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Édition du dimanche 11 octobre 2026
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Usurpation d’identité : la streameuse Emmodem s’est fait passer pour une Algérienne pendant un an, mais la loi ne protège que les personnes réelles

Le 18 août, la streameuse Emmodem a reconnu une usurpation d'identité : elle a tenu près d'un an un faux compte de jeune femme algérienne. Cette affaire rappelle aussi celles de Rachel Dolezal et de Jessica Krug aux États-Unis. Pourtant, en France, le délit d'usurpation d'identité ne vise que l'identité d'une personne existante. Or les violences racontées par ce compte existent, puisque les actes antimusulmans recensés ont augmenté de 88 % en 2025. Que dit la loi, et que change un faux témoignage pour les personnes réellement visées ?

Rachel Dolezal lors d'un rassemblement à Spokane (États-Unis), en mai 2015 Décryptage
Rachel Dolezal lors d'un rassemblement à Spokane (États-Unis), en mai 2015. Aaron Robert Kathman / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

En 2025, 326 actes antimusulmans ont été recensés en France, soit 88 % de plus qu’en 2024. Les atteintes aux personnes ont augmenté de 151 %. Ces chiffres viennent du bilan des actes antireligieux du ministère de l’Intérieur, publié le 29 mai. Il repose sur les faits signalés à la police et à la gendarmerie. En août, une affaire d’usurpation d’identité a montré que ces violences pouvaient aussi être racontées par quelqu’un qui ne les a pas vécues.

Dans le langage courant, l’usurpation d’identité désigne le fait de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Sur les réseaux sociaux, l’expression sert aussi à décrire un cas précis. Une personne blanche s’attribue une origine ou une religion qui ne sont pas les siennes. Elle parle ensuite au nom des personnes concernées. Le 18 août, la streameuse Emmodem a reconnu l’avoir fait pendant près d’un an.

Usurpation d’identité racisée : Emmodem reconnaît avoir tenu pendant un an un faux compte qui racontait le racisme subi par une famille inventée

Emmodem commente l’actualité politique en direct sur Twitch, une plateforme de vidéo. Plus de 37 000 personnes y suivent sa chaîne, selon VL, un média en ligne français. Le 17 août, un compte du réseau social X a affirmé qu’elle se cachait derrière un second profil. Ce profil se présentait comme celui d’une jeune femme algérienne et musulmane.

La streameuse a confirmé le lendemain. Le faux compte a existé près d’un an et a publié environ 5 000 messages, d’après Algérie360, un site d’information algérien. Il commentait les vidéos d’autres streamers et défendait les positions d’Emmodem. Il racontait aussi une vie de famille. La mère était insultée dans la rue à cause de son voile. Le père était visé par une obligation de quitter le territoire français.

Aucun de ces faits n’avait été vécu par l’autrice des messages. Dans son texte d’aveu, Emmodem écrit avoir utilisé une carte de personne « concernée » alors qu’elle ne l’était pas. Elle qualifie son comportement de « clairement problématique » et de « hyper raciste ». Elle l’explique par la solitude et par la jalousie envers d’autres streamers. Elle présente ses excuses aux personnes blessées et annonce s’éloigner d’Internet.

Les réactions rapportées par VL sont partagées. Des internautes minimisent une erreur qui, selon eux, peut arriver à tout le monde. D’autres estiment que le faux compte nuit d’abord aux personnes qui subissent réellement le racisme. Aucune sanction de Twitch ni aucune plainte n’ont été rendues publiques à ce jour.

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Aux États-Unis, l’usurpation d’identité racisée a coûté leur poste à Rachel Dolezal en 2015 et à Jessica Krug en 2020

Le cas le plus connu d’usurpation d’identité racisée date de 2015. Rachel Dolezal présidait alors la section de Spokane, dans l’État de Washington, de la NAACP. Cette association est la principale organisation de défense des droits civiques des Afro-Américain·es. Le 11 juin 2015, ses parents ont déclaré à la presse que leur fille était blanche. Elle a démissionné quatre jours plus tard, rapporte NPR, la radio publique des États-Unis.

Le 16 juin 2015, Rachel Dolezal s’est expliquée dans « Today », l’émission matinale de la chaîne NBC. Le journaliste Matt Lauer lui a demandé si elle était une femme afro-américaine.

« Je m’identifie comme noire. »

Rachel Dolezal, dans l’émission « Today » de la chaîne NBC, le 16 juin 2015
L’entretien de Rachel Dolezal dans l’émission « Today », sur NBC, le 16 juin 2015 (en anglais).

Cinq ans plus tard, une universitaire a avoué d’elle-même une usurpation d’identité du même ordre. Jessica Krug était professeure associée d’histoire à l’université George Washington, dans la capitale des États-Unis. Le 3 septembre 2020, elle a publié un texte sur la plateforme Medium, résumé par l’encyclopédie Wikipédia.

Jessica Krug y écrit qu’elle a grandi dans une famille juive blanche de la banlieue de Kansas City. Elle s’était pourtant présentée comme à moitié algérienne, puis comme une Afro-Portoricaine élevée dans le Bronx, à New York. L’université a confirmé sa démission le 9 septembre 2020.

Un extrait de « The Rachel Divide », le documentaire consacré à Rachel Dolezal, mis en ligne par Netflix en 2018 (en anglais).

En 2011, l’usurpation d’identité d’une blogueuse syrienne inventée a mobilisé des internautes pour une prisonnière qui n’existait pas

Une autre usurpation d’identité, plus ancienne, est née en ligne comme celle d’Emmodem. Le 19 février 2011 paraît le premier billet d’un blog en anglais. Il s’intitule « A Gay Girl in Damascus » (« Une fille lesbienne à Damas »). Son autrice dit s’appeler Amina et raconte le soulèvement syrien de l’intérieur. L’histoire de ce blog est documentée par Wikipédia.

En juin 2011, un billet signé d’une cousine annonce qu’Amina a été enlevée à Damas le 6 juin. Des internautes lancent alors une campagne pour sa libération avec le mot-clé #FreeAmina. Le 12 juin 2011, le site d’information The Electronic Intifada publie les éléments qui désignent le véritable auteur. Tom MacMaster, un étudiant des États-Unis inscrit à l’université d’Édimbourg, en Écosse, avoue le jour même.

Dans son message d’excuses, Tom MacMaster soutient que les faits décrits par le blog restent vrais.

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En France, le délit d’usurpation d’identité ne couvre pas les personnages inventés, alors que les actes antimusulmans recensés ont augmenté de 88 %

Le droit français punit l’usurpation d’identité depuis 2011. L’article 226-4-1 du Code pénal vise le fait d’usurper l’identité « d’un tiers » pour troubler sa tranquillité ou porter atteinte à son honneur. La peine est d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Elle est doublée quand l’auteur est le conjoint, le concubin ou le partenaire de pacs de la victime.

Ce texte suppose donc une victime identifiable, dont le nom ou les données ont été utilisés. Le faux compte d’Emmodem ne reprenait l’identité d’aucune personne existante, d’après les trois médias qui ont décrit l’affaire. Le troisième est ObservAlgérie, un site d’information consacré à l’Algérie et à sa diaspora. Il précise qu’aucune suite judiciaire n’a été annoncée.

Les récits du faux compte correspondent pourtant à des faits que l’État compte chaque année. Les actes antimusulmans sont majoritairement des atteintes aux personnes, note Maire info, le quotidien en ligne de l’Association des maires de France.

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En France, l’usurpation d’identité d’une personne réelle reste passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

Les sources de cet article

  1. Ministère de l'Intérieur, bilan des actes antireligieux 2025, 29 mai 2026
  2. Maire info, « En 2025, les actes antisémites se maintiennent à un niveau très élevé et les actes antimusulmans sont en forte hausse », 29 mai 2026
  3. VL, « Elle se fait passer pour une femme musulmane : la streameuse Emmodem au cœur d'une polémique », août 2026
  4. Algérie360, Rima Aissanou, article sur la fausse identité d'une streameuse française, 26 août 2026
  5. ObservAlgérie, « Une streameuse française se fait passer pour une Algérienne musulmane », 27 août 2026
  6. NPR, « "I Identify As Black," Rachel Dolezal Says In TV Interview », 16 juin 2015
  7. NBC News, « Black Instagram influencers call out "blackfishing" white women for racial appropriation », 2019

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