En France, 10,5 % des licences de football sont détenues par des filles et des femmes. À la Fédération française de danse, la proportion s’inverse, avec 85,9 % de licences féminines. Ces chiffres portent sur l’année 2024. Ils viennent du recensement des licences sportives de l’Injep, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire. Cet institut public dépend du ministère des Sports. L’Insee, l’institut national de la statistique, a publié ses résultats le 22 octobre 2025.
Cette répartition correspond à ce que l’on appelle des stéréotypes de genre. Le terme désigne les idées reçues sur ce que les filles et les garçons aimeraient ou sauraient faire en raison de leur sexe. Dans le sport, les stéréotypes de genre attribuent le football aux garçons et la danse aux filles.
Début août, deux photos d’enfance ont montré un parcours contraire à ces stéréotypes de genre. Sur la première, l’actrice états-unienne Zendaya, enfant, court derrière un ballon sur un terrain de football. Sur la seconde, l’acteur britannique Tom Holland porte des collants de danseur sur la scène de la comédie musicale « Billy Elliot ». Le site de divertissement Upsocl les a réunies dans un article du 10 août. Les deux interprètes, âgé·es de 30 ans, partagent l’affiche de la saga « Spider-Man » depuis 2017.

Zendaya jouait au football et Tom Holland apprenait la danse classique : leurs enfances inversent les stéréotypes de genre attachés à ces deux disciplines
Zendaya est née à Oakland, en Californie, de deux parents enseignant·es. Enfant, elle a joué au football et au basket, et elle a pratiqué la course à pied en compétition. Elle a ensuite annoncé à ses parents qu’elle ne voulait plus faire de sport. L’actrice l’a raconté au magazine états-unien Us Weekly. EssentiallySports, un site d’actualité sportive, a repris ses propos en décembre 2021.
Tom Holland a suivi le chemin opposé. Né dans le sud-ouest de Londres, il a commencé par un cours de hip-hop à 9 ans, dans une école de danse de Wimbledon. Il a ensuite été retenu pour « Billy Elliot the Musical », un spectacle joué dans un théâtre londonien. L’histoire est celle d’un fils de mineur qui préfère la danse classique à la boxe. Tom Holland s’est formé pendant deux ans à la danse classique et aux claquettes avant ses débuts sur scène, à 12 ans. Il a d’abord joué Michael, le meilleur ami du héros, puis Billy lui-même, jusqu’en 2010. Dance Magazine, un magazine états-unien spécialisé, a retracé ce parcours le 28 janvier 2022.
Cette formation est revenue dans l’actualité cet été. Un court-métrage de 2017 montre l’acteur enchaînant des fouettés, une série de tours sur une jambe, à la Royal Ballet School de Londres. Le film, « Joel’s Story », est consacré au danseur kényan Joel Kioko. Un extrait partagé sur X a dépassé 161 000 mentions « j’aime ». Today, l’émission matinale de la chaîne états-unienne NBC, l’a rapporté le 26 juillet.
Tom Holland dit avoir été harcelé pour ses cours de danse : les stéréotypes de genre exposent aux moqueries les garçons qui s’en écartent
Ce parcours a eu un prix pendant sa scolarité. Tom Holland était élève dans une école catholique de garçons, à Wimbledon. Il a expliqué que ses camarades l’avaient pris pour cible quand ils ont appris qu’il dansait. Il l’a dit en 2017 à l’hebdomadaire états-unien People, dans un entretien repris par le site Refinery29. Il l’a répété en juin 2019 au journal britannique The Sunday Times. Dans People, il ajoutait que ce harcèlement ne l’avait pas fait renoncer.
« On n’aurait pas pu me frapper assez fort pour que j’arrête. »
Tom Holland, au magazine « People », en 2017
Adulte, l’acteur reste commenté à travers les stéréotypes de genre. Le 31 juillet, l’édition britannique de l’International Business Times, un site d’information économique, a relaté un échange filmé à Los Angeles. Le plongeur britannique Tom Daley, champion olympique, y offre à Tom Holland un objet qu’il a crocheté. L’acteur répond qu’il s’est mis au crochet chez lui, avec Zendaya, et qu’il adore cela. Selon le site, des internautes l’ont félicité de bousculer les normes de genre.
En France, le football compte 10,5 % de licenciées et la danse 14,1 % d’hommes : les stéréotypes de genre se lisent dans les licences
Les statistiques françaises confirment que ces deux enfances restent des exceptions. La Fédération française de football a délivré 2,36 millions de licences en 2024, dont 10,5 % à des filles et des femmes. À l’inverse, les femmes détiennent 85,9 % des licences de danse, 85,7 % de celles d’équitation et 85,1 % de celles de gymnastique. Les hommes représentent donc 14,1 % des 100 200 licencié·es de la danse.
Toutes disciplines confondues, les stéréotypes de genre s’accompagnent d’un écart de pratique. Les filles et les femmes détenaient 38,9 % des licences sportives en 2024 et 38,8 % en 2025. L’Injep l’indique dans une fiche publiée en juillet et signée par Clément Anne, chargé d’études statistiques. On y lit que la France compte 19,1 licences pour 100 habitantes, contre 32 pour 100 habitants.
Dans le football, cette situation a une histoire. La Fédération française de football, la FFF, n’a ouvert ses clubs aux joueuses que le 29 mars 1970. Son site recense 2 170 licenciées pour la saison suivante. Le seuil des 100 000 a été franchi en 2016, celui des 200 000 en mars 2020. La fédération fait aujourd’hui état de 251 682 licences féminines, dont 202 493 joueuses.
Stéréotypes de genre et sport : entre 14 et 18 ans, une fille sur trois abandonne la pratique régulière, contre moins d’un garçon sur cinq
L’écart entre filles et garçons se creuse à l’adolescence. Jean-Paul Caille, expert scientifique à l’Injep, l’a mesuré dans une étude publiée en avril. Elle suit 8 865 jeunes qui faisaient régulièrement du sport à 14 ans, en 2019. Quatre ans plus tard, un quart d’entre eux et elles avaient cessé cette pratique régulière.
Les filles décrochent deux fois plus souvent. 33,8 % d’entre elles ont abandonné le sport régulier entre 14 et 18 ans, contre 18,3 % des garçons. Une sur dix a arrêté toute activité sportive, contre 4,5 % des garçons. À situation sociale et scolaire comparable, l’écart reste de 15 points.
L’étude cite plusieurs motifs d’abandon, comme le manque de temps, le coût ou l’éloignement des équipements. Elle note que la réticence à s’exposer au regard des autres est souvent mise en avant chez les filles.
Un rapport parlementaire demande de former les fédérations sportives aux stéréotypes de genre, que la cour de récréation installe dès l’école primaire
Les député·es se sont saisi·es du sujet avant ces chiffres. Le 6 octobre 2021, la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité un rapport sur les stéréotypes de genre. Il est signé par Gaël Le Bohec, alors député La République en marche, et Karine Lebon, députée de La Réunion. LCP, la chaîne parlementaire, en a détaillé les propositions.
Le rapport décrit la cour de récréation comme un premier lieu d’apprentissage. Les garçons y occupent le centre, notamment pour les sports collectifs, et les filles sont souvent reléguées sur les bords. Les rapporteur·es recommandent de réaménager ces espaces pour que filles et garçons jouent ensemble.
Pour les clubs, le texte propose un module de formation obligatoire aux stéréotypes de genre dans toutes les fédérations sportives. Il viserait les entraîneur·es et les encadrant·es. Le rapport relève aussi que les adultes qui entourent les plus jeunes sont très majoritairement des femmes. Seuls 3 % des éducateur·rices de jeunes enfants sont des hommes.