Les auteur·ices de l’audiovisuel pourraient perdre 21 % de leurs revenus d’ici à 2028 à cause de l’intelligence artificielle générative. Ce chiffre vient d’une étude publiée en décembre 2024 par la Cisac. Cette confédération réunit les sociétés d’auteurs et de compositeurs du monde entier. Le cabinet de conseil PMP Strategy a fait le calcul. La perte cumulée atteindrait 12 milliards d’euros en cinq ans pour l’audiovisuel.
L’IA au cinéma désigne l’usage de ces logiciels pour écrire, doubler ou fabriquer les images d’un film. L’étude de la Cisac classe les métiers selon leur exposition. Les traducteur·ices et adaptateur·ices, qui écrivent les doublages et les sous-titres, sont les plus touché·es. Les scénaristes et les cinéastes pourraient perdre 15 à 20 % de leurs revenus.
Le 22 juillet, l’IA au cinéma a pris la forme d’une promesse d’Elon Musk. Le patron de Tesla, de SpaceX et du réseau social X dirige aussi xAI, l’entreprise qui développe l’assistant Grok. Il a annoncé que son outil Grok Imagine produirait un long-métrage tiré de l’Odyssée avant la fin de l’année. Il le promet « historiquement fidèle ». L’annonce est arrivée cinq jours après la sortie de The Odyssey, l’adaptation du cinéaste Christopher Nolan.

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IA au cinéma : Elon Musk promet une « Odyssée » « historiquement fidèle », alors que le poème d’Homère est un récit mythologique
La promesse tient en un message publié sur X, que le magazine professionnel états-unien Variety a rapporté le jour même. Elon Musk y écrit que le film sera fidèle à l’histoire et à l’art d’Homère. Il a joint au message une séquence de trois minutes. Elle a été générée avec Grok Imagine par un utilisateur de X.
Le message ne nomme ni scénariste, ni équipe pour ce film d’IA au cinéma. Variety relève que les personnages de la séquence partagée sont tous blancs.
Le même article rappelle le contenu du poème. L’Odyssée met en scène un cyclope, un monstre à six têtes et une magicienne qui change les marins en porcs. Le texte est une fiction, composée il y a près de 2 800 ans. Il n’existe donc pas de version historique à laquelle un film pourrait être fidèle.
L’acteur états-unien Colman Domingo l’a dit le soir même à la télévision. Il présentait ce jour-là « Jimmy Kimmel Live! », une émission de fin de soirée de la chaîne ABC. Il a expliqué qu’on ne pouvait pas tirer une version historiquement fidèle d’une histoire inventée. Selon lui, la fidélité promise par Elon Musk désigne une distribution blanche. Variety a rapporté ses propos.
Ce projet d’IA au cinéma suit des mois d’attaques d’Elon Musk contre le casting, qui visent une actrice noire et un acteur trans
La promesse d’Elon Musk prolonge une campagne commencée avant la sortie du film. Christopher Nolan a confié le rôle d’Hélène de Troie à l’actrice kényane et mexicaine Lupita Nyong’o. Elon Musk a alors écrit sur X que le cinéaste était un « raciste anti-Blancs ». Il a ajouté que ce choix servait à obtenir des récompenses.

Elon Musk s’en est aussi pris à l’acteur canadien Elliot Page, qui est un homme trans. Le 11 mai, il a qualifié sa présence au casting de choix stupide et tordu. PinkNews, un site d’information britannique consacré à l’actualité LGBT+, a daté ces messages. Variety les décrit comme transphobes.
Lupita Nyong’o a répondu en mai dans le magazine Elle. Elle y dit soutenir le projet de Christopher Nolan. Elle affirme qu’elle ne passera pas son temps à préparer une défense. Variety a repris ses déclarations le 21 mai.
« C’est un récit mythologique. »
Lupita Nyong’o, dans le magazine « Elle », en mai
Christopher Nolan n’a pas répondu à Elon Musk. Le 19 juillet, il a toutefois parlé de l’IA au cinéma au quotidien britannique The Telegraph. D’après PinkNews, il y affirme que le jeune public repère vite les images générées et les rejette. Son film, produit par le studio états-unien Universal, a rapporté 264 millions de dollars dès son premier week-end.
Grok, l’outil retenu pour ce film d’IA au cinéma, a d’abord servi à fabriquer des images sexualisées de femmes
L’outil auquel Elon Musk veut confier l’Odyssée a déjà fait l’objet d’une étude. AI Forensics est une organisation européenne à but non lucratif qui examine les algorithmes des plateformes. Le 5 janvier, elle a publié l’analyse de plus de 20 000 images générées par Grok et de 50 000 demandes d’utilisateur·ices.
Selon cette analyse, 53 % des images montraient des personnes très peu vêtues. Parmi elles, 81 % avaient l’apparence de femmes. Environ 2 % des images représentaient des personnes qui semblaient avoir 18 ans ou moins.
Ces résultats portent sur les usages de Grok sur X. Le même logiciel devrait fabriquer les personnages féminins de ce film d’IA au cinéma, dont Hélène et Pénélope.
IA au cinéma en France : le public rejette les films entièrement générés et la justice enquête sur Grok
En France, Grok fait l’objet d’une procédure pénale. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur X en janvier 2025. Elle porte notamment sur des images sexuelles truquées et des messages négationnistes produits par Grok. Les locaux parisiens de X ont été perquisitionnés en février. Elon Musk a parlé d’une attaque politique.
Convoqué le 20 avril pour une audition libre, Elon Musk ne s’est pas présenté. Le 7 mai, le parquet a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire visant Elon Musk et X, a rapporté Euronews, une chaîne d’information européenne. Une information judiciaire confie l’enquête à des juges d’instruction. Elon Musk n’a pas été condamné et reste présumé innocent.
Le public français, lui, se méfie de l’IA au cinéma. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est l’établissement public qui finance et régule le secteur. Il a publié en septembre 2024 une enquête sur la perception de ces outils. Environ un tiers des personnes interrogées jugent positivement l’usage de l’IA dans la création.
Les effets visuels créés par IA sont largement acceptés. Les avis sont partagés sur le doublage et l’écriture de scénario. Les œuvres entièrement générées et les acteur·ices virtuel·les sont majoritairement rejeté·es. Une majorité des personnes interrogées veut être informée quand une œuvre a recours à l’IA.
L’IA au cinéma pèse déjà sur les métiers du doublage, très présents en France. D’après l’étude de la Cisac, les traducteur·ices et adaptateur·ices pourraient perdre 56 % de leurs revenus d’ici à 2028.