En France, 376 000 femmes majeures ont subi en 2023 des violences de la part de leur conjoint ou de leur ancien conjoint. Cette estimation vient de l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité », menée par le service statistique du ministère de l’Intérieur. Le site gouvernemental Arrêtons les violences la reprend parmi ses chiffres de référence. Elle réunit les violences physiques, verbales, psychologiques et sexuelles. Seules 19 % de ces femmes ont porté plainte.
Une partie de ces violences passe par le téléphone et les réseaux sociaux. Le Centre Hubertine Auclert, l’organisme de la région Île-de-France chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, les appelle « cyberviolences conjugales ». Le terme désigne les violences qu’un partenaire ou un ancien partenaire exerce au moyen d’outils numériques. Son rapport de 2018 précise que ces outils servent à installer une emprise pendant la relation, mais aussi après la séparation.
Cet été, la vie privée d’Aya Nakamura a été commentée en public par son ancien compagnon. Le 7 août, le producteur Vladimir Boudnikoff, père de l’une des filles de la chanteuse, a publié des messages sur Instagram. Il réagissait à des rumeurs de mariage entre Aya Nakamura et le rappeur RK. Il avait déjà commenté la vie sentimentale de la chanteuse un an plus tôt. Tous deux sont séparés depuis plus de trois ans.
L’ancien compagnon d’Aya Nakamura a commenté deux étés de suite la vie sentimentale de la chanteuse, qui avait pourtant déclaré le sujet clos
Début août, des photos circulent sur les réseaux sociaux. Elles montrent Aya Nakamura et RK dans des tenues traditionnelles assorties. Des internautes en déduisent qu’un mariage religieux a été célébré. Le 7 août, Vladimir Boudnikoff relaie l’une de ces photos dans une story Instagram, rapporte l’édition belge du magazine Paris Match. Il y adresse des reproches à la chanteuse au sujet de leur fille.
Dans les mêmes jours, RK publie sur Instagram la vidéo de sa demande en mariage. Elle a été filmée sur l’île de Bendor, dans le Var. Au 12 août, ni le rappeur ni Aya Nakamura n’avaient confirmé de mariage, selon le site d’information VL Média.
Ces messages ont un précédent. Fin août 2025, Vladimir Boudnikoff avait publié une autre story Instagram. Il y dressait une liste d’hommes qu’il présentait comme d’anciens partenaires de la chanteuse. Officielles, un magazine en ligne consacré aux célébrités, a rapporté l’échange le 27 août 2025. L’ancien compagnon s’y présentait comme un père indigné par le comportement public de la mère de sa fille. Aya Nakamura avait répondu sur Snapchat. Elle l’accusait de lui inventer une réputation et déclarait le sujet clos.
« Venir sur les réseaux pour m’inventer une réputation avec une liste au hasard »
Aya Nakamura, sur Snapchat, en août 2025
La justice a déjà eu à connaître de ce couple. Le 23 février 2023, le tribunal correctionnel de Bobigny les a condamnés tous les deux pour des violences réciproques sur conjoint. Les faits dataient d’août 2022. Aya Nakamura a été condamnée à 10 000 euros d’amende et Vladimir Boudnikoff à 5 000 euros. Paris Match Belgique l’a rapporté avec l’agence de presse Belga. À l’audience, le 26 janvier 2023, ils s’étaient déjà présentés comme séparés.
La chanteuse a fait de ce genre de récit le sujet de l’un de ses plus grands succès. Dans « Djadja », sorti le 6 avril 2018, elle répond à un homme qui raconte qu’elle lui court après.
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RK, le compagnon d’Aya Nakamura, a été condamné en 2021 pour violences conjugales, des faits que l’ex de la chanteuse ne cite pas
Le rappeur visé par ces messages a lui-même un passé judiciaire. RK, de son vrai nom Ryad Kartoum, a 24 ans et vient de Seine-et-Marne. Le 8 novembre 2021, le tribunal correctionnel de Meaux l’a condamné pour des violences sur sa compagne de l’époque. La peine est de six mois de prison avec sursis probatoire. Le site d’information Afrik.com a rendu compte de l’audience. Elle comprenait une interdiction de contact avec la victime et un suivi psychologique, d’après le site d’actualité 75 Secondes.
À l’audience, RK avait contesté avoir voulu frapper la jeune femme. Il a ensuite reconnu ses torts dans « Clique », une émission d’entretiens de Canal+, selon 75 Secondes.
Les messages de Vladimir Boudnikoff ne mentionnent pas cette condamnation, relève VL Média. Ils se moquent du rappeur et de la ville dont il vient.
Affaire Aya Nakamura : des internautes parlent de « contrôle coercitif », une notion qui décrit une emprise capable de se poursuivre après la rupture
Les réactions aux messages du 7 août se sont partagées. Une partie des internautes s’est moquée d’un ancien compagnon jugé éconduit, rapporte VL Média. D’autres, surtout des femmes, ont remarqué qu’il ne prenait la parole en public qu’au sujet d’Aya Nakamura. Certain·es ont employé l’expression « contrôle coercitif ». Aucune décision de justice ne qualifie ainsi ces messages.
La notion vient des États-Unis. Le sociologue Evan Stark l’a popularisée en 2007 dans un livre, Coercive Control. Andreea Gruev-Vintila est chercheuse en psychologie sociale à l’université Paris-Nanterre. Entendue au Sénat le 20 mars 2025, elle a comparé le contrôle coercitif à une cage invisible, selon la chaîne parlementaire Public Sénat.
Plusieurs pays en ont fait une infraction. L’Angleterre et le pays de Galles l’ont inscrite dans leur droit en 2015, puis l’Écosse en 2018. La Belgique l’a intégrée en 2023 à sa loi contre les féminicides. En France, la cour d’appel de Poitiers a employé la notion dans cinq arrêts rendus le 31 janvier 2024.
Au-delà d’Aya Nakamura : 85 % des femmes accueillies pour violences conjugales déclarent des cyberviolences, et le code pénal ne nomme pas le contrôle coercitif
Les chiffres disponibles en France montrent que la séparation ne met pas fin à ces comportements. Le Centre Hubertine Auclert a interrogé 302 femmes victimes de violences conjugales en Île-de-France, en 2017 et 2018. Parmi les 212 femmes reçues pour la première fois par une association, 85 % déclaraient des cyberviolences commises par leur partenaire ou leur ex dans l’année. Le cybercontrôle concernait 73 % d’entre elles. Il consiste par exemple à exiger de savoir où se trouve l’autre et avec qui. Le cyberharcèlement en concernait 63 %.
Ce harcèlement peut avoir des conséquences graves. En 2024, 906 femmes se sont suicidées ou ont tenté de le faire après avoir été harcelées par leur conjoint ou leur ancien conjoint. Le ministère de l’Intérieur tire ce chiffre des procédures de police et de gendarmerie.
Le droit français ne nomme pas encore le contrôle coercitif. L’Assemblée nationale avait voté sa création comme délit le 28 janvier 2025. Le Sénat l’avait réécrit le 3 avril 2025 et le texte n’est pas allé au bout de son parcours. Yvonne Muller, professeure de droit à l’université Paris-Nanterre, retrace ces étapes pour Le Club des juristes, un cercle de réflexion juridique.
Le débat a repris cet automne. Les député·es examinent une proposition de loi sur les violences sexuelles et sexistes, portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Sa version initiale ne mentionnait pas le contrôle coercitif. Des amendements déposés le 28 septembre proposent de l’introduire, comme délit ou comme circonstance aggravante. Le 1er octobre, la rapporteure Marie-Charlotte Garin a déclaré en séance que le travail sur cette notion se poursuivait.
L’examen des 69 articles s’est achevé le 9 octobre, d’après LCP, la chaîne de l’Assemblée nationale. Le vote sur l’ensemble du texte est prévu le 13 octobre. S’il est adopté, le texte sera transmis au Sénat.