Aller au contenu
Édition du samedi 17 octobre 2026
Culture · Société
Soutenir Adelphité

Professeurs non remplacés : Chloë Gervais propose ses cours de maths aux élèves de terminale, alors que près de neuf absences courtes sur dix ne sont pas remplacées

Sur TikTok, la créatrice de contenu Chloë Gervais a proposé de scanner ses anciens cours de mathématiques de terminale et de les partager gratuitement avec les élèves qui passent le bac. Sa vidéo circule en plein mouvement lycéen, nourri par la colère contre les professeurs non remplacés. En 2024-2025, 7,5 % des heures de cours des collèges et lycées publics ont été perdues faute de remplaçant·e. Combien d'heures les élèves perdent-ils et elles à cause des professeurs non remplacés, et qui en paie le prix ?

Édouard Geffray Décryptage
Édouard Geffray, en 2025. © Ministère de l'Éducation nationale / Wikimedia Commons, Licence Ouverte

En 2024-2025, 7,5 % des heures de cours des collèges et lycées publics ont été perdues parce qu’un·e enseignant·e absent·e n’a pas été remplacé·e. Ce chiffre vient d’une note de la DEPP, le service des études statistiques du ministère de l’Éducation nationale, publiée le 30 avril. Avec les fermetures complètes d’établissement, la part des heures non assurées atteint 9,8 %.

Les professeurs non remplacés désignent ici les enseignant·es absent·es pour maladie, congé, formation ou surveillance d’examen, sans personne pour assurer leurs cours. Les élèves de la classe perdent alors ces heures de cours.

En octobre, la créatrice de contenu Chloë Gervais a proposé sur TikTok de partager gratuitement ses anciens cours de mathématiques de terminale. Elle veut les scanner et les classer par chapitre dans un dossier en ligne, pour les élèves qui passent le bac en fin d’année. Sa proposition a été relayée par le magazine people Voici.

Chloë Gervais propose ses cours de terminale face aux professeurs non remplacés, et sa vidéo arrive en plein mouvement lycéen

La vidéo de Chloë Gervais s’adresse aux lycéen·nes qui s’inquiètent pour leur année de terminale. Elle dit savoir que l’année « va être très compliquée ». Elle décrit des cours écrits « tellement au propre », avec des démonstrations, des exemples et tous les schémas. Elle demande aux élèves d’indiquer en commentaire les chapitres au programme.

« Évidemment, ça ne remplace pas un prof, ça ne remplacera jamais un prof. »

Chloë Gervais, créatrice de contenu, dans une vidéo publiée sur TikTok en octobre

Sa proposition intervient pendant le mouvement lycéen de l’automne. Depuis septembre, des élèves bloquent leurs lycées et manifestent dans toute la France. Les absences d’enseignant·es non remplacées font partie de leurs revendications, rappelle L’Étudiant, le site d’information sur les études.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a réagi au mouvement. Selon L’Étudiant, il a demandé aux académies de répondre « dans les huit jours » aux lycées en difficulté de remplacement. Le 8 octobre, il a annoncé l’affectation d’environ 3 000 professeur·es jusque-là sans poste, selon LCP, la chaîne de l’Assemblée nationale.

Édouard Geffray
Édouard Geffray, en 2025. Ministère de l’Éducation nationale / Wikimedia Commons, Licence Ouverte
Le sujet de la chaîne d’information européenne Euronews sur la promesse d’Édouard Geffray d’affecter 3 000 professeur·es remplaçant·es, en octobre.

Lire aussi Mobilisation lycéenne : Greta Thunberg aux côtés des élèves de Saint-Denis, qui réclament des professeur·es

Les professeurs non remplacés ont fait perdre 7,5 % des heures de cours en 2024-2025, et les absences courtes sont rarement couvertes

Les heures perdues que décrivent les lycéen·nes sont mesurées par le ministère lui-même. La note de la DEPP porte sur tous les collèges et lycées publics. Les 9,8 % d’heures non assurées se répartissent en deux causes. Les absences non remplacées en représentent 7,5 points, et les fermetures complètes d’établissement 2,3 points.

La part des heures non assurées a augmenté de 0,7 point en un an. La DEPP attribue cette hausse à un plus grand nombre de jours de fermeture. Les écarts entre établissements sont importants. Les 10 % les plus touchés perdent plus de 15 % de leurs heures, les 10 % les moins touchés moins de 5 %.

La durée de l’absence change tout. Une absence de moins de quinze jours n’est remplacée qu’environ une fois sur dix, selon l’infographie publiée par L’Étudiant le 6 octobre. Les absences longues sont mieux couvertes. Leur taux de remplacement est passé de plus de 97 % en 2013 à 95 % en 2024, d’après les données du ministère.

Les jours de professeurs non remplacés pour une longue absence ont presque doublé en six ans, et la Cour des comptes pointe les moyens

Même les absences longues, les mieux couvertes, laissent de plus en plus d’heures vides. Les journées d’absences longues non remplacées sont passées de 491 479 en 2018-2019 à 949 493 en 2024-2025. Ces chiffres viennent d’un rapport du sénateur Olivier Paccaud (Les Républicains), cité par L’Étudiant.

La hausse a culminé pendant l’épidémie de Covid-19, en 2020-2021, puis elle est restée à un niveau élevé. Les congés maladie liés aux absences longues ont augmenté de 41 % entre 2018 et 2024. Le même rapport rappelle que les enseignant·es s’absentent 13 % moins souvent que les salarié·es du privé.

La Cour des comptes, la juridiction qui contrôle les dépenses publiques, a publié un rapport sur le sujet en décembre 2025. Selon elle, les écarts de remplacement entre académies dépendent surtout des moyens et de la gestion. Elle relève aussi une baisse durable des recrutements et plus de démissions en début de carrière.

Le vivier de remplaçant·es s’est aussi réduit, comme le montre la baisse du nombre de TZR. Dans le même temps, les postes d’enseignant·es vacants ont augmenté de 50 % entre 2005 et 2024, selon les données du ministère reprises par L’Étudiant.

Les concours font presque le plein, mais à la rentrée les professeurs non remplacés manquent encore dans un établissement sur deux

Le recrutement s’est pourtant amélioré cette année. Le concours se passe désormais à la fin de la licence, en troisième année. Le ministère compte 24 351 admis·es à la session 2026, contre 16 311 en 2025, selon L’Étudiant. Les concours externes du second degré, les Capes, ont pourvu 97 % de leurs postes, contre 89 % l’an dernier.

Les mathématiques, la matière des cours que propose Chloë Gervais, restent en retrait. Le Capes de mathématiques a pourvu 93 % de ses postes, contre 74,4 % en 2025. La physique-chimie atteint 97,8 % et l’allemand 89 %. Les lettres classiques ne pourvoient que 70 % de leurs postes. La loi de finances 2026 prévoit par ailleurs la suppression de 4 000 postes d’enseignant·es titulaires.

À la rentrée, le Snes-FSU, premier syndicat des enseignant·es du second degré, a interrogé 1 033 établissements du 31 août au 4 septembre. Il manquait au moins un·e professeur·e dans 53 % des collèges et lycées publics, selon la dépêche de l’AFP reprise par Sud Radio. Les disciplines les plus touchées étaient les mathématiques, le français, la physique-chimie et l’anglais.

« Contrairement aux discours optimistes du ministre, il n’y a pas un professeur devant chaque classe à la rentrée. »

Le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, cité par l’AFP le 7 septembre

Le ministère avance d’autres chiffres. Selon lui, 96,1 % des postes du second degré étaient pourvus à la rentrée, contre 90,6 % un an plus tôt. Il reconnaît des difficultés, mais affirme qu’elles portent surtout sur des volumes d’heures et non sur des postes entiers.

Lire aussi Lycéen·nes d’Outre-mer : leurs lycées étaient mobilisés trois semaines avant Créteil, mais le récit du mouvement les oublie

Les professeurs non remplacés ne pèsent pas partout de la même façon, et les collèges d’éducation prioritaire perdent plus d’heures

Ces moyennes nationales cachent de fortes différences entre territoires. Les académies de Reims, de Grenoble et de Normandie remplacent moins bien que la moyenne, selon L’Étudiant. Celles de Paris, de Rennes, de Besançon et de Bordeaux couvrent plus de 95 % des absences longues.

Les établissements isolés peinent à trouver des remplaçant·es. La Cour des comptes cite aussi les contextes économiques et sociaux difficiles. Selon la DEPP, les collèges de l’éducation prioritaire perdent aussi davantage d’heures. Ce sont les réseaux REP et REP+, qui regroupent les établissements des territoires les plus défavorisés.

Certaines matières sont plus exposées. Les lettres classiques et l’allemand sont plus difficiles à couvrir. Dans les lycées professionnels, les matières scientifiques, l’économie-gestion et certaines options manquent de professeur·es disponibles.

Lire aussi Mobilisation du 17 octobre : les lycéen·nes, les syndicats et les services publics dans la rue

Les sources de cet article

  1. DEPP, ministère de l'Éducation nationale, « La part du temps d'enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2024-2025 », Note d'information n° 26-14, 30 avril 2026
  2. Noa Charbogne, L'Étudiant, « Mouvement lycéen : le nombre d'heures de cours non remplacées a presque doublé en six ans », 6 octobre 2026
  3. L'Étudiant, « Concours enseignants : le nombre de candidats admis en forte hausse », 9 juillet 2026
  4. AFP, Sud Radio, « Rentrée : toujours des profs manquants dans 53 % des collèges et lycées, selon le premier syndicat du second degré », 7 septembre 2026
  5. Voici, repris par Titrespresse, « Une année qui va être très compliquée... » : l'influenceuse Chloë Gervais solidaire avec les lycéens, octobre 2026

La newsletter

Dans votre boîte mail