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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Grossophobie : la presse disait Kate Winslet « en surpoids » alors qu’elle portait du 38 au 42

Début juillet, un récit de Kate Winslet sur la grossophobie a de nouveau circulé : la presse la disait « en surpoids » à ses débuts. Ce récit montre aussi que la grossophobie des médias a visé une femme qui portait du 38 au 42. Pourtant, la loi française interdit depuis 2001 de discriminer une personne pour son apparence physique. Or, selon le Défenseur des droits, les femmes obèses se disent huit fois plus discriminées à l'embauche. Que sait-on de ces discriminations en France ?

Kate Winslet Décryptage
Kate Winslet, en 2025. Colleen Sturtevant / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En France, les femmes obèses au chômage déclarent huit fois plus souvent que les autres avoir été discriminées à l’embauche pour leur apparence. Les hommes obèses le déclarent trois fois plus souvent. Ces chiffres viennent du baromètre « Le physique de l’emploi », publié en février 2016. Il est signé du Défenseur des droits, l’autorité indépendante chargée de lutter contre les discriminations, et de l’Organisation internationale du travail. L’enquête repose sur les réponses de 998 personnes en recherche d’emploi.

Ce rejet des personnes grosses porte un nom, la grossophobie. Le mot désigne les moqueries, les jugements et les discriminations qui visent une personne en raison de son poids. La Ligue contre l’obésité, une association française, estime que 17 % des adultes sont en situation d’obésité.

La grossophobie s’exprime aussi dans les journaux. L’actrice britannique Kate Winslet en a fait le récit dans un entretien de septembre 2024. Elle y raconte que la presse la décrivait comme « en surpoids » au début de sa carrière. Elle dit qu’elle portait alors du 38 au 42 en tailles françaises. L’extrait a de nouveau circulé sur le réseau social X au début du mois de juillet.

Kate Winslet raconte que la presse la disait « en surpoids » à ses débuts : la grossophobie visait une actrice qui portait du 38 au 42

Kate Winslet s’exprimait dans « How to Fail », un podcast britannique où des personnalités reviennent sur leurs échecs. Il est animé par la journaliste et romancière Elizabeth Day. The Independent, un quotidien britannique en ligne, a rendu compte de l’entretien le 11 septembre 2024.

L’actrice y explique qu’elle avait une silhouette ordinaire avant d’être connue. Selon elle, ce sont les médias qui ont décidé qu’elle était « en surpoids ». Elle avait 19 ans quand elle a tourné Raison et Sentiments, le film d’Ang Lee sorti en 1995.

« C’était une entrée vraiment rude dans la célébrité, et cela m’a terrifiée. »

Kate Winslet, dans le podcast « How to Fail », en septembre 2024

Kate Winslet décrit les années 1990 comme une époque où les femmes étaient censées avoir toutes la même taille. Elle regrette de ne pas avoir dénoncé plus tôt un langage qu’elle qualifie d’abusif.

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L’agent de Kate Winslet recevait des appels sur son poids : cette grossophobie a orienté ses choix de carrière

Ces commentaires ne se limitaient pas aux articles. En décembre 2022, Kate Winslet a raconté au Sunday Times, un hebdomadaire britannique, que son agent recevait des appels sur son poids. Le site d’information états-unien Insider avait rapporté ces propos.

Cette exposition a eu des effets sur son parcours. Dans « How to Fail », elle dit avoir choisi après Titanic les projets les plus modestes possible. Elle salue aussi le mouvement body positive, qui défend l’acceptation de toutes les morphologies, pour avoir fait reculer ces remarques dans le cinéma.

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Une étude de l’université Yale juge stigmatisantes 72 % des images de presse de personnes obèses : la grossophobie passe aussi par l’illustration

La grossophobie des médias a été mesurée au-delà des articles sur les célébrités. En mai 2011, des chercheur·ses de l’université Yale, aux États-Unis, ont publié une étude sur les photographies de presse. La psychologue Rebecca Puhl, alors directrice de la recherche du Rudd Center for Food Policy and Obesity, en est coautrice.

L’équipe a analysé plus de 400 images publiées par cinq grands sites d’information. Dans 72 % des cas, la personne en surpoids ou obèse était montrée de façon négative et stigmatisante. Les personnes obèses étaient plus souvent photographiées sans leur visage que les personnes minces. Plus de la moitié d’entre elles étaient cadrées sur le ventre ou le bas de la silhouette.

En France, le sujet est arrivé dans les médias par le témoignage. Gabrielle Deydier a raconté son expérience de la grossophobie dans On ne naît pas grosse, publié en 2017. Elle a ensuite coécrit le documentaire On achève bien les gros, diffusé par la chaîne Arte en 2020.

Grossophobie en France : quatre personnes sur dix en obésité massive disent avoir subi des discriminations, et les femmes plus que les hommes

Les enquêtes françaises décrivent des discriminations qui augmentent avec le poids. La Ligue contre l’obésité a commandé à l’institut de sondage Odoxa une étude intitulée « Les vrais chiffres de la grossophobie ». Elle a été publiée en mars 2021. Odoxa a interrogé 11 827 personnes, dont 2 229 mineur·es, à l’automne 2020.

Dans l’ensemble de la population, 18 % des personnes disent subir ou avoir subi des discriminations. La proportion est de 23 % chez les personnes en obésité. Elle atteint 41 % chez les personnes en obésité massive.

Les femmes sont les plus exposées. Selon Odoxa, elles déclarent plus de discriminations que les hommes dans chaque catégorie de poids. Chez les 18-24 ans, 38 % des femmes en signalent, contre 27 % des hommes. Chez les filles de 8 à 17 ans en obésité, la proportion atteint 54 %.

Le baromètre du Défenseur des droits fait le même constat sur le marché du travail. Les femmes en surpoids rapportent quatre fois plus souvent cette discrimination que les autres femmes. Le surpoids n’a pas d’effet mesurable chez les hommes.

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La loi punit la discrimination sur l’apparence physique depuis 2001, mais une proposition de loi veut y inscrire la grossophobie

Le droit français ne mentionne pas le poids, mais il protège l’apparence physique. Ce critère figure dans la liste des discriminations interdites depuis la loi du 16 novembre 2001. Il est inscrit à l’article 225-1 du Code pénal et dans le Code du travail. Un refus d’embauche fondé sur ce motif est puni de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende.

Le Défenseur des droits a précisé ce cadre le 2 octobre 2019. Sa décision-cadre n° 2019-205 porte sur les discriminations liées à l’apparence physique dans l’emploi. Elle rappelle que celles qui visent le poids doivent être sanctionnées.

Un député veut aller plus loin. Romain Daubié, élu de l’Ain, a déposé le 30 septembre 2025 une proposition de loi « visant à reconnaître la grossophobie comme discrimination ». Son article 1er ajoute le poids et la corpulence aux critères du Code pénal. Son article 2 demande au gouvernement un rapport sur l’ampleur de ces discriminations, dans les douze mois suivant la promulgation. Le texte a été renvoyé à la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Les sources de cet article

  1. Défenseur des droits et Organisation internationale du travail, 9e baromètre de la perception des discriminations dans l'emploi, « Le physique de l'emploi », février 2016
  2. Ligue contre l'obésité et Odoxa, « Les vrais chiffres de la grossophobie. Discriminations et obésité : état des lieux », mars 2021
  3. The Independent, Lydia Spencer-Elliott, « Kate Winslet calls out 'abusive' comments claiming she was 'overweight' in early career », 11 septembre 2024 (repris par Yahoo News)
  4. Insider, Eammon Jacobs, article sur l'entretien de Kate Winslet au Sunday Times, 5 décembre 2022 (repris par Yahoo News UK)
  5. Université Yale, « Obesity stigma prevalent in online news coverage », 5 mai 2011
  6. Assemblée nationale, proposition de loi n° 1877 visant à reconnaître la grossophobie comme discrimination, 30 septembre 2025

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