Dans le monde, 85,6 % des opérations de chirurgie esthétique sont pratiquées sur des femmes. Les hommes en représentent 14,4 %. Ces chiffres viennent du bilan annuel de la Société internationale de chirurgie esthétique et plastique (ISAPS), une organisation professionnelle de chirurgien·nes. Publié le 29 septembre, il porte sur l’année 2025 et sur 51 pays ou régions. Il recense près de 17,9 millions d’opérations réalisées par des chirurgien·nes plasticien·nes.
La chirurgie esthétique désigne les opérations qui modifient l’apparence sans raison médicale. Les plus pratiquées en 2025 sont la chirurgie des paupières, la liposuccion et l’augmentation mammaire. L’ISAPS compte à part 17,3 millions d’actes sans opération, comme les injections de toxine botulique. Les femmes en reçoivent 84,8 %.
Les femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique sont aussi celles dont on se moque. Début octobre, l’actrice états-unienne Megan Fox, 40 ans, en a fait l’expérience. Une vidéo où elle parle de ses films préférés a reçu une vague de commentaires sur son visage. Megan Fox avait pourtant raconté elle-même ses opérations en 2024. Elle avait alors dit ne pas comprendre qu’on fasse honte aux personnes opérées.
Megan Fox est moquée pour la chirurgie esthétique qu’on lui prête, sous une vidéo où elle parlait de cinéma
La vidéo vient de Letterboxd, un réseau social où les internautes notent et commentent des films. Sa série « Four Favorites » demande à des personnalités de citer quatre films qu’elles aiment. Megan Fox y répond aux côtés de Karyn Kusama, la réalisatrice de Jennifer’s Body, un film d’horreur sorti en 2009. Megan Fox y tenait le rôle principal.

Les images ont été tournées en octobre 2025, à Los Angeles. Les deux femmes assistaient à une projection du film à l’Academy Museum, le musée de l’Académie des Oscars. Letterboxd les a mises en ligne près d’un an plus tard. L’édition britannique de l’International Business Times, un site d’information économique, a décrit les réactions le 6 octobre.
Sur Instagram, une grande partie des commentaires ne portait pas sur les films cités. Des internautes y commentaient le visage de l’actrice et lui attribuaient de nouvelles opérations, sans aucun élément. D’autres ont pris sa défense et ont jugé ces suppositions déplacées. Letterboxd a ensuite fermé les commentaires de sa publication. Le 8 octobre, Megan Fox n’avait pas réagi publiquement.
Megan Fox a détaillé elle-même ses opérations de chirurgie esthétique en 2024 et jugé « étrange » la honte qui les entoure
Ces suppositions visent une actrice qui a déjà répondu, point par point. Le 20 mars 2024, Megan Fox était l’invitée de « Call Her Daddy », l’un des podcasts d’entretiens les plus écoutés aux États-Unis. Face à l’animatrice Alex Cooper, elle a dressé la liste de ses opérations. La transcription de l’épisode est disponible en ligne.
Elle y explique que sa poitrine a été opérée quand elle avait 21 ou 22 ans. Elle dit n’avoir subi aucune rhinoplastie depuis ses 23 ans environ. Elle affirme n’avoir jamais fait de lifting, de fils tenseurs ni de liposuccion. Elle ajoute qu’elle n’aime pas la chirurgie et qu’elle a très peur de l’anesthésie générale.
« C’est une chose très étrange à reprocher à quelqu’un. »
Megan Fox, dans le podcast « Call Her Daddy », le 20 mars 2024
Megan Fox donne aussi la raison de cette liste. Elle estime que la chirurgie esthétique reste entourée d’un stigmate et qu’elle ne peut pas gagner face aux rumeurs. Elle dit espérer que sa franchise libérera d’autres personnes. Elle déclare enfin ne pas comprendre l’intérêt de faire honte à celles et ceux qui se font opérer.
Une étude montre que les femmes qui envisagent la chirurgie esthétique sont jugées moins chaleureuses, moins compétentes et moins morales
Le stigmate dont parle Megan Fox a été mesuré par des psychologues. Sarah Bonell, Sean Murphy et Scott Griffiths sont chercheur·ses à l’université de Melbourne, en Australie. En 2021, ils et elle ont publié une expérience dans PLOS One, une revue scientifique en accès libre. Son titre se traduit par « Sous le bistouri : les perceptions défavorables des femmes qui recherchent la chirurgie plastique ».
L’équipe a interrogé 985 adultes vivant aux États-Unis. Chaque personne voyait des photos de femmes, accompagnées d’un court texte sur leurs projets. Pour certaines, le texte annonçait une opération de chirurgie esthétique. Pour les autres, il décrivait une activité banale. Les participant·es notaient ensuite chaque femme sur 47 traits de caractère.
Les femmes qui prévoyaient une opération ont obtenu de moins bonnes notes en chaleur, en compétence et en moralité. Elles ont aussi été jugées moins « humaines », un critère que les psychologues utilisent pour mesurer la déshumanisation. Les auteur·rices précisent que ces écarts sont faibles. La pénalité touche surtout les femmes que les participant·es trouvaient belles.
La chirurgie esthétique répond à une injonction à la jeunesse que le cinéma applique aux actrices dès 40 ans
Ce jugement s’ajoute à celui que les femmes subissent quand elles vieillissent, et le cinéma en donne une mesure. Martha Lauzen dirige le Centre d’étude des femmes à la télévision et au cinéma de l’université d’État de San Diego. Elle analyse chaque année les films qui ont rapporté le plus d’argent aux États-Unis. Son rapport sur l’année 2025 est paru le 24 février.
Les personnages féminins y ont en majorité entre 20 et 39 ans. Les personnages masculins ont en majorité entre 30 et 49 ans. Les femmes de 60 ans et plus représentent 2 % des personnages féminins importants. Les hommes du même âge représentent 8 % des personnages masculins importants. Les femmes tiennent 36 % des rôles importants, contre 39 % un an plus tôt.
Les chiffres de l’ISAPS montrent que la demande commence tôt. Les 18-34 ans reçoivent 57 % des rhinoplasties et 49,5 % des augmentations mammaires. La toxine botulique, qui atténue les rides, est surtout injectée entre 35 et 50 ans. Cette tranche d’âge reçoit 47 % des injections.
En France, la loi interdit aux influenceur·ses de promouvoir la chirurgie esthétique, que les jeunes adultes sollicitent désormais davantage
La France a choisi d’encadrer la publicité plutôt que les commentaires. La loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale interdit aux influenceur·ses toute promotion, directe ou indirecte, de la chirurgie esthétique. L’interdiction vaut aussi pour la médecine esthétique. La même loi impose la mention « images retouchées » sur les contenus où la silhouette ou le visage ont été modifiés.
Quelques mois plus tôt, deux journalistes du Parisien, Elsa Mari et Ariane Riou, avaient enquêté sur ce secteur. Leur livre, Génération bistouri, est paru en 2023 aux éditions JC Lattès. Elles y écrivent que les 18-34 ans ont plus souvent recours à ces actes que les 50-60 ans. Dans un entretien au magazine L’ADN, consacré aux nouveaux usages, Elsa Mari décrit des réseaux sociaux qui répètent un modèle de beauté unique. Elle y précise que la demande vient encore surtout des femmes.
Le marché, lui, continue de grandir. L’IMCAS est un congrès professionnel de dermatologie et de chirurgie esthétique organisé chaque année à Paris. Son analyse de marché pour 2026 évalue le secteur mondial de l’esthétique médicale à 18 milliards d’euros en 2025. Elle prévoit 23,4 milliards d’euros en 2030. Les hommes y représentent 16 % des actes.