Les actes antimusulmans recensés en France ont augmenté de 88 % en 2025. Le ministère de l’Intérieur en a compté 326. Près des deux tiers sont des agressions physiques, des insultes ou des messages en ligne qui visent des personnes. Localtis, le média que la Banque des territoires destine aux collectivités locales, a publié ce bilan le 13 février.
L’interdiction du voile est revenue dans le débat politique six mois plus tard. L’expression désigne ici le projet de sanctionner par une amende le port du foulard islamique dans la rue. Le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, l’a annoncé le 30 août.
Le 1er septembre, le quotidien Le Parisien a illustré un article sur cette interdiction du voile avec la photo d’une passante. La jeune femme n’avait pas donné son accord. Des milliers d’internautes ont partagé sa photo comme une image de fierté. Un député d’extrême droite l’a ensuite modifiée par intelligence artificielle (IA).
L’extrême droite promet une amende et une interdiction du voile dans la rue, que le droit actuel ne prévoit pas
Le 30 août, le député RN Jean-Philippe Tanguy s’exprime sur la chaîne d’information BFMTV. Il déclare que le port du voile dans l’espace public sera sanctionné si Marine Le Pen est élue. La sanction serait une amende. TSA, un site d’information algérien, a rapporté ces propos.

Marine Le Pen, candidate du RN à l’élection présidentielle de 2027, a précisé le projet le lendemain sur le réseau social X. Elle promet un référendum sur une loi « de lutte contre les idéologies islamistes ». Ce texte prévoirait une interdiction du voile dans l’espace public, assortie d’une sanction pénale. L’Agence France-Presse (AFP) a détaillé cette annonce dans une dépêche reprise par l’hebdomadaire marocain TelQuel.
Le droit français est aujourd’hui plus limité. La loi du 15 mars 2004 interdit les signes religieux ostensibles à l’école publique. La loi du 11 octobre 2010 interdit de dissimuler son visage dans l’espace public, sous peine de 150 euros d’amende au plus. Un foulard qui laisse le visage découvert reste donc autorisé dans la rue.
Cette interdiction du voile a été critiquée jusqu’à droite. Bruno Retailleau, responsable de droite, l’a jugée « inapplicable » sur la radio RTL, le 1er septembre. Selon l’AFP, un tel référendum exigerait d’abord une révision de la Constitution.
La photo choisie par « Le Parisien » pour illustrer l’interdiction du voile devient en deux jours une image de fierté et de style
Le Parisien publie son article sur l’interdiction du voile le 1er septembre. Le quotidien le relaie sur X avec une photo prise dans la rue. Une jeune femme y traverse un passage piéton, le regard levé vers le ciel. Elle porte un voile, une longue robe rose, un casque audio et des baskets de la marque Adidas.
Des internautes ont cru à une future campagne de publicité d’Adidas. D’autres ont fabriqué avec des outils d’IA de fausses couvertures de magazine et des fonds d’écran. Midi Libre, quotidien régional d’Occitanie, a décrit ces détournements le 6 septembre.
En deux jours, la photo censée illustrer une interdiction est devenue une image de fierté et de style. Des milliers de comptes l’ont partagée. Aly Diouara, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis, l’a publiée avec un seul mot, « Liberté ».
La radio publique franceinfo l’a présentée dans une chronique comme une inconnue devenue « malgré elle » une vedette du web.
La famille obtient le retrait de la photo sur l’interdiction du voile : la jeune femme a été photographiée à son insu et veut rester anonyme
Cette notoriété n’était pas souhaitée. Le 4 septembre, Louis Pisano, journaliste de mode, a transmis sur X un message de la famille de la jeune femme. Selon ce message, la photo a été prise à son insu. Elle veut rester anonyme. Sa famille demande aux internautes de ne plus partager l’image.
Le Parisien a retiré sa publication de X dans la nuit du 3 au 4 septembre. Louis Pisano précise que le quotidien l’a fait à la demande de la famille.
Le retrait n’a pas arrêté la circulation de l’image. Midi Libre constatait le 6 septembre que les reprises et les montages restaient visibles en ligne.
Un député d’extrême droite favorable à l’interdiction du voile retire par IA le voile de la jeune femme, et une députée saisit la justice
La demande de la famille était publique depuis la veille quand un élu a de nouveau utilisé la photo. Le 5 septembre, Julien Odoul, député de l’Yonne et porte-parole du RN, a publié sur X une version modifiée par IA. Il répondait à Aly Diouara.

Sur cette image, le voile a disparu. La robe est remplacée par un débardeur et un pantalon de jogging. Julien Odoul a écrit en légende « Liberté française ! ». Sa publication a été vue 2,7 millions de fois.
Des internautes lui ont reproché d’avoir dévêtu une femme sans son consentement, rapporte Midi Libre. Selon le quotidien, Julien Odoul n’avait pas réagi le 6 septembre.
« La liberté ne consiste pas à désigner des femmes en raison de leur religion. »
Sabrina Sebaihi, députée écologiste des Hauts-de-Seine, citée par TSA le 11 septembre
Sabrina Sebaihi a ensuite adressé un signalement à la procureure de la République de Paris. Elle demande au parquet d’examiner si la publication constitue une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence. TSA a rendu compte de cette démarche le 11 septembre. À ce stade, aucune poursuite n’a été annoncée.
En France, illustrer l’interdiction du voile avec une passante reconnaissable engage le droit à l’image, et le montage par IA est un délit
La photo choisie pour illustrer l’interdiction du voile a connu deux usages, qui relèvent de règles différentes. Le premier concerne la presse. L’article 9 du code civil dispose que chacun a droit au respect de sa vie privée. Les tribunaux en ont tiré un droit à l’image. Une personne isolée et reconnaissable peut refuser la publication de sa photo, même prise dans un lieu public.
Le second usage concerne le montage. L’article 226-8 du code pénal punit le fait de diffuser un montage réalisé avec l’image d’une personne sans son consentement. Le délit suppose que le trucage ne soit ni évident ni signalé comme tel. La loi du 21 mai 2024 sur la régulation de l’espace numérique a étendu ce texte aux contenus générés par IA.
La peine prévue pour un montage non consenti est d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Elle est portée à deux ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende quand le montage est diffusé en ligne.