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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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L’influence est politique : l’agence Gisèle Paris dit refuser toute position politique, trois responsables politiques se saisissent de l’affaire en huit jours

Le 13 août, l'eurodéputée Rima Hassan a appelé au boycott de Gisèle Paris, une agence d'influence liée à la créatrice de contenu Léna Situations. Cette affaire a aussi fait réagir une députée, un chef de parti et le parquet de Paris. Pourtant, l'agence affirme ne pas vouloir prendre de positions politiques. Or l'influence pèse sur l'opinion : en France, 29 % des personnes interrogées s'informent en partie auprès de créateurs et créatrices de contenu. Comment des vidéos de vacances sont-elles devenues une affaire politique ?

Léna Situations Décryptage
Léna Situations, en 2026. Elyot Boudart / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En France, 29 % des personnes interrogées disent s’informer en partie auprès de créateurs et créatrices de contenu. Seules 3 % estiment que ces comptes couvrent tous leurs besoins d’information. Ces chiffres viennent du Digital News Report 2026, l’enquête annuelle de l’institut Reuters de l’université d’Oxford sur la consommation d’information. La fiche consacrée à la France, datée du 16 juin, est signée par Alice Antheaume, doyenne exécutive de l’école de journalisme de Sciences Po.

Le droit français définit l’influence à partir de l’argent. La loi du 9 juin 2023 encadre « l’influence commerciale ». Elle désigne ainsi le fait d’utiliser sa notoriété en ligne, contre rémunération, pour promouvoir des biens, des services ou une cause. Les agences d’influence représentent ces créateurs et créatrices auprès des marques.

En août, l’une d’elles s’est retrouvée au centre d’un débat sur la guerre à Gaza. Gisèle Paris a été visée par un appel au boycott lancé par une eurodéputée. Sa cofondatrice, Gisèle Journo, apparaissait dans les vidéos de vacances de Léna Situations, l’une des créatrices de contenu les plus suivies de France. En huit jours, trois responsables politiques se sont exprimé·es sur l’affaire. Des marques ont été sollicitées et le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Des vidéos republiées par la cofondatrice d’une agence d’influence entraînent un appel au boycott de l’agence et de tous ses talents

Léna Mahfouf, dite Léna Situations, publie chaque été une vidéo par jour pendant le mois d’août. Ce rendez-vous, les « vlogs d’août », existe depuis 2017. La dixième saison, annoncée comme la dernière, comptait cinq marques partenaires, dont Duolingo et Garnier. La Réclame, un média spécialisé dans la publicité, en a donné la liste.

La vidéo dans laquelle Léna Situations annonce la dernière saison de ses « vlogs d’août », publiée sur sa chaîne YouTube en juillet.

Début août, la créatrice filme quelques jours de vacances sur l’île de Ré avec un groupe d’ami·es. Gisèle Journo, 26 ans, en fait partie. Elle a cofondé l’agence d’influence Gisèle Paris.

Des internautes examinent alors ses comptes personnels. Ils et elles y trouvent des vidéos d’autres comptes qu’elle a republiées sur TikTok en 2024 et 2025. Le Nouvel Obs en a dressé la liste le 21 août. On y voit des soldats israéliens et un drapeau israélien près du mur des Lamentations, à Jérusalem.

Rima Hassan est eurodéputée de La France insoumise (LFI). Le 13 août, elle relaie sur Instagram des captures d’écran de ces republications. Elle accuse Gisèle Journo d’avoir relayé des contenus de l’armée israélienne « en plein génocide ». Elle appelle au boycott de l’agence et de ses talents. Selon Le Nouvel Obs, elle cite d’abord Léna Situations, puis retire son nom.

Rima Hassan
Rima Hassan, en 2025. Parlement européen / Wikimedia Commons, © Union européenne

Gisèle Journo a republié ces contenus à titre personnel, et non au nom de l’agence. The Times of Israël, un site d’information israélien publié en français, le précise.

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L’agence d’influence dit refuser toute position politique, mais ses talents prennent position en public et certain·es annoncent leur départ

La réponse de l’agence arrive le lendemain de l’appel au boycott. Le 14 août, Gisèle Paris publie un communiqué sur ses réseaux sociaux. Elle reconnaît que ces republications ont pu heurter. Elle affirme qu’elle ne veut pas prendre de positions politiques. Elle écrit que certain·es de ses salarié·es reçoivent des insultes, des menaces et des propos antisémites. Elle se défend enfin d’avoir approuvé la mort de civils.

« Jamais soutenu ni cautionné la mort de civils palestiniens »

L’agence Gisèle Paris, dans son communiqué du 14 août

Les créateurs et créatrices que l’agence représente réagissent dans les jours qui suivent. Le Nouvel Obs cite Fadhel, TheDollBeauty et Lucile Lol. Selon l’hebdomadaire, ces talents annoncent leur départ de l’agence ou réaffirment leur soutien à la Palestine.

Les proches filmé·es sur l’île de Ré modifient aussi leurs vidéos. Le 14 août, le youtubeur Sundy Jules floute le visage de Gisèle Journo dans l’une des siennes.

Un « like » de Léna Situations est commenté par une députée et par un chef de parti : l’influence d’une créatrice est traitée comme une parole publique

Léna Situations ne fait aucune déclaration dans les jours qui suivent. Elle « like » la publication de Rima Hassan, c’est-à-dire qu’elle y appose la mention « j’aime ». Elle supprime ensuite plusieurs publications et vidéos où apparaît Gisèle Journo, selon The Times of Israël.

Ces deux gestes lui valent des reproches. L’animateur de télévision Arthur l’accuse de s’être désolidarisée de son amie. La Licra, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, formule la même critique. Le Nouvel Obs rapporte ces deux réactions.

Deux parlementaires s’en saisissent ensuite. Caroline Yadan est députée Renaissance, élue par les Français·es de l’étranger, et autrice d’une proposition de loi sur l’antisémitisme. Elle estime que les gestes d’une personnalité suivie par des millions de personnes « ne sont pas anodins ». Manuel Bompard, coordinateur de LFI, lui répond. Il l’accuse de vouloir « détruire la carrière » de Léna Situations pour un « like » et des désabonnements. Il apporte son soutien à la créatrice.

Caroline Yadan
Caroline Yadan, en 2024. TrisHR / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

L’édition suisse du quotidien 20 Minutes est revenue sur cet épisode le 1er septembre. Le journal précise qu’aucune responsabilité de Léna Situations dans le cyberharcèlement n’est établie.

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Une députée écrit aux marques partenaires : dans l’influence, un geste politique engage aussi des contrats publicitaires

Le débat atteint les annonceurs par l’intermédiaire de Caroline Yadan. La députée contacte plusieurs marques qui collaborent avec Léna Situations et avec d’autres créateurs et créatrices. Elle leur demande si ce comportement est compatible avec leurs engagements de respect, d’inclusion et de lutte contre les discriminations. Le Nouvel Obs, qui rapporte cette démarche, ne mentionne aucune réponse publique de ces marques.

Pour les entreprises, l’influence est devenue un investissement courant. Reech, une société française de marketing d’influence, publie chaque année une étude sur le secteur. L’édition 2026 repose sur 400 professionnel·les qui travaillent pour des marques et des agences. 83 % des marques déclarent avoir mené au moins une campagne d’influence en deux ans. Les Gens d’Internet, un média spécialisé dans l’économie des créateurs et créatrices, a publié ces résultats le 22 janvier.

Les abonné·es peuvent aussi se détourner d’un compte. L’édition 2025 de la même étude les interrogeait, d’après le même média. 92 % se disaient prêt·es à se désabonner d’un créateur ou d’une créatrice qui dépasse leurs limites. La désinformation était le premier motif cité (61 %).

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour cyberharcèlement : l’affaire née dans l’influence se poursuit devant la justice

La polémique a aussi pris la forme de milliers de messages adressés à Gisèle Journo, selon ses avocat·es. Elle a déposé plainte. L’avocate Karen Noblinski a décrit à l’Agence France-Presse des menaces de mort et des injures antisémites et sexistes.

Le 20 août, le parquet de Paris confirme l’ouverture d’une enquête préliminaire. Son pôle national de lutte contre la haine en ligne la confie à la brigade de répression de la délinquance contre les personnes. Cette brigade est un service de la police judiciaire parisienne.

Les vlogs d’août se sont achevés le 31 août à l’Accor Arena, à Paris. Les 20 000 billets s’étaient vendus en 45 minutes, selon 20 Minutes. La soirée devait être diffusée le 12 septembre sur France 2.

Les sources de cet article

  1. Reuters Institute for the Study of Journalism (université d'Oxford), Digital News Report 2026, fiche France par Alice Antheaume, 16 juin 2026
  2. Le Nouvel Obs, Karl Pasquet, « Lena Situations, Gisèle Journo, cyberharcèlement… Ce que l'on sait de la polémique qui agite bien au-delà des influenceurs », 21 août 2026 (repris par Yahoo Actualités)
  3. The Times of Israël, « Gisèle Journo, agent d'influenceurs, cyberharcelée après un énième appel au boycott lancé par Rima Hassan », 23 août 2026
  4. 20 Minutes (Suisse), Perrine Millet, « La fin des vlogs d'août de Lena Situations après un été polémique », 1er septembre 2026
  5. Les Gens d'Internet, « 5 informations sur l'influence marketing à savoir en 2026 d'après l'étude Reech », 22 janvier 2026
  6. Les Gens d'Internet, « 92 % des utilisateurs peuvent se désabonner d'un créateur qui fait de la désinformation ou qui surconsomme », 6 février 2025
  7. La Réclame, « Les vlogs d'août de Léna Situations tirent leur révérence », 27 juillet 2026

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