Aux États-Unis, 20 % des adultes s’informent régulièrement sur TikTok. Parmi les personnes qui utilisent l’application, la proportion atteint 55 %, contre 22 % en 2020. Ces chiffres viennent d’une enquête du Pew Research Center, un institut d’études indépendant installé à Washington. Elle a été menée du 18 au 24 août 2025.
La Maison-Blanche s’adresse à ce public depuis le début de la guerre contre l’Iran. Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes sur le pays. Le compte de la présidence publie depuis des montages d’images militaires, accompagnés de tubes pop, de scènes de films ou de jeux vidéo. L’un d’eux, composé d’extraits de films d’action, a dépassé 64 millions de vues sur le réseau social X, selon la chaîne publique PBS. Le 25 juillet, la chanteuse états-unienne Katy Perry, 41 ans, a protesté contre l’un de ces montages. Sa chanson « Firework » y servait de bande-son.
Katy Perry affirme n’avoir été ni consultée ni d’accord : « Firework » a accompagné des images de frappes sur le compte TikTok de la Maison-Blanche
La vidéo a été publiée le jeudi 23 juillet. Elle dure neuf secondes. Elle montre, en noir et blanc, des frappes de l’armée des États-Unis sur des cibles iraniennes. Le refrain de « Firework », un titre sorti en 2010, l’accompagne. La légende indique que l’Iran « a été prévenu », avec un émoji de feu d’artifice.
Katy Perry a réagi deux jours plus tard sur X. Elle se dit consternée et en colère. Elle affirme qu’elle n’a pas approuvé cet usage, qu’on ne lui a rien demandé et qu’elle ne le cautionne pas. Elle explique avoir écrit ce titre comme un hymne d’espoir, de guérison et de force intérieure. Elle juge que l’associer à la destruction et à la violence trahit tout ce que la chanson représente. Son message est reproduit par TheWrap, un site d’information sur l’industrie du divertissement.
« Ma musique sert à rassembler les gens, pas à célébrer la guerre. »
Katy Perry, sur le réseau social X, le 25 juillet
La Maison-Blanche a répondu à Katy Perry avec un autre de ses clips et dit tirer profit des protestations des artistes
La présidence n’a pas présenté d’excuses à la chanteuse. Kaelan Dorr, directeur adjoint de la communication de la Maison-Blanche, lui a répondu sur X. Il a publié un montage tiré de « Part of Me », un titre de Katy Perry sorti en 2012. Dans ce clip, la chanteuse s’entraîne avec des Marines, les soldats de l’infanterie de marine des États-Unis. Kaelan Dorr y a ajouté deux mots, « This you? » (« C’est bien vous ? »). La Maison-Blanche a renvoyé vers ce message la chaîne d’information conservatrice Fox News, qui l’interrogeait.
Le lundi 27 juillet, le compte TikTok de la Maison-Blanche a publié une nouvelle vidéo sur « Part of Me ». Elle reprend des images de Katy Perry tirées du clip. The Daily Beast, un site d’information des États-Unis, l’a rapporté le lendemain. Selon ce site, le son de « Firework » a entre-temps disparu de la première vidéo. TikTok y affiche que ce son n’est pas disponible. Les images des frappes sont restées en ligne.
Cette réponse reprend une position exprimée dès le mois de mars par Steven Cheung, le directeur de la communication de la Maison-Blanche. Il avait écrit sur X que les « chanteurs » tombaient tous dans le piège. Selon lui, leurs protestations apportent plus d’attention et plus de vues aux vidéos de la présidence. Il répondait alors à la chanteuse Kesha.

Avant Katy Perry, Kesha et Ariana Grande ont protesté, et des chercheur·ses jugent que ces vidéos présentent la guerre comme héroïque
Kesha, connue pour ses tubes pop du début des années 2010, avait protesté le 2 mars. Le 10 février, le compte TikTok de la Maison-Blanche avait posé son titre « Blow » sur une scène de tir. On y voit un avion de chasse lancer un missile sur un navire. La vidéo a été vue 16,7 millions de fois, selon PinkNews, un média britannique consacré à l’actualité LGBT+. Kesha a écrit que plaisanter avec la guerre était répugnant et inhumain. Elle a demandé à la Maison-Blanche de cesser d’utiliser sa musique.
La protestation suivante a visé une vidéo d’arrestations de personnes étrangères. Le 9 juin, la Maison-Blanche a utilisé « bye », d’Ariana Grande, sur des images d’interpellations. Elles étaient menées par l’ICE, la police fédérale de l’immigration. Ariana Grande a répondu en commentaire, et son équipe a obtenu le retrait du son. La chaîne d’information européenne Euronews précise que la vidéo est restée en ligne, sans musique.
Des universitaires étudient l’effet de ces montages sur le public. Pamela Rutledge, psychologue des médias, dirige le Media Psychology Center, un centre d’études sur les usages des médias. Selon elle, ces contenus préparent le public, en particulier les jeunes hommes, à voir la guerre comme héroïque. Elle l’a déclaré le 7 avril au Bangor Daily News, un quotidien de l’État du Maine.
La Maison-Blanche défend ces vidéos. Dans une déclaration transmise à PBS, elle les décrit comme une façon moderne de toucher un public jeune et de montrer les succès de l’armée. Un sondage réalisé en mars pour PBS, la radio publique NPR et l’institut Marist donnait 56 % de personnes opposées à l’intervention militaire en Iran.
Katy Perry a vendu ses droits sur « Firework » en 2023, et la loi des États-Unis ne protège pas le sens d’une chanson
Katy Perry ne détient plus ses parts de droits sur « Firework ». En septembre 2023, elle a vendu celles de ses cinq premiers albums à Litmus Music, une société adossée au fonds d’investissement Carlyle. La vente porte sur ses droits d’édition et sur ses redevances d’enregistrement. Fox News évalue son montant à 225 millions de dollars.
Le retrait d’un son passe donc par les sociétés qui détiennent ces droits. Aux États-Unis, une chanson relève de deux droits distincts, celui de la composition et celui de l’enregistrement. Leurs titulaires peuvent demander à une plateforme de retirer un contenu. Une loi de 1998, le Digital Millennium Copyright Act, organise cette procédure.
Cette procédure concerne l’exploitation commerciale d’une œuvre. Le droit de s’opposer à sa dénaturation figure dans une loi fédérale de 1990, le Visual Artists Rights Act. Il ne s’applique qu’aux œuvres d’art visuel. Le Bureau du droit d’auteur des États-Unis, l’administration fédérale chargée de ce domaine, a consacré un rapport au droit moral. Il y propose au Congrès plusieurs pistes pour renforcer cette protection.
En France, le droit moral que Katy Perry ne peut pas invoquer a déjà valu une condamnation à un candidat à la présidentielle
Le droit français prévoit le recours qui manque à Katy Perry dans son pays. L’article L. 121-1 du Code de la propriété intellectuelle accorde à l’auteur ou à l’autrice le droit au respect de son œuvre. Ce droit est perpétuel et inaliénable. Il reste attaché à la personne, y compris après la vente des droits d’exploitation.
Ce droit s’ajoute au droit d’auteur, que des partis politiques français ont déjà enfreint. En 2009, l’UMP, le parti de droite alors au pouvoir, a utilisé « Kids », du groupe MGMT, sans autorisation. Le parti avait d’abord proposé un euro symbolique. Il a finalement versé 30 000 euros, selon The Connexion, un journal anglophone publié en France.
Le droit moral a été retenu contre un candidat en 2022. Le 4 mars de cette année-là, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Éric Zemmour, candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle. Sa vidéo de candidature reprenait des extraits de films sans autorisation. Le jugement retient la contrefaçon de droits d’auteur et l’atteinte au droit moral, rapporte la radio Europe 1. Éric Zemmour, son parti et l’un de ses proches ont été condamnés à verser 70 000 euros aux plaignant·es, dont la société de cinéma Gaumont. L’entourage du candidat avait annoncé un appel. Le tribunal avait aussi ordonné le retrait des extraits sous sept jours, sous peine de 1 500 euros par jour de retard.