58 % des femmes interrogées disent avoir subi des comportements déplacés dans les salles de sport. Ce chiffre vient d’une enquête de l’institut d’études Flashs pour L’Orange Bleue, un réseau français de clubs de remise en forme. La radio Sud Radio en a rendu compte le 24 octobre 2025. Plus de 2 000 femmes y ont répondu. Une sur trois juge ces lieux hostiles.
Ces réponses expliquent le succès des salles de sport réservées aux femmes. Dans la même enquête, 46 % des répondantes souhaitent pouvoir s’entraîner dans des zones non mixtes. La non-mixité désigne le fait de réserver un lieu ou une activité à un seul sexe.
Aux États-Unis, des entrepreneurs chrétiens appliquent désormais ce principe aux hommes. Leurs salles de sport refusent les femmes. Le motif avancé est la « tentation » que la présence de clientes ferait courir aux hommes mariés. La plus connue, Proverbs 27:17 Fitness, a ouvert en novembre 2025 à Oklahoma City, dans l’État de l’Oklahoma.
À Oklahoma City, une des salles de sport chrétiennes refuse les femmes et présente leur absence comme une protection contre l’infidélité
Proverbs 27:17 Fitness a été fondée par Jeff Hambrecht. Le magazine états-unien de culture populaire Complex le présente, le 27 août, comme le directeur d’un programme de santé en entreprise. La salle propose des cours de renforcement musculaire et une étude biblique chaque semaine.
Son fondateur justifie l’absence de femmes par le risque d’adultère. Baptist News Global, un site d’information baptiste des États-Unis, a rapporté ses propos le 22 juillet. Jeff Hambrecht y explique que ses clients ne croisent aucune femme et ne sont donc exposés à aucune tentation.
« L’un des premiers lieux de liaisons et d’infidélité, c’est la salle de sport. »
Jeff Hambrecht, fondateur de Proverbs 27:17 Fitness, cité par Baptist News Global le 22 juillet
Jeff Hambrecht a ensuite nuancé ce discours. Il a déclaré à Fox News Digital, le site de la chaîne conservatrice Fox News, que le désir n’était qu’une petite partie du projet. Il y compare sa démarche à celle d’une personne alcoolique qui se tient à distance de l’alcool.
Il se défend aussi de toute hostilité envers les femmes. Il l’a assuré le 20 août au site chrétien Crosswalk. Selon Complex, il envisage d’ouvrir une salle réservée aux femmes sur le même modèle.
D’autres salles de sport réservées aux hommes se préparent à Denver et dans l’Idaho, et l’une d’elles impose une charte sur le mariage et le genre
Deux autres projets reprennent ce modèle dans l’ouest des États-Unis. À Denver, dans le Colorado, Mitch Parsons prépare l’ouverture de Remnant Gym. Baptist News Global détaille ses tarifs. L’abonnement coûte 150 dollars par mois, ou 250 dollars avec l’accès à un simulateur de golf.
L’inscription suppose aussi une adhésion religieuse. Les futurs membres doivent signer une charte. Elle affirme que le mariage unit un homme et une femme et qu’il existe deux genres. Mitch Parsons envisage ensuite d’autres villes, dont Houston et Atlanta.
Le troisième club se trouve à Eagle, dans l’Idaho. Forge Fitness se présente comme une salle chrétienne réservée aux hommes. FāVS News, un média en ligne spécialisé dans l’actualité des religions, lui a consacré un article le 4 septembre. Son fondateur, David Vargas, n’a pas répondu aux questions du média.
Les salles de sport réservées aux femmes accueillent des clientes qui disent fuir le harcèlement, un motif que les clubs masculins n’invoquent pas
Les clubs féminins des États-Unis avancent une autre raison. Kim Abt dirige PWRGRLS, une salle réservée aux femmes à Sherman Oaks, en Californie. Elle s’est exprimée auprès de Fox News Digital. Selon elle, 80 à 90 % de ses clientes s’inscrivent parce qu’elles se sentent intimidées dans les salles de sport classiques. Le harcèlement déjà subi fait partie des principales raisons citées. Elle juge par ailleurs légitime que des hommes veuillent s’entraîner entre eux.
Le raisonnement des fondateurs est contesté par des responsables religieux. Lauren Sawyer enseigne les questions de genre, de sexualité et de théologie à Seattle. Interrogée par FāVS News, elle juge misogyne le principe de ces clubs.
Adam Briddell est pasteur d’une église méthodiste de Boise, dans l’Idaho. Il estime qu’écarter les femmes pour régler la question du désir masculin n’a pas rendu service au monde depuis deux mille ans. Il recommande plutôt une thérapie. Stephen Duwe, pasteur d’une autre église de la même ville, défend au contraire ces clubs. Il affirme que les hommes et les femmes ont reçu des rôles différents.
Aux États-Unis, la justice a déjà jugé illégaux des espaces réservés aux femmes dans des salles de sport, et cinq États ont dû changer leur loi pour les autoriser
La non-mixité a déjà été contestée devant les tribunaux des États-Unis, et ce sont des espaces féminins qui étaient visés. Fin janvier 2022, la Cour suprême du Connecticut a jugé illégales les zones réservées aux femmes de deux clubs, Edge Fitness et Club Fitness. Deux hommes avaient saisi la justice. La chaîne locale NBC Connecticut a résumé la décision, rendue à l’unanimité des six juges.
Le président de la cour, Richard Robinson, s’appuie sur la loi de l’État qui interdit les discriminations dans les lieux ouverts au public. Ce texte ne prévoit d’exception que pour les toilettes, les vestiaires et les dortoirs. Les deux clubs faisaient valoir que les salles de sport sont dominées par les hommes. Le juge répond qu’une exception fondée sur le confort des client·es pourrait servir à exclure les personnes transgenres.
La cour renvoie la question aux parlementaires. Selon NBC Connecticut, cinq États ont modifié leur loi pour que les clubs de remise en forme échappent à cette interdiction. Le Colorado, où doit ouvrir Remnant Gym, en fait partie.
En France, les femmes font presque autant de sport que les hommes, et le code pénal admet des salles de sport non mixtes sous conditions
En France, les femmes font désormais presque autant de sport que les hommes. L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), un service du ministère chargé des sports, publie chaque année un baromètre des pratiques sportives. Selon l’édition 2025, 61 % des femmes et 62 % des hommes font du sport au moins une fois par semaine. L’écart était de six points en 2018. L’enquête a porté sur 4 010 personnes.
Cette progression n’a pas fait disparaître les comportements sexistes. Dans l’enquête de Flashs, 64 % des femmes estiment que les salles de sport devraient mieux encadrer les comportements et faciliter les signalements. Une coach sportive interrogée par Sud Radio décrit des clientes filmées à leur insu.
Le droit français encadre la réponse que les clubs peuvent apporter. Le code pénal punit le refus de fournir un service en raison du sexe de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende. La peine monte à cinq ans et 75 000 euros quand le refus a lieu dans un lieu accueillant du public.
Le même code prévoit pourtant une exception, à son article 225-3. Elle vient d’une loi du 27 mai 2008 contre les discriminations. Une différence de traitement entre les sexes est admise dans l’accès aux biens et services quand elle a une justification. Le texte cite notamment la protection des victimes de violences sexuelles, le respect de la vie privée et l’organisation d’activités sportives. Il mentionne aussi la promotion des intérêts des hommes ou des femmes.