En Angleterre et au pays de Galles, 323 infractions d’upskirting ont abouti à une condamnation entre avril 2019 et septembre 2023. Ces chiffres viennent du Crown Prosecution Service (CPS), le service public chargé des poursuites pénales dans ces deux nations du Royaume-Uni. Il les a communiqués en 2024, en réponse à une demande d’accès aux documents administratifs. Avant avril 2019, la loi anglaise ne contenait aucune infraction propre à l’upskirting.
L’upskirting consiste à photographier ou à filmer sous les vêtements d’une personne, sans son accord. Le mot vient de l’anglais up (« vers le haut ») et skirt (« jupe »).
Le 5 septembre, l’histoire de la Britannique Gina Martin a de nouveau circulé sur le réseau social X. Deux publications qui la racontent ont chacune dépassé 500 000 vues. Cette militante a obtenu en dix-huit mois la loi qui punit l’upskirting de deux ans de prison. En 2017, la police lui avait répondu que l’homme qui l’avait photographiée sous sa jupe n’avait commis aucune infraction.

En 2017, la police de Londres clôt le dossier de Gina Martin parce que l’upskirting n’est pas une infraction en Angleterre
Les faits remontent à juillet 2017. Gina Martin a 25 ans et assiste à British Summer Time, un festival de musique organisé à Hyde Park, à Londres. Elle attend le concert du groupe The Killers. Elle aperçoit alors, sur l’écran d’un téléphone, une photo prise sous sa jupe quelques instants plus tôt. Elle prévient des policiers présents sur place.
La chaîne de télévision états-unienne NBC News a recueilli son récit le mois suivant. Cinq jours après les faits, la police l’appelle pour lui annoncer la clôture du dossier. Le média en ligne Vice précise que les policiers ont fait effacer la photo. Ils ont expliqué à Gina Martin que l’upskirting n’était pas une infraction pénale. Elle ne pouvait donc pas obtenir de poursuites.
Le droit anglais ne prévoyait alors aucun texte pour ce geste. Les procureurs utilisaient une infraction ancienne, l’outrage public à la pudeur. Selon le ministère de la Justice britannique, des victimes estimaient que cette qualification ne couvrait pas tous les cas. L’Écosse, elle, punissait déjà l’upskirting depuis une loi de 2010.
Gina Martin raconte son histoire sur Facebook, puis lance une pétition en ligne. Elle réunit plus de 60 000 signatures dès le mois d’août 2017, selon NBC News. La police de Londres indique alors avoir repris contact avec elle. Ryan Whelan, avocat au cabinet Gibson Dunn, propose de l’aider gratuitement. Ils préparent ensemble une proposition de loi, sur le modèle du texte écossais. Gina Martin a retracé cette campagne dans une conférence TEDx.
Un seul député bloque la loi sur l’upskirting en juin 2018 et le gouvernement dépose son propre texte six jours plus tard
La proposition de loi arrive au Parlement en mars 2018. Wera Hobhouse, députée du parti des Libéraux-démocrates, la dépose le 6 mars à la Chambre des communes. Elle ajoute l’upskirting à la loi de 2003 sur les infractions sexuelles.
Le 15 juin 2018, la proposition doit franchir une étape sans débat. Il suffit alors qu’un seul député s’y oppose à voix haute pour l’arrêter. Christopher Chope, député conservateur de Christchurch, le fait. La chaîne britannique ITV rapporte que des élu·es crient « honte » dans l’hémicycle. La Première ministre, Theresa May, se dit déçue et promet le soutien du gouvernement.

Christopher Chope s’est expliqué deux jours plus tard dans le Bournemouth Daily Echo, un quotidien local. Le site d’information politique PoliticsHome a repris ses propos. Le député affirme soutenir l’interdiction de l’upskirting. Il dit s’être opposé par principe à l’adoption de lois sans débat.
Ce blocage a accéléré le calendrier. Le gouvernement dépose son propre projet de loi le 21 juin 2018. Le texte reçoit la sanction royale, dernière étape de l’adoption d’une loi britannique, le 12 février 2019. Le ministère de la Justice évoque ce jour-là dix-huit mois de campagne.
Depuis 2019, les agresseurs risquent deux ans de prison pour upskirting et plus d’un tiers des faits poursuivis ont lieu dans des magasins
La loi, appelée Voyeurism (Offences) Act, s’applique depuis le 12 avril 2019. Son texte crée deux infractions. Il vise les images prises pour obtenir une satisfaction sexuelle, ou pour humilier, alarmer ou angoisser la victime. La peine maximale est de deux ans de prison. Les agresseurs condamnés pour les faits les plus graves sont inscrits au fichier des délinquants sexuels.
« Mais ce n’est que le début. »
Gina Martin, dans un communiqué du ministère de la Justice britannique, le 12 avril 2019
Les premières poursuites ont montré où et contre qui ces faits sont commis. Le CPS a publié un bilan le 3 décembre 2021. En deux ans, 63 personnes ont été poursuivies pour 175 infractions. Entre avril 2020 et juin 2021, 36 % des faits ont eu lieu dans des magasins, surtout des supermarchés. Seize infractions visaient des adolescentes, dont des élèves en uniforme scolaire.
Ce bilan relie aussi l’upskirting à d’autres violences. Sur la même période, quinze des 46 hommes poursuivis l’étaient aussi pour d’autres infractions sexuelles. Le CPS cite des agressions sexuelles et des violences sur des enfants.
Le Royaume-Uni élargit en 2026 sa loi sur l’upskirting à toute image intime prise sans accord et le Japon compte un record d’arrestations
Sept ans après son entrée en vigueur, la loi obtenue par Gina Martin est déjà réécrite. Le Parlement britannique a adopté une nouvelle loi sur la criminalité et la police, le Crime and Policing Act. Elle a reçu la sanction royale le 29 avril. Son annexe 13 crée une infraction générale, le fait de prendre une image intime d’une personne sans son accord.
Cette nouvelle infraction change la preuve à apporter. La loi de 2019 oblige à démontrer que l’agresseur cherchait une satisfaction sexuelle ou voulait humilier la victime. Le texte de 2026 punit la prise d’image elle-même, quel que soit le but. La peine atteint deux ans de prison quand ce but est établi. Le site officiel de la législation britannique indique que ces dispositions ne sont pas encore entrées en vigueur.
Le Japon a suivi un chemin comparable. Jusqu’en 2023, l’upskirting y relevait de règlements locaux, différents d’une région à l’autre. Une loi nationale a été adoptée cette année-là. La chaîne d’information états-unienne CNN rapporte que la police japonaise a procédé à 9 237 arrestations pour voyeurisme en 2025. C’est le nombre le plus élevé jamais enregistré. Les affaires qui impliquent des mineur·es ont presque sextuplé entre 2023 et 2024.
En France, l’upskirting est un délit depuis août 2018 et la justice a prononcé cinq condamnations de mineurs jusqu’en 2023
La France a comblé le même vide un an après les faits dénoncés par Gina Martin. La loi du 3 août 2018 contre les violences sexuelles et sexistes a créé le délit de voyeurisme. Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, portait ce texte. Le délit figure à l’article 226-3-1 du code pénal.
Cet article punit le fait d’user de tout moyen pour apercevoir les parties intimes d’une personne à son insu ou sans son consentement. La peine est d’un an de prison et 15 000 euros d’amende. Elle passe à deux ans et 30 000 euros dans plusieurs cas. Ces cas comprennent une victime mineure, des faits commis dans les transports en commun, ou des images enregistrées ou transmises.
Les chiffres publics restent rares en France. Le service statistique du ministère de la Justice a détaillé les infractions sexuelles commises par des mineurs dans une note signée par Thierry Ziliotto. Elle compte environ 200 mineurs mis en cause pour voyeurisme entre 2017 et 2024. Sur la période 2017-2023, cinq condamnations de mineurs pour ce délit ont été inscrites au casier judiciaire.
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