En 2018, 63 % des femmes de 18 à 24 ans passées par un site de rencontre avaient reçu des photos de sexe sans les avoir demandées. Toutes tranches d’âge confondues, c’était le cas de 42 % d’entre elles. Ces chiffres viennent d’une enquête de l’institut de sondage Ifop réalisée pour le site de rencontre UfancyMe.
Ces images portent un nom venu de l’anglais, les dick pics, littéralement « photos de pénis ». Elles arrivent par messagerie, sur les réseaux sociaux ou dans les applications de rencontre. Le problème tient à l’absence de consentement de la personne qui les reçoit.
Le 7 octobre, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité un article qui fait de cet envoi un délit spécifique, rapporte la chaîne parlementaire LCP. Il figure dans la proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Les député·es l’examinent en séance depuis le 1er octobre.
Les dick pics deviendraient un délit puni d’un an de prison, et un seul envoi suffirait pour poursuivre leur auteur
Le texte voté décrit précisément le geste visé. Il s’agit de l’envoi intentionnel, par voie électronique, d’un contenu visuel à caractère sexuel à une personne qui n’y a pas consenti. Le site d’information Journal du Geek précise qu’un seul envoi suffit.
La peine prévue est d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Elle est aggravée si la victime est mineure ou particulièrement vulnérable. Elle l’est aussi quand plusieurs personnes agissent ensemble, ce que le droit pénal appelle la réunion.
La peine de prison fait de cette infraction un délit, jugé par le tribunal correctionnel. Une contravention, elle, n’est punie que d’une amende et relève du tribunal de police.
La mesure figurait dès le départ dans le texte. La proposition de loi a été enregistrée le 2 décembre 2025 avec 172 député·es signataires. Sa première signataire est Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste de Seine-et-Marne élue en juillet 2024.

Elle est la rapporteure générale du texte, c’est-à-dire la députée chargée de l’analyser et de le défendre au nom de la commission qui l’a examiné. En 2022, elle avait pris la présidence de la Coordination pour le lobby européen des femmes, qui réunit des associations féministes.
Le texte est issu du travail de plus de 140 associations féministes et de protection de l’enfance, selon LCP. Son exposé des motifs, qui présente les raisons de chaque article, résume ainsi le délit sur les images sexuelles.
« [L’article 34] criminalise l’envoi non sollicité d’images ou de vidéos représentant des organes génitaux. »
Exposé des motifs de la proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, 2 décembre 2025
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Les dick pics échappent souvent au droit actuel, car un envoi isolé entre mal dans les infractions existantes
Ce nouveau délit vise un vide du droit pénal. Plusieurs infractions existent déjà, mais aucune n’a été pensée pour une image reçue sur un téléphone.
L’exhibition sexuelle n’est punie que si elle est imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au public, rappelle LCP. Une messagerie privée n’entre pas dans cette définition.
Le harcèlement sexuel suppose en principe des faits répétés. Un envoi unique peut donc échapper aux deux qualifications. Quand les envois se répètent, le cyberharcèlement peut être retenu. Il est puni de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, indique le Centre d’information jeunesse (CIDJ).
Restent des contraventions. L’outrage sexiste a été créé par une loi du 3 août 2018 contre le harcèlement de rue. Devenu outrage sexiste et sexuel, c’est une contravention dans sa forme simple, qui pourrait sur le papier s’appliquer aux dick pics, selon le Journal du Geek.
Le CIDJ cite aussi l’article R. 624-2 du Code pénal. Il punit l’envoi non sollicité d’un message contraire à la décence d’une amende de 750 euros au plus. Le montant passe à 1 500 euros si l’image est envoyée à un·e mineur·e de moins de 15 ans.
Les dick pics touchent quatre jeunes femmes sur dix au Royaume-Uni, et neuf destinataires sur dix ne les avaient pas demandées
Les enquêtes disponibles montrent l’ampleur du phénomène, en France comme au Royaume-Uni. L’étude de l’Ifop a été menée du 17 au 19 octobre 2018. Elle interroge 1 031 personnes déjà inscrites sur un site de rencontre.
La question posée aux femmes précise que les photos d’organes sexuels ont été reçues « malgré vos marques de désintérêt ». Les plus jeunes sont les plus exposées, avec 63 % chez les 18 à 24 ans.
Au Royaume-Uni, l’institut de sondage YouGov a interrogé 2 121 femmes et 1 738 hommes âgés de 18 à 36 ans. Ses résultats, publiés en février 2018, sont proches de ceux de l’Ifop. Quatre femmes sur dix de cette génération ont déjà reçu une photo de pénis non sollicitée.
Parmi les femmes qui ont déjà reçu une telle photo, 89 % ne l’avaient pas demandée. Côté hommes, 22 % disent avoir déjà envoyé une photo de leur sexe. Environ 5 % reconnaissent en avoir envoyé une sans qu’on la leur demande.

Le Royaume-Uni punit les dick pics depuis 2024, mais sa loi oblige à prouver l’intention de leur auteur
Le Royaume-Uni a pris cette voie avant la France. En Angleterre et au pays de Galles, le cyberflashing est puni depuis le 31 janvier 2024. L’infraction a été créée par l’Online Safety Act, la loi britannique sur la sécurité en ligne.
La peine peut atteindre deux ans de prison, selon le site juridique britannique Chambers Student. L’accusation doit cependant prouver l’intention de l’auteur. Il doit avoir voulu inquiéter, faire souffrir ou humilier la victime, ou chercher une satisfaction sexuelle.
Le texte français repose au contraire sur l’absence de consentement de la personne qui reçoit l’image, souligne le Journal du Geek. La victime n’aurait pas à démontrer ce que l’auteur avait en tête.
La première condamnation britannique est tombée le 19 mars 2024. Un homme de 39 ans, déjà condamné pour des infractions sexuelles, avait envoyé des photos de son sexe en février. Les destinataires étaient une adolescente de 15 ans et une femme d’une soixantaine d’années.
Les deux victimes avaient fait des captures d’écran, et l’une d’elles a porté plainte le jour même. L’homme a plaidé coupable. Il a été condamné à 66 semaines de prison au total, dont 52 pour le cyberflashing.
Les plateformes proposent aussi des outils. Depuis iOS 17, les iPhone peuvent flouter les images de nudité reçues par Messages ou AirDrop, rappelle le Journal du Geek. L’option est désactivée par défaut pour les adultes et ne fonctionne pas dans les applications d’autres éditeurs.
Les dick pics ne seront punies qu’après l’adoption définitive du texte, qui doit encore passer par le Sénat
Le délit voté le 7 octobre ne s’applique pas encore. Il n’entrera en vigueur que si la proposition de loi est adoptée dans son ensemble, puis promulguée. Le vote solennel des député·es sur l’ensemble du texte est prévu le 13 octobre.
Le texte partira ensuite au Sénat. La procédure accélérée a été engagée, indique le Journal du Geek. Elle permet de réunir une commission mixte paritaire, composée de sept député·es et sept sénateurs et sénatrices, après une seule lecture dans chaque chambre.
Cette commission cherche une version commune quand les deux assemblées ne sont pas d’accord. Le Sénat peut aussi modifier ou supprimer l’article sur les dick pics.
La même semaine, les député·es ont voté d’autres mesures du texte, selon le dossier de LCP. L’inceste devient une infraction spécifique, et sa définition est élargie aux cousins germains. L’allaitement entre dans la liste des motifs de discrimination interdits par la loi.
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