En 2022, les produits alimentaires coûtaient de 30 % à 42 % plus cher dans les départements d’outre-mer que dans l’Hexagone. L’Insee, l’institut public de la statistique, a mesuré ces écarts dans une étude de comparaison des prix, publiée en juillet 2023. L’écart atteint 42 % en Guadeloupe, 40 % en Martinique et 39 % en Guyane. Il est de 37 % à La Réunion et de 30 % à Mayotte.
La mobilisation du 17 octobre désigne la journée d’actions prévue ce samedi dans toute la France contre la vie chère. Elle n’a pas d’organisateur unique. Des collectifs nés sur les réseaux sociaux, des figures des Gilets jaunes, des syndicats lycéens et étudiants et la CGT y appellent.
Depuis une semaine, une tendance circule sur X, TikTok et Instagram. Les internautes y complètent la phrase « Le 17 c’est aussi pour… ». Ils et elles citent les billets d’avion hors de prix pour rentrer dans les territoires ultramarins. D’autres parlent des propriétaires qui exigent des revenus de quatre à six fois le loyer.
Certain·es visent les offres d’emploi « junior » qui réclament trois à cinq ans d’expérience. D’autres pensent aux enfants placé·es à l’aide sociale à l’enfance (ASE), le service des départements qui protège les mineur·es en danger. La liste comprend aussi les personnes enfermées en centre de rétention administrative (CRA), en prison ou en hôpital psychiatrique, et les mineur·es mort·es au travail.
La mobilisation du 17 octobre est née d’une vidéo TikTok sur le prix de l’essence, et les lycéen·nes en ont fait un rendez-vous pour l’école
L’appel est apparu sur TikTok au cours de la deuxième semaine de septembre. Un jeune homme y proposait de manifester le samedi 17 octobre, premier jour des vacances scolaires. Neuf jours plus tard, sa vidéo comptait 295 000 « j’aime » et 29 000 partages, selon la chaîne parlementaire Public Sénat.
Le prix des carburants a servi de déclencheur. À la mi-septembre, le litre de SP95-E10 coûtait en moyenne 2,11 euros, et celui de gazole environ 2,35 euros. Les taxes représentaient environ 45 % du prix à la pompe, selon la même source.
Les premiers relais de l’appel ont été étudiés par le politiste Charif Elalaoui, interrogé par la revue de critique sociale Contretemps. Ce sont surtout de jeunes créateurs et créatrices de contenus, souvent issu·es des quartiers populaires. Leurs vidéos parlent aussi de logement, de mobilité et de discriminations raciales (les traitements défavorables liés à l’origine ou à la couleur de peau).
Le mouvement lycéen a donné de l’ampleur à cette date. Depuis septembre, des lycéen·nes bloquent leurs établissements contre le manque de professeur·es, les classes surchargées et les bâtiments vétustes. Le 13 octobre, environ 480 000 personnes ont manifesté en France, selon l’intersyndicale étudiante et lycéenne citée par Public Sénat.
L’Union syndicale lycéenne réclame la suppression de Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur. Elle demande aussi un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. Marius Mesnil, son co-secrétaire général, a confirmé que l’organisation serait présente samedi.
« On aura notre place le 17 octobre, il va y avoir une véritable convergence des luttes. »
Marius Mesnil, co-secrétaire général de l’Union syndicale lycéenne, à Public Sénat, le 13 octobre
Soignant·es, retraité·es et syndicats sont attendu·es à la mobilisation du 17 octobre, et leurs revendications portent sur les salaires et les services publics
Après les lycéen·nes, d’autres secteurs ont retenu cette date. La station de radio privée Sud Radio attend des Gilets jaunes, des syndicalistes, des infirmier·es, des pompier·es et des retraité·es. Les usagers et usagères des services publics sont aussi appelé·es à manifester.
Les Gilets jaunes mettent en avant le prix des carburants, la fiscalité et le coût de la vie. La CGT parle de salaires, de retraites, de baisse des prix et de défense des services publics. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT depuis mars 2023, a prévenu que le mouvement durerait.

« Tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer. »
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, citée par Sud Radio, le 14 octobre
Les jeunes ont mis leurs demandes par écrit. Le 5 octobre, l’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne ont publié dix mesures d’urgence, selon le magazine L’Étudiant. L’Unef, la Fage et Solidaires étudiant·es les soutiennent.
Le texte réclame un infirmier, un psychologue et un conseiller d’orientation pour 500 élèves. Il demande un statut pour les AESH, les accompagnant·es des élèves en situation de handicap. Il prévoit aussi le repas à 1 euro pour tous les étudiant·es et une hausse des bourses de 200 euros.
Le gouvernement a annoncé l’arrivée de 3 000 professeur·es remplaçant·es, une mesure jugée insuffisante par les lycéen·nes, rapporte la chaîne européenne Euronews. Depuis le début du mouvement, plus de 6 800 personnes ont été placées en garde à vue. Plus de quatre sur cinq étaient mineur·es.
L’inspection générale de la police nationale, chargée d’enquêter sur les policiers, a ouvert 36 enquêtes. Pour samedi, le ministère de l’Intérieur recense environ 250 appels à des actions sur la voie publique et 80 cortèges, selon Public Sénat.
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Dans les Outre-mer, la mobilisation du 17 octobre rejoint des écarts de prix qui se creusent depuis 2015
La vie chère, point de départ de l’appel, pèse plus lourd dans les territoires ultramarins. Tous produits confondus, les prix y sont de 9 % à 16 % plus élevés que dans l’Hexagone, selon l’Insee. Ces écarts ont augmenté dans tous les départements d’outre-mer depuis 2015.
La hausse continue depuis. De janvier 2023 à mars 2025, les prix alimentaires ont augmenté de 8 % aux Antilles. Ils ont progressé de 11,8 % en Guyane et de 13,4 % à La Réunion, contre 5,9 % dans l’Hexagone. Ces chiffres sont rassemblés dans une note du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA).
Cet organisme placé auprès du Premier ministre rappelle aussi les taux de pauvreté mesurés par l’Insee en 2017. Au seuil national, 77 % des habitant·es de Mayotte et 53 % de ceux de Guyane vivaient sous le seuil de pauvreté. Ce taux était de 42 % à La Réunion, de 34 % en Guadeloupe et de 33 % en Martinique, contre 14 % dans l’Hexagone.
Les billets d’avion entrent dans ce même budget. Les tarifs entre l’Hexagone et les Outre-mer ont augmenté d’environ 19 % en 2023. Le chiffre vient de la Direction générale de l’aviation civile, citée par le site spécialisé Air Journal. La hausse cumulée dépasse 30 % pour les Antilles entre 2019 et 2023. Le gouvernement a chargé un député d’étudier ces prix au printemps.
Les lycéen·nes ultramarin·es se sont mobilisé·es avant la date du 17 octobre. Le 6 octobre, une vingtaine de lycées étaient perturbés aux Antilles, d’après une dépêche de l’AFP reprise par Outremers 360. À La Réunion, 1 500 personnes avaient manifesté selon la préfecture. En Guadeloupe, les élèves dénonçaient des locaux inadaptés à la chaleur et des coupures d’eau.
Les mouvements contre la vie chère ont une histoire dans ces territoires. En 2009, la Guadeloupe a connu une grève générale de 44 jours, menée notamment contre la vie chère, rappelle le média d’écologie Reporterre. En septembre 2024, des manifestations en Martinique ont abouti à un protocole d’accord et à deux projets de loi, note le HCFEA.
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Les mineur·es mort·es au travail entrent aussi dans la mobilisation du 17 octobre, et des syndicalistes demandent d’interdire l’apprentissage avant 18 ans
Parmi les messages de la tendance, la mort de jeunes au travail revient souvent. Entre avril et juillet 2025, cinq jeunes sont morts au travail en France. Parmi eux figuraient un apprenti de 15 ans et un lycéen de bac professionnel de 17 ans.
Deux élèves de 16 ans sont morts pendant une « séquence d’observation » de seconde, un stage en milieu professionnel. Le plus jeune des cinq était en troisième. Ces décès sont recensés dans une tribune du quotidien Le Monde signée par des dirigeant·es de la CGT, en octobre 2025.
En 2023, 32 salarié·es de moins de 25 ans du régime général sont mort·es sur leur lieu de travail. Le chiffre monte à 38 avec la Mutualité sociale agricole, la sécurité sociale des agriculteurs. Les moins de 25 ans ont deux fois et demie plus d’accidents du travail que les autres salarié·es, selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
Ces chiffres restent incomplets. Entre 2020 et 2024, 140 jeunes de moins de 25 ans sont mort·es après un accident du travail, sans compter le secteur agricole, selon l’hebdomadaire Politis. En 2024, 56 salarié·es agricoles sont mort·es au travail, le niveau le plus haut depuis 2018.
Le même journal rappelle qu’en 2015, l’autorisation préalable de l’inspection du travail pour les travaux dangereux des mineur·es a été supprimée. Un simple régime de dérogation l’a remplacée. Les effectifs de l’inspection du travail ont baissé d’environ 30 % depuis 2014.
Les signataires de la tribune demandent d’interdire l’apprentissage et les travaux dangereux avant 18 ans. Ils et elles réclament la suppression des stages d’observation de troisième et de seconde. Ils et elles veulent aussi doubler les effectifs de l’inspection du travail.