En France, 3 % des élèves du CE2 au CM2, 4 % des collégien·nes et 2 % des lycéen·nes sont en situation de harcèlement scolaire. Ces chiffres viennent d’une note de la Depp, le service statistique du ministère de l’Éducation nationale. Publiée le 9 juin, elle exploite un questionnaire rempli par les élèves en novembre 2025. La Depp y compte aussi des élèves « à surveiller », dont la vie scolaire se dégrade. Leur part atteint 13 % à l’école primaire, 6 % au collège et 5 % au lycée.
Le harcèlement scolaire désigne des violences verbales, morales ou physiques répétées, commises par un·e ou plusieurs élèves contre un·e autre. Cette définition est celle de Service-Public, le site officiel de l’administration française. Les travaux de recherche montrent que d’autres élèves y assistent dans la plupart des cas.
L’actrice états-unienne Zendaya, 30 ans, dit avoir été l’une de ces témoins. Elle a raconté au magazine Glamour avoir regardé une camarade subir du harcèlement scolaire sans intervenir. Ses parents lui ont alors expliqué que se taire revenait à participer. En France, le programme pHARe et le numéro 3018 s’adressent aussi aux élèves qui voient ces violences sans les subir.
Harcèlement scolaire : d’autres élèves sont présent·es dans 88 % des scènes, et plus d’une intervention sur deux y met fin
La place des témoins a été mesurée dès 2001 dans des cours de récréation. Lynn Hawkins, Debra Pepler et Wendy Craig mènent des recherches en psychologie au Canada. L’équipe a observé des élèves des six premières années de scolarité. Son article est paru dans Social Development, une revue universitaire consacrée au développement de l’enfant. D’autres enfants étaient présents dans 88 % des scènes de harcèlement. Ils et elles ne sont intervenu·es que dans 19 % des cas.
Ces interventions ont pourtant un effet. Dans l’étude, 57 % d’entre elles ont mis fin au harcèlement. Toutes n’étaient pas pacifiques, puisque 47 % passaient par un comportement agressif. Les interventions agressives visaient plutôt l’élève qui harcelait. L’équipe discute ce que ces résultats impliquent pour les programmes de lutte contre le harcèlement scolaire.
Zendaya dit avoir assisté sans réagir à un harcèlement scolaire, et ses parents lui ont appris que se taire revient à y prendre part
Zendaya a décrit ce silence du point de vue de l’élève qui regarde. En novembre 2016, le magazine états-unien Glamour l’a distinguée parmi ses « femmes de l’année ». Le portrait qu’il lui consacre s’ouvre sur un souvenir de sa dernière année d’école primaire. Une élève de sa classe était harcelée. Zendaya, comme beaucoup d’autres enfants, regardait sans s’en mêler. EURweb, un site d’actualité culturelle afro-américaine, a reproduit ce passage le 1er novembre 2016.
Selon ce portrait, d’autres parents ont vu dans l’épisode un comportement d’enfants sans gravité. Ceux de Zendaya l’ont fait sortir de la classe pour lui en parler. L’actrice dit avoir d’abord trouvé le reproche injuste, puisqu’elle n’avait rien fait. Elle en a retenu qu’on ne reste pas immobile quand une telle scène se produit.
« Savoir que c’est mal et ne rien faire, c’est au fond comme le faire. »
Zendaya, dans le magazine « Glamour », en novembre 2016
Le magazine précise que l’actrice, alors âgée de 20 ans, appliquait toujours ce principe.
Le programme pHARe s’appuie sur 100 000 élèves volontaires pour que les témoins de harcèlement scolaire préviennent un adulte
En France, l’école demande elle aussi aux élèves de ne plus rester spectateur·rices. Le ministère de l’Éducation nationale a lancé en 2021 le programme pHARe, un plan de prévention et de traitement du harcèlement scolaire. Il est généralisé aux écoles et aux collèges depuis la rentrée 2022. Les lycées l’appliquent depuis la rentrée 2023.
Le programme prévoit des élèves ambassadeur·rices dans les collèges et les lycées. Ces volontaires sont formé·es. Ils et elles participent à trois temps de prévention par année scolaire et peuvent signaler une situation. Le ministère en comptait 100 000 en mai 2025, selon une communication présentée en Conseil des ministres le 23 mai 2025.
Les adultes sont formés en parallèle. Le ministère prévoit cinq personnels ressources par collège et par circonscription du premier degré. Leur formation dure huit journées réparties sur deux ans. Ces équipes appliquent un protocole national, actualisé à la rentrée 2023. Quand un harcèlement est grave et persistant, l’établissement le signale au procureur de la République.
Depuis novembre 2023, les élèves du CE2 à la terminale remplissent chaque année une grille d’auto-évaluation. Les chiffres de la Depp en sont tirés. Elle est proposée lors de la journée nationale de lutte contre le harcèlement, le premier jeudi après les vacances d’automne. La campagne 2025-2026 a pour slogan « Tous différents, jamais indifférents ». Son clip a été tourné avec des élèves d’un collège de La Réunion.
Le harcèlement scolaire est un délit depuis 2022, et un·e élève témoin peut le signaler au 3018 de façon anonyme
Le droit pénal s’est saisi du sujet un an après le lancement de pHARe. La loi du 2 mars 2022 a fait du harcèlement scolaire un délit. Une personne majeure encourt jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. La peine atteint dix ans de prison et 150 000 euros d’amende si la victime s’est suicidée ou a tenté de le faire. Pour un·e mineur·e de plus de 13 ans, la peine maximale va de dix-huit mois à cinq ans de prison. Avant 13 ans, la loi exclut la prison et l’amende.
Service-Public indique aussi ce que peut faire un·e élève témoin. Il ou elle peut alerter un adulte de l’établissement, par exemple un·e enseignant·e ou un·e surveillant·e. Il ou elle peut également appeler le 3018. Ce numéro reçoit les signalements de harcèlement et de cyberharcèlement. Il est géré par e-Enfance, une association de protection des mineur·es sur Internet. L’appel est gratuit et anonyme, tous les jours de 9 heures à 23 heures. Une application mobile porte le même nom.
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Ce numéro reste peu connu des élèves et de leurs familles. L’association e-Enfance et la banque Caisse d’Épargne ont publié une étude sur le harcèlement scolaire le 30 octobre 2025. Elle porte sur des jeunes de 6 à 18 ans et sur leurs parents. Le site d’information Économie Matin en a détaillé les résultats le lendemain. Selon cette étude, 70 % des jeunes et 60 % des parents ne connaissent pas le 3018.