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Édition du dimanche 25 octobre 2026
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Visibilité lesbienne : Billie Jean King a perdu tous ses contrats en 24 heures, et Muriel Robin dit que le cinéma ne lui propose pas de rôles

Le 8 octobre, c'était la Journée internationale des lesbiennes, née en Australie ou en Nouvelle-Zélande à une date que personne ne sait fixer. Elle défend la visibilité lesbienne, le fait que des lesbiennes soient vues et nommées dans l'espace public. Des sportives, des chanteuses et des actrices ont dit publiquement qu'elles aimaient les femmes. Billie Jean King y a perdu ses contrats publicitaires, Amélie Mauresmo a subi des remarques sur son physique, Muriel Robin parle de rôles qui ne viennent pas. Que coûte la visibilité lesbienne aux femmes connues ?

Amélie Mauresmo Décryptage
Amélie Mauresmo, en 2014. Carine06 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

En mai 1981, la joueuse de tennis Billie Jean King a perdu tous ses contrats publicitaires en 24 heures, selon ses propres mots. Sa relation avec une femme venait d’être rendue publique. Elle l’a raconté au quotidien états-unien USA Today en 2013, comme le rapporte le site spécialisé Tennis.com.

Billie Jean King
Billie Jean King, en janvier. Claire Fridkin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La visibilité lesbienne désigne le fait que des lesbiennes soient vues, nommées et représentées dans l’espace public, les médias et la culture. Elle s’oppose à l’invisibilisation, c’est-à-dire au fait de passer sous silence l’existence d’un groupe.

Le 8 octobre, c’était la Journée internationale des lesbiennes. Des chanteuses, des actrices, des humoristes et des sportives ont dit publiquement qu’elles aimaient les femmes. Plusieurs ont raconté ce que cette parole leur a coûté. Elles parlent de contrats perdus, de rôles qui ne venaient plus et de remarques sur leur physique.

Le 8 octobre, journée de la visibilité lesbienne, vient d’Australie ou de Nouvelle-Zélande, mais personne ne sait dire exactement quand elle est née

L’histoire de cette date reste floue, y compris pour les organisations qui la célèbrent. LGBTIQ+ Health Australia, l’organisation nationale australienne de santé des personnes LGBTIQ+, consacre une page à cette journée. Elle écrit que son origine exacte reste incertaine, mais qu’elle a « presque certainement » commencé en Australie ou en Nouvelle-Zélande.

Selon la même organisation, certaines personnes la font remonter à 1980, année d’une marche lesbienne en Nouvelle-Zélande. L’encyclopédie en ligne Wikipédia situe cette marche à Wellington, le 8 mars 1980, le jour de la Journée internationale des droits des femmes. Elle aurait réuni une quarantaine de femmes.

Le premier événement australien s’est tenu le 13 octobre 1990, à l’hôtel de ville de Collingwood, un quartier de Melbourne. Depuis, la communauté lesbienne de la ville célèbre cette journée le 8 octobre ou autour de cette date, selon Wikipédia. LGBTIQ+ Health Australia n’explique pas le choix du 8 octobre.

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En 1981, la visibilité lesbienne coûte à Billie Jean King tous ses contrats publicitaires en 24 heures

Neuf ans avant le premier événement de Melbourne, une joueuse de tennis paie déjà cette visibilité. Billie Jean King est alors l’une des joueuses les plus titrées du tennis. Elle a remporté douze titres du Grand Chelem en simple et fondé la WTA, l’association des joueuses professionnelles, en 1973.

La même année, elle a battu Bobby Riggs, ancien numéro un mondial, dans un match surnommé « la bataille des sexes ». En 1981, une ancienne compagne l’attaque en justice pour obtenir une pension. Cette procédure rend leur relation publique.

Billie Jean King n’a donc pas choisi le moment où le public l’a appris. Elle a parlé de « vraie épreuve » à USA Today. Elle a précisé que cette procédure l’avait révélée avant qu’elle soit prête à le dire elle-même.

« J’ai perdu tous mes contrats publicitaires en 24 heures. »

Billie Jean King, citée par le quotidien USA Today, mai 2013 (traduit de l’anglais)

Les marques se retirent alors qu’elle compte parmi les joueuses les plus connues au monde. Billie Jean King a continué à jouer et à défendre l’égalité de rémunération entre joueuses et joueurs.

En 1999, Amélie Mauresmo assume sa visibilité lesbienne à 19 ans, et deux adversaires commentent son physique

Dix-huit ans plus tard, une joueuse française choisit de parler la première. En janvier 1999, Amélie Mauresmo a 19 ans et dispute l’Open d’Australie sans être tête de série. Elle a gagné 80 places au classement mondial l’année précédente, passant de la 109e à la 29e place.

Amélie Mauresmo
Amélie Mauresmo, en 2014. Carine06 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Pendant la première semaine du tournoi, elle présente aux médias français sa compagne, Sylvie Bourdon, 31 ans. Elle leur dit qu’ils peuvent écrire que c’est sa copine. Le magazine états-unien Sports Illustrated raconte la suite dans son édition du 8 février 1999.

Amélie Mauresmo bat en demi-finale l’États-Unienne Lindsay Davenport, alors numéro un mondiale. En conférence de presse, la perdante déclare avoir cru jouer « contre un homme », tant Amélie Mauresmo frappait fort. Elle commente aussi ses épaules.

La Suissesse Martina Hingis, son adversaire en finale, la décrit en allemand comme « une moitié d’homme », venue « avec sa copine ». Ces phrases relèvent de la lesbophobie telle que la définissent les associations. Elles visent à la fois l’orientation de la joueuse et son apparence, jugée pas assez féminine.

Amélie Mauresmo perd la finale contre Martina Hingis. Elle confie au magazine avoir parfois pensé qu’elle aurait dû rester discrète. Puis elle ajoute qu’elle ne veut pas cacher Sylvie Bourdon, parce qu’elle l’aime. Elle devient numéro un mondiale en 2004 et remporte l’Open d’Australie et Wimbledon en 2006.

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Brittney Griner et Hayley Kiyoko racontent que la visibilité lesbienne leur a été déconseillée, dans le basket universitaire et dans la musique

D’autres sportives racontent qu’on leur a demandé de se taire. En avril 2013, la joueuse de basket états-unienne Brittney Griner dit publiquement qu’elle est homosexuelle, dans un entretien avec la journaliste Maggie Gray, de Sports Illustrated.

Brittney Griner
Brittney Griner, en juillet. John Mac / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Un mois plus tard, elle se confie à ESPN The Magazine et à espnW, deux médias de la chaîne sportive ESPN. Elle raconte ce qu’elle a vécu à l’université Baylor, au Texas. Son entraîneuse, Kim Mulkey, lui avait demandé de ne pas en parler publiquement, rapporte Sports Illustrated.

Selon Brittney Griner, il s’agissait d’une « loi non écrite » destinée à protéger l’image de l’équipe. « C’était une question de recrutement », a-t-elle dit. Les entraîneurs pensaient que des parents refuseraient d’envoyer leurs enfants à Baylor s’ils semblaient accepter l’homosexualité. Kim Mulkey a refusé de commenter.

Dans la musique, la chanteuse états-unienne Hayley Kiyoko raconte une pression proche. Ses clips mettent en scène des histoires d’amour entre filles, comme « Girls Like Girls », sorti en 2015. Elle a expliqué au magazine i-D que beaucoup de gens jugeaient ce clip « trop violent et trop sexuel ». Ils refusaient de le diffuser en avant-première.

Hayley Kiyoko
Hayley Kiyoko, en 2023. AI8401 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le magazine LGBTQ+ états-unien Out a repris ses propos en janvier 2019. Hayley Kiyoko y répond à celles et ceux qui lui demandaient d’atténuer sa sexualité. Elle affirme que sa sexualité et sa manière d’exprimer son amour ne sont « pas négociables ».

En 2023, Muriel Robin relie sa visibilité lesbienne au cinéma qui ne l’appelle pas, et SOS homophobie recense 1 771 cas de LGBTIphobie en 2025

En France, une humoriste a décrit le même mécanisme dans le cinéma. Le 16 septembre 2023, Muriel Robin, humoriste et actrice, est l’invitée de l’émission « Quelle époque ! » de Léa Salamé, sur France 2. Elle y relie l’absence de propositions au cinéma à son homosexualité, rapporte le site spécialisé dans les médias Ozap.

Muriel Robin
Muriel Robin, en 2016. Francis Hannaway / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Elle affirme que les acteurs homosexuels français se taisent pour continuer à jouer des scènes d’amour avec des femmes. Elle se présente comme une exception, parce qu’elle a dit publiquement son homosexualité.

« Citez-moi un acteur ou une actrice qui fait une grande carrière, en étant homosexuel… Il y en a pas ! »

Muriel Robin, dans « Quelle époque ! » sur France 2, 16 septembre 2023

Deux ans plus tard, le 3 octobre 2025, elle revient sur le sujet dans l’émission « Quotidien », sur TMC. Elle précise que si on ne la voit dans aucun film, c’est parce qu’on ne lui en a pas proposé, et non parce qu’elle a refusé. Elle salue aussi la télévision, qui lui confie des premiers rôles, selon Ozap.

Ces récits de personnalités rejoignent des violences plus ordinaires. L’association SOS homophobie recueille chaque année les témoignages de victimes de LGBTIphobies. Son dernier rapport annuel recense 1 771 cas en France en 2025, à partir de 1 541 témoignages, selon son dossier de presse.

Le dossier de presse raconte l’histoire d’une femme d’une trentaine d’années. Depuis un an et demi, elle subit le harcèlement lesbophobe d’un voisin. Elle reçoit des insultes et des menaces, sa porte est dégradée et une pétition circule contre elle.

Elle s’est adressée deux fois à la police, sans avoir le sentiment que quelque chose a été fait. Le dossier de presse écrit à ce propos qu’« il faut nommer la lesbophobie ».

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Les sources de cet article

  1. LGBTIQ+ Health Australia, « International Lesbian Day », page consultée en octobre 2026
  2. SOS homophobie, « Rapport sur les LGBTIphobies 2026 », dossier de presse, 2026
  3. Matt Cronin, Tennis.com, « King: I lost all endorsements in 24 hours after outing », 23 mai 2013
  4. Sports Illustrated, « Coming out party », 8 février 1999
  5. Brian Kotloff, Sports Illustrated, « Brittney Griner says Baylor told her to keep her homosexuality private », 18 mai 2013
  6. Glenn Garner, Out, « Hayley Kiyoko recalls being asked to tone down her sexuality », 2 janvier 2019
  7. Ozap, « Je ne fais pas de cinéma car je suis homosexuelle : les confidences bouleversantes de Muriel Robin dans Quelle époque », 17 septembre 2023

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