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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Adèle Haenel : France Télévisions a supprimé son émission en quelques heures, alors que l’Arcom met trois mois à se prononcer

Le 9 septembre, Adèle Haenel a accusé Israël de génocide en direct sur France 5. France Télévisions a retiré l'émission de son site en quelques heures. Ce retrait a aussi effacé les propos d'Adèle Haenel sur les violences sexuelles subies dans l'enfance. Pourtant, l'Arcom, l'autorité qui contrôle les chaînes, n'avait examiné aucun des signalements reçus. Or cette autorité répond en 90 jours en moyenne, et elle n'a sanctionné aucun programme de France Télévisions en 2024. Qui décide alors de ce qui reste visible sur le service public ?

Un collage en lettres noires sur un mur : Merci Adèle Haenel Décryptage
Un collage de soutien à Adèle Haenel, rue Sainte-Anne-de-Baraban à Lyon, en décembre 2020. Hervé Agnoux / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L’Arcom a reçu 112 854 saisines en 2024, contre 31 870 en 2023. L’Arcom est l’autorité publique qui contrôle les chaînes de télévision et les radios. Une saisine est un signalement que toute personne peut lui envoyer après la diffusion d’un programme. Ces chiffres figurent dans un rapport du Sénat déposé le 23 octobre 2025. Son auteur est Christopher Szczurek, sénateur d’extrême droite (Rassemblement national). L’Arcom lui a fourni ces données.

Ces saisines ne produisent aucun effet immédiat. L’Arcom explique sur son site qu’elle intervient après la diffusion d’un programme, jamais avant. Elle recueille d’abord les observations de la chaîne. Selon le rapport du Sénat, le délai moyen de traitement était de 90 jours en 2024.

France Télévisions n’a pas attendu ce délai pour Adèle Haenel. Le 9 septembre, l’actrice et autrice était l’invitée de « La Grande Librairie », l’émission littéraire de France 5. Elle y a affirmé que l’État d’Israël commettait un génocide en Palestine. Quelques heures plus tard, l’émission entière avait disparu de france.tv, la plateforme de vidéos du groupe public. Cette dépublication, c’est-à-dire le retrait d’un programme déjà mis en ligne, a précédé toute décision de l’Arcom.

Adèle Haenel et Céline Sciamma debout devant un écran
Adèle Haenel et la réalisatrice Céline Sciamma lors d’une projection de « Portrait de la jeune fille en feu ». Love, to live / Wikimedia Commons, domaine public (CC0)

L’émission d’Adèle Haenel a disparu de france.tv en quelques heures, avec ses propos sur les violences sexuelles

Adèle Haenel, 37 ans, a reçu deux César avant de quitter le cinéma en 2023. Elle venait présenter Viser juste, son premier livre, paru le 21 août aux éditions de L’Arche. Le texte porte sur une enfance marquée par les violences sexuelles.

En 2019, elle avait accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’agressions sexuelles dans une enquête de Mediapart, un journal d’investigation en ligne. La cour d’appel de Paris l’a condamné le 17 avril à cinq ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique. Les faits retenus datent de la période où elle avait entre 12 et 14 ans. Christophe Ruggia a contesté ces accusations devant la justice.

L’émission se termine chaque semaine par « Droit dans les yeux ». Dans cette séquence, un·e invité·e lit face à la caméra un texte de son choix. Adèle Haenel a d’abord parlé du silence qui entoure les violences sexuelles. Elle a ensuite affirmé que l’État d’Israël commettait un génocide en Palestine et que la France en était complice.

Le replay a été retiré de france.tv quelques heures après la diffusion. Le retrait concerne l’émission entière, et pas seulement la séquence finale. ActuaLitté, un site d’information consacré au livre, l’a constaté le 11 septembre. L’entretien sur Viser juste et les propos sur les violences sexuelles ont donc disparu eux aussi.

Adèle Haenel a réagi sur Instagram dans la nuit du 10 au 11 septembre. L’Agence France-Presse (AFP) a rapporté ses propos. Elle y relie le déni qui entoure les violences sexistes et sexuelles à celui qui entoure, selon elle, la situation à Gaza. Elle estime que la suppression confirme ce qu’elle a dit à l’antenne.

L’autrice a aussi reconnu qu’elle n’avait pas lu le texte transmis à la production. Elle l’a dit à Blast, un média d’information en ligne. Elle dit avoir été certaine que sa version finale serait refusée.

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France Télévisions a retiré l’émission d’Adèle Haenel avant toute décision de l’Arcom, qui ne se prononce qu’après instruction

France Télévisions a justifié ce retrait dans un communiqué du 11 septembre. Le groupe y écrit qu’il n’y a aucune censure. Il parle d’une mesure prise à titre conservatoire, dans l’attente de l’examen de plusieurs saisines par l’Arcom. Selon lui, un sujet géopolitique sensible a été abordé sans la diversité de points de vue qu’impose l’article 35.

Ces saisines viennent en partie de responsables politiques. Julien Odoul, député d’extrême droite (Rassemblement national), a annoncé avoir saisi l’Arcom. Il accuse Adèle Haenel de relayer la propagande du Hamas, a rapporté l’AFP.

L’Arcom, elle, travaille sur un temps beaucoup plus long. Ses services visionnent la séquence, puis demandent ses observations à la chaîne. L’autorité écrit qu’elle ne statue jamais dans l’instant. La loi l’oblige aussi à adresser une mise en demeure avant toute sanction.

France 5 a déjà fait l’objet de cette procédure. Le 27 novembre 2023, le journaliste Patrick Cohen consacrait un éditorial à la mort d’un adolescent à Crépol, dans la Drôme. Il intervenait dans « C à vous », un talk-show quotidien de la chaîne. L’Arcom a délibéré le 14 février 2024, soit 79 jours plus tard. Elle a demandé à France 5 une vigilance accrue, au nom du même article 35.

La décision prise pour Adèle Haenel est contestée à l’intérieur du groupe. La CGT de France Télévisions, un syndicat de salarié·es, a demandé le 11 septembre le rétablissement du replay.

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Avant Adèle Haenel, Annie Ernaux avait employé le mot « génocide » dans la même séquence et sa vidéo est restée en ligne

La direction du groupe admet que le mot « génocide » n’est pas la cause du retrait. Stéphane Sitbon-Gomez est le directeur des antennes et des programmes de France Télévisions. Interrogé par le médiateur du groupe, il a déclaré que les propos d’Adèle Haenel ne posaient aucun problème. Puremédias, un site spécialisé dans l’actualité des médias, a rapporté cet entretien le 18 septembre.

Stéphane Sitbon-Gomez y cite d’autres cartes blanches consacrées à Gaza. Il nomme l’écrivaine Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, et la comédienne Dominique Blanc. Aucune de ces séquences n’a été coupée. Annie Ernaux avait employé le mot « génocide » en juin 2025. L’Arcom n’avait alors reçu aucune saisine, selon le quotidien Le Monde.

Le terme figure aussi dans un document des Nations unies. Le 16 septembre 2025, une commission d’enquête indépendante des Nations unies a conclu qu’Israël avait commis un génocide dans la bande de Gaza. Israël rejette cette conclusion.

Le directeur des antennes explique la différence de traitement par les réactions du public. Il affirme que le groupe a reçu énormément de recours et de saisines après le passage d’Adèle Haenel. France Télévisions n’a communiqué aucun chiffre.

Le présentateur de l’émission a répondu à l’antenne une semaine plus tard. Le 16 septembre, Augustin Trapenard, qui anime « La Grande Librairie » depuis 2022, n’a cité ni Adèle Haenel ni le retrait du replay. Il a défendu les cartes blanches comme une parole d’artiste, distincte de celle des responsables politiques.

Augustin Trapenard
Augustin Trapenard, en 2017. Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

« Prendre la parole, c’est toujours prendre un risque. »

Augustin Trapenard, dans « La Grande Librairie », sur France 5, le 16 septembre

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En 2024, l’Arcom a prononcé huit sanctions contre le groupe Canal+ et aucune contre France Télévisions, que l’affaire Adèle Haenel oblige à écrire ses règles

Les sanctions de l’Arcom visent rarement le service public, d’après les chiffres transmis au Sénat. En 2024, l’autorité a ouvert 57 dossiers sur des programmes de France Télévisions. Douze ont donné lieu à une intervention, soit onze lettres simples et une mise en garde. Aucun n’a abouti à une sanction.

La même année, le groupe Canal+ a fait l’objet de 151 dossiers. Il possédait alors la chaîne d’information CNews et la chaîne C8. Seize dossiers ont entraîné une intervention, dont huit sanctions et une mise en demeure. CNews totalisait 102 dossiers et C8 49.

La direction de France Télévisions est revenue sur sa décision une semaine après le retrait. Delphine Ernotte Cunci, la présidente du groupe, s’est expliquée dans un entretien au Monde publié le 18 septembre. Elle y affirme que le retrait ne visait pas à censurer Adèle Haenel. Elle reconnaît que le groupe n’a pas assez expliqué sa décision.

La présidente annonce aussi avoir saisi le comité d’éthique de France Télévisions. Ces règles devaient être rendues publiques dans les semaines suivantes. Delphine Ernotte Cunci n’a pas annoncé la remise en ligne de l’émission.

L’Arcom doit encore dire si l’émission du 9 septembre a enfreint le cahier des charges. Le 11 septembre, France Télévisions indiquait que l’examen des saisines était en attente. Le délai moyen de traitement de l’autorité est de 90 jours.

Les sources de cet article

  1. France Télévisions, « La Grande Librairie du 9 septembre 2026 : France Télévisions vous répond », 11 septembre 2026
  2. Sénat, Christopher Szczurek, rapport d'information n° 68 (2025-2026) sur l'Arcom, 23 octobre 2025
  3. Arcom, « Comment l'Arcom réagit à vos alertes ? »
  4. Arcom, « Émission C à vous diffusée le 27 novembre 2023 : intervention auprès de France 5 », 16 avril 2024
  5. AFP, « Polémique après la suppression par France Télévisions du replay de propos d'Adèle Haenel sur Israël », 11 septembre 2026
  6. Le Monde, entretien avec Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, 18 septembre 2026
  7. Puremédias, entretien de Stéphane Sitbon-Gomez avec le médiateur de France Télévisions, 18 septembre 2026

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