que le public. Selon lui, chaque nouvelle production fait revivre le traumatisme à ses proches. NewsOne, un média en ligne consacré à l’actualité des Afro-Américain·es, a publié ses messages.

« Combien de films, de séries et de documentaires nous faut-il ? »

Eric Perry, cousin d’Errol Lindsey, sur Twitter, en septembre 2022

Une troisième famille conteste le récit lui-même. Shirley Hughes est la mère de Tony Hughes, une autre victime. Elle a répondu à 85 ans au quotidien britannique The Guardian, en octobre 2022. Elle affirme que les faits ne se sont pas déroulés comme la série les montre. Elle dit ne pas comprendre que la production puisse utiliser les noms des victimes.

Ryan Murphy a répondu fin octobre 2022, lors d’une rencontre publique à Los Angeles. Il a déclaré que son équipe avait sollicité une vingtaine de proches de victimes pour ce true crime. Aucun n’a répondu, selon lui.

Les titres disent qui tient le premier rôle. Les quatre saisons de « Monstre » portent le nom de la personne condamnée ou accusée. Les noms d’Errol Lindsey et de Tony Hughes n’apparaissent dans aucun titre.

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En France, le true crime place deux émissions parmi les cinq podcasts les plus écoutés, et un téléfilm sur Michel Fourniret a provoqué une manifestation

Le même débat a eu lieu en France autour d’une fiction de TF1. La chaîne a produit « La Traque », un téléfilm de true crime sur l’arrestation du tueur en série Michel Fourniret. En septembre 2020, une dizaine de personnes ont manifesté à Sedan, dans les Ardennes, pour demander son interdiction. Paris Match Belgique a raconté ce rassemblement. L’organisatrice y demandait ce que ressentiraient les familles en allumant leur télévision. TF1 a diffusé le téléfilm le 15 mars 2021.

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Le true crime occupe aussi les premières places de l’écoute en ligne. Médiamétrie, l’institut qui mesure les audiences en France, publie chaque mois un classement des podcasts. Celui de juin place « Hondelatte raconte », sur Europe 1, au quatrième rang. « L’heure du crime », sur RTL, est cinquième. Ces deux émissions quotidiennes racontent des affaires criminelles. La troisième place revient à « Affaires sensibles », sur France Inter, qui revient sur de grandes affaires et des faits divers. L’émission a totalisé 6,8 millions d’écoutes en un mois.

Les sources de cet article

  1. Pew Research Center, Sarah Naseer et Christopher St. Aubin, « True crime podcasts are popular in the U.S., particularly among women and those with less formal education », 20 juin 2023
  2. Netflix, classement des séries en anglais les plus populaires (91 premiers jours), consulté le 11 octobre 2026
  3. IBTimes UK, « Netflix's 'Monster' Faces Backlash as Critics Allege Teaser Glorifies Serial Killers 'Like Marvel Characters' », 16 septembre 2026
  4. TheWrap, Haleigh Foutch, « 'AHS 13': Seth Gabel Unpacks Returning to Jeffrey Dahmer », 1er octobre 2026
  5. Variety, « Ryan Murphy Says He Reached Out to 20 Victims' Families for 'Dahmer' Research », 30 octobre 2022
  6. PinkNews, « Mother of Dahmer victim Tony Hughes denounces Netflix series », 10 octobre 2022
  7. The Media Leader, Virginie Achouch, « Podcasts : Les Grosses Têtes en tête, France Inter premier éditeur en juin 2026 », 10 juillet 2026

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