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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Pensée positive : on répète aux malades que le moral aide à guérir, mais les études ne trouvent aucun effet sur la survie au cancer

En juillet, Sylvie Tellier, ancienne directrice de Miss France, a lié pensée positive et guérison dans un podcast, avant de présenter ses excuses. Ses propos reprennent aussi une idée très répandue, selon laquelle le moral aide à vaincre la maladie. Pourtant, les études menées sur des personnes atteintes d'un cancer ne trouvent aucun effet de l'état d'esprit sur la survie. Or cette pensée positive pèse sur les malades, qui disent souvent subir une pression pour rester optimistes. Que sait vraiment la recherche sur le moral et la guérison ?

Barbara Ehrenreich assise devant un micro Décryptage
L'essayiste états-unienne Barbara Ehrenreich à New York, en septembre 2006. David Shankbone / Wikimedia Commons, CC BY 2.5

En France, le stress et les épreuves de la vie sont souvent cités parmi les causes du cancer. Ce constat vient du quatrième Baromètre cancer, publié le 30 janvier 2023. Cette enquête est menée par l’Institut national du cancer et par Santé publique France, l’agence nationale de santé publique. L’institut de sondage Ipsos a interrogé 4 938 personnes de 15 à 85 ans. Santé publique France précise qu’aucune preuve scientifique n’établit ce lien.

Une autre idée lui est proche, celle de la pensée positive. L’expression désigne l’idée qu’un état d’esprit optimiste protège de la maladie ou aide à en guérir. La recherche médicale a testé la pensée positive sur des personnes atteintes d’un cancer. Elle n’a pas trouvé de lien solide entre le moral des malades et leur survie.

Le sujet est revenu dans l’actualité en juillet. Sylvie Tellier, Miss France 2002, a dirigé la société Miss France de 2007 à 2022. Invitée du podcast « Boum Boum », elle a affirmé que les femmes positives s’en sortaient deux fois plus facilement. Elle a ensuite présenté ses excuses. Une ancienne Miss Aquitaine lui a répondu dans une lettre ouverte.

Sylvie Tellier en robe bleue à Cannes
Sylvie Tellier au Festival de Cannes, le 10 mai 2018. Joan Hernandez Mir / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Sylvie Tellier associe pensée positive et guérison dans un podcast, et une comédienne y voit une injonction faite aux femmes malades

« Boum Boum » est un podcast d’entretiens animé par Alexandra Roost. L’épisode avec Sylvie Tellier a été mis en ligne le 20 juillet, selon Paris Match Belgique, l’édition belge de l’hebdomadaire.

Sylvie Tellier y parle de son rapport à la maladie. Elle se dit convaincue que les personnes anxieuses développent des maladies. Elle affirme que les femmes positives s’en sortent « deux fois plus facilement ». Elle ajoute que, si elle tombait malade un jour, elle n’en parlerait pas à sa famille.

Un extrait court de l’entretien a ensuite circulé sur Instagram, TikTok et X. La comédienne Hélène Vézier lui a répondu dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, Madame Meuf. Elle y dénonce une injonction faite aux femmes de bien gérer leur cancer. Ses propos sont rapportés par Bluewin, un portail d’information suisse.

Une autre réponse est venue du milieu des concours de beauté. Une ancienne Miss Aquitaine, élue en 1997, a adressé une lettre ouverte à Sylvie Tellier sur Facebook. Elle la signe de son prénom, Céline. Elle s’y présente comme une ancienne Miss, une femme et une mère.

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Sylvie Tellier présente ses excuses et reconnaît une statistique erronée, mais répète que la pensée positive peut être une force

Ces critiques ont conduit Sylvie Tellier à s’expliquer deux fois en quatre jours. Sa première réponse date du 23 juillet, dans une story Instagram. Elle y explique qu’elle parlait de sa propre peur de la maladie et de son hypocondrie. Elle écrit que son seul message portait sur la force que donnent l’espoir et une attitude positive dans une épreuve. Elle présente « mille excuses » pour le cas où elle se serait mal exprimée.

Le 26 juillet, elle publie un texte plus long sur Instagram. Purepeople, un site d’actualité des célébrités, en a reproduit des passages. Sylvie Tellier y affirme que le montage a rapproché des réponses données à des moments différents de l’entretien. Selon elle, la production du podcast a reconnu une erreur, s’est excusée et a retiré la vidéo courte.

Dans ce texte, elle dit regretter sincèrement que ses propos aient blessé. Elle reconnaît avoir cité une statistique de façon inexacte. Elle précise que son récit n’est ni un conseil ni un exemple à suivre. Elle annonce enfin que ce message sera sa seule prise de parole sur le sujet.

Les études sur la pensée positive ne trouvent pas d’effet du moral sur la survie, et déconseillent de faire pression sur les malades

L’effet du moral sur l’évolution d’un cancer est étudié depuis plusieurs décennies. Mark Petticrew, Ruth Bell et Duncan Hunter, trois chercheur·es en santé publique, ont fait le bilan de ces travaux en 2002. Leur revue systématique est parue dans le British Medical Journal, une revue médicale britannique. Une revue systématique rassemble et compare toutes les études disponibles sur une question.

Celle-ci réunit 26 études sur la survie et 11 études sur la récidive. La plupart ne trouvent aucun lien significatif entre l’« esprit combatif » des malades et l’évolution de leur cancer. Les résultats favorables viennent surtout d’études de petite taille ou de méthode fragile. Les auteur·es en concluent que les malades ne devraient pas se sentir obligé·es d’adopter une attitude particulière.

Une étude plus récente a confirmé ce bilan. James Coyne est psychologue et professeur à la faculté de médecine de l’université de Pennsylvanie, aux États-Unis. En 2007, il a publié dans la revue Cancer le suivi de patient·es atteint·es d’un cancer de la tête et du cou. L’étude a enregistré 646 décès. Elle ne trouve aucune association entre le bien-être émotionnel des malades et leur survie.

En 2010, James Coyne a signé un article de synthèse avec deux autres psychologues. Howard Tennen enseigne à l’université du Connecticut. Adelita Ranchor travaille au centre médical universitaire de Groningue, aux Pays-Bas. Leur texte est paru dans Annals of Behavioral Medicine, une revue consacrée aux liens entre comportement et santé. Selon ces trois auteur·es, aucune donnée ne montre que l’attitude, la personnalité ou la pensée positive change l’issue d’un cancer. Les interventions psychologiques n’ont pas non plus prouvé d’effet sur la survie.

Les trois psychologues citent le nageur néerlandais Maarten van der Weijden. Soigné pour une leucémie, il est devenu champion olympique du 10 km en eau libre en 2008.

« Il n’a jamais été prouvé qu’on guérit du cancer en pensant positivement ou en luttant. »

Maarten van der Weijden, nageur néerlandais, cité dans la revue « Annals of Behavioral Medicine » en 2010
« Maladies graves : pour guérir il faut avoir le moral ! », une vidéo de La Tronche en Biais, chaîne française de vulgarisation scientifique.

L’injonction à la pensée positive fait peser sur les malades la responsabilité de leur guérison, selon des psychologues

Cette absence de preuve n’empêche pas la pensée positive d’être conseillée aux malades. Des psychologues y voient une pression exercée sur les patient·es. James Coyne et ses coauteur·es notent que les personnes atteintes d’un cancer disent souvent subir une pression pour rester positives. Elles craignent que leurs émotions négatives réduisent leurs chances de survie.

L’essayiste états-unienne Barbara Ehrenreich a décrit cette pression à partir de sa propre expérience. Dans Bright-sided, paru en 2009, elle raconte son cancer du sein et les encouragements à rester optimiste qu’elle a reçus. Le livre est paru au Royaume-Uni sous le titre Smile or Die, « Souris ou meurs ».

Barbara Ehrenreich résume « Smile or Die » dans une conférence illustrée, mise en ligne par la Royal Society of Arts, une société savante britannique (en anglais).

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Pensée positive en France : le stress reste souvent cité comme cause de cancer, alors qu’aucune preuve scientifique ne l’établit

En France, la pensée positive rencontre des idées très partagées sur l’origine de la maladie. La quatrième édition du Baromètre cancer repose sur des entretiens téléphoniques menés du 22 avril au 7 août 2021. Les facteurs psychologiques y sont souvent cités parmi les causes de cancer. Les personnes interrogées mentionnent le stress de la vie moderne et les expériences traumatisantes.

Ces croyances gagnent du terrain. La Revue du praticien, une revue de formation destinée aux médecins, a analysé l’enquête le 3 février 2023. Elle relève que les facteurs sans lien prouvé avec le cancer sont davantage cités que dans l’édition précédente.

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Santé publique France répond à ces croyances dans la présentation de l’enquête. L’agence écrit qu’il n’existe aucune preuve scientifique avérée d’un lien entre le stress, les expériences traumatisantes et le cancer.

Les sources de cet article

  1. Santé publique France et Institut national du cancer, « Attitudes et comportements des Français face au cancer, résultats du 4e Baromètre cancer », 30 janvier 2023
  2. Mark Petticrew, Ruth Bell et Duncan Hunter, « Influence of psychological coping on survival and recurrence in people with cancer: systematic review », British Medical Journal, 9 novembre 2002
  3. James Coyne, Howard Tennen et Adelita Ranchor, « Positive Psychology in Cancer Care: A Story Line Resistant to Evidence », Annals of Behavioral Medicine, 2010
  4. Paris Match Belgique, « Sylvie Tellier, ancienne patronne des Miss en France, crée la polémique avec ses propos sur le cancer », 27 juillet 2026
  5. Purepeople, « “Ma seule prise de parole” : Sylvie Tellier fait une annonce et met fin à une situation délicate », juillet 2026
  6. Bluewin (Covermedia), « Tollé autour de Sylvie Tellier », 27 juillet 2026
  7. La Revue du praticien, « Cancer : 1 Français sur 4 pense que boire un peu de vin est bénéfique », 3 février 2023

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